Colombie: 57 M $ d’Ottawa pour le déminage et l’aide aux femmes et enfants victimes du conflit

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La ministre Bibeau est en Colombie pour soutenir le processus de paix et annoncer de nouveaux projets (Compte Twitter/‏@DevCanada)
La ministre Bibeau est en Colombie pour soutenir le processus de paix et annoncer de nouveaux projets (Compte Twitter/‏@DevCanada)

Le gouvernement canadien accordera une aide de 57 millions $ à la Colombie au cours des prochaines années pour l’élimination de mines anti-personnel et l’aide aux femmes et enfants victimes du conflit, suite à la signature du cessez-le-feu entre le gouvernement colombien et la guérilla marxiste des FARC la semaine dernière.

Cette aide ira à cinq projets financés sur une période de trois à cinq ans à compter de l’année en cours.

Le Canada verse, notamment, « une contribution spécifique de 20 millions $ au Fonds fiduciaire multipartenaires des Nations Unies pour le post-conflit en Colombie,

La contribution du Canada permettra au gouvernement de la Colombie d’instaurer la paix dans les régions du pays les plus touchées par le conflit. Le Fonds, explique Ottawa, aidera le gouvernement de la Colombie, les organismes des Nations Unies et les organisations de la société civile à offrir des services essentiels et à consolider la paix dans les collectivités. Il permettra également de promouvoir l’autonomisation des femmes et des filles et leur pleine participation au rétablissement de la paix.

Action contre les mines terrestres

Après plus de 50 ans de conflit, alors que la Colombie se dirige enfin vers la paix avec l’accord de cessez-le-feu, les chemin vers la paix reste parsemé d’embûches et les milliers de mines anti-personnel posées par les différents groupes armés continuent de faire des victimes.

Un projet de 12,5 millions s’échelonnant sur 5 ans entre 2016 et 2021, en partenariat avec l’organisme HALO Trust visera éliminer les mines qui affligent la population sur une partie du territoire.

Ce projet mènera des activités de déminage humanitaire dans dix municipalités de la Colombie. Le projet appuie le recrutement, la formation et le déploiement d’équipes de déminage provenant des collectivités touchées et comprenant d’anciens combattants.

En délimitant les zones minées et en détruisant les mines