Mer de Chine méridionale: état des lieux d’une poudrière

0
Le destroyer lance-missile américain USS Curtis Wilbur, mené une opération de liberté de navigation près de l'île Triton dans l'archipel des Paracels en mer de Chine méridionale, disputé par la Chine et Taïwan. (Photo d'illustration/Archives/ Mate 3rd Class John Sullivan/U.S. Navy)
Le destroyer lance-missile américain USS Curtis Wilbur, mené une opération de liberté de navigation près de l’île Triton dans l’archipel des Paracels en mer de Chine méridionale, disputé par la Chine et Taïwan. (Photo d’illustration/Archives/ Mate 3rd Class John Sullivan/U.S. Navy)

Une cour internationale a donné raison mardi à Manille contre Pékin, en affirmant que les revendications chinoises en mer de Chine méridionale, une zone stratégique, n’avaient pas de «fondements juridiques», une décision qui pourrait exacerber les tensions déjà vives dans la région.

Dans sa décision de 479 pages, la Cour permanente d’arbitrage (CPA) de La Haye a conclu également que Pékin «a violé les droits souverains des Philippines», que les navires chinois ont commis des «actes illicites» et que certaines zones revendiquées par Pékin «sont comprises» dans les eaux philippines.

Pékin, qui avait boycotté les audiences, «n’accepte pas, ni ne reconnaît» l’arbitrage de la CPA, a réagi l’agence d’État Chine nouvelle.

Depuis des décennies, les revendications territoriales contradictoires en mer de Chine méridionale sont source de tensions. Voici un état des lieux de cette poudrière au moment où un tribunal international saisi par Manille vient de se prononcer sur les prétentions chinoises.

-Géographie-

La mer de Chine méridionale, c’est plus de trois millions de kilomètres carrés, cernés par le sud de la Chine, Taïwan, les Philippines, l’île de Bornéo et le Sud-Est asiatique continental.

À l’origine, la plupart de ses centaines d’îlots, îles et rochers étaient inhabités. Les archipels des Paracels (environ 130 îlots) et de Spratley (plus de 700 îlots) comprennent les îles les plus importantes.

-Intérêts-

Il s’agit de la principale liaison maritime entre les océans Pacifique et Indien, ce qui lui donne une énorme valeur économique et militaire.

Ses autoroutes de fret maritime permettent de connecter l’Asie orientale avec l’Europe et le Moyen-Orient. Plus de 4.500 milliards d’euros annuels de fret y transitent.

Cette mer recèlerait d’importants gisements d’hydrocarbures.

Elle abrite des récifs coralliens parmi les plus grands du monde. Comme les ressources de pêche s’épuisent le long des côtes, cette mer est une source importante de poisson pour des populations en expansion.

-Revendications-

La Chine et Taïwan en revendiquent la quasi totalité. Le Vietnam, les Philippines, la Malaisie et Brunei ont également des prétentions, qui se chevauchent parfois.

La Chine s’appuie principalement sur une délimitation en « neuf pointillés » apparue sur des cartes chinoises des années 1940, et qui approche les côtes d’autres pays.

-Appellation-

Pékin comme la plupart des autres pays la connaissent sous le nom de mer de Chine méridionale. Pour Hanoï, il s’agit de la mer Orientale et pour Manille, de la mer des Philippines occidentales.

-Occupation-

La Chine a pris le contrôle des Paracels en 1974, qui étaient occupées par le Sud-Vietnam, alors que les Etats-Unis se retiraient du Vietnam.

Depuis 2012, la Chine contrôle le récif poissonneux de Scarborough, à environ 230 kilomètres de la principale île philippine de Luzon.

Elle occupe au moins sept Spratley. Le Vietnam occuperait ou contrôlerait 21 Spratleys tandis que les autres sont partagées par Brunei, la Malaisie, les Philippines et Taïwan.

-Conflits-

Deux conflits maritimes armés ont opposés la Chine et le Vietnam.

En 1974, une cinquantaine de soldats vietnamien avaient été tués lors d’affrontements entre forces chinoises et la marine du Sud-Vietnam.

En 1998, une bataille navale sur le récif de Johnson dans les Spratleys avait fait environ 70 morts côté vietnamien.

Des bâtiments chinois ont parfois tiré sur les bateaux de pêche vietnamiens dans le secteur.

-Expansion chinoise-

Ces dernières années, la Chine cherche à renforcer sa présence, aggravant les tensions avec ses voisins et au-delà.

En 2012, Pékin a créé une nouvelle ville –Sansha– sur Woody, île des Paracels, qui dépend administrativement de la province chinoise de Hainan. Sansha est la tête de pont de toutes les eaux revendiquées par Pékin en mer de Chine méridionale tandis qu’elle envisage de développer Woody comme destination touristique.

La Chine a mené dans les Spratleys d’énormes travaux de dragage et de remblaiement pour créer des îles artificielles, qui ridiculisent la portée de travaux similaires engagés par d’autres pays.

D’après le Pentagone, la Chine a créé 1.295 hectares de terres, sur lesquels elle a construit des infrastructures — systèmes radars et des pistes d’atterrissage capables d’accueillir de gros avions militaires comme de ligne.

Les patrouilleurs des gardes-côtes chinois renforcent leur présence en des lieux stratégiques.

-La diplomatie en échec-

Les 10 membres de l’Association du Sud-Est asiatique et la Chine ont adopté en 2002 une « déclaration de bonne conduite », non contraignante, dans laquelle les parties s’engagent à s’abstenir d’user de la force ou de menaces pour asseoir leurs revendications.

Pékin refuse depuis de la rendre contraignante et cette question divise profondément l’Asean. Manille milite pour que cette organisation montre ses muscles mais les alliés laotien et cambodgien de la Chine s’y opposent.

-Recours-

Les Philippines, qui ont saisi la Cour permanente d’arbitrage (CPA) en 2013, sont le seul pays à contester les revendications chinoises en justice.

Le Vietnam et l’Indonésie disent envisager une procédure légale.

En 2014, Hanoï a soumis à la CPA des documents rejetant la ligne des « neuf pointillés ».

La Chine conteste la légitimité de la CPA et dit qu’elle ne respectera pas sa décision.

*Ces données proviennent des archives de l’AFP, des rapports de l’International crisis group, du Council on foreign relations, du Pentagone et de www.globalsecurity.org.

Exercices militaires

La marine chinoise, qui selon la CPA a commis des «actes illicites et provoqué des risques sérieux d’abordage», a mené samedi des exercices militaires entre l’archipel des Paracels et l’île chinoise de Hainan (sud de la Chine).

Les États-Unis, alliés militaires des Philippines, affirment ne pas prendre position sur le différend opposant Manille à Pékin.

Washington a cependant envoyé des navires de guerre patrouiller près du récif de Scarborough et dans l’archipel des Spratleys, revendiqués par la Chine, avec l’appui du porte-avions USS Ronald Reagan, selon le journal américain Navy Times.

À Manille, des manifestants se sont rassemblés devant l’ambassade de Chine, scandant «China Out» («La Chine dehors») et brandissant des panneaux demandant un «Chexit» ou une «sortie de Pékin des eaux philippines».

À la recherche de soutiens diplomatiques, Pékin a obtenu dernièrement celui de l’Angola, de Madagascar et de la Papouasie-Nouvelle Guinée, une preuve, selon le porte-parole de la diplomatie chinoise, Lu Kang, que «la justice et la rectitude ont toujours un soutien populaire».

Le nouveau président philippin, Rodrigo Duterte, veut apaiser les tensions avec la Chine et s’est prononcé pour un «atterrissage en douceur» avec Pékin.

Les commentaires sont fermés.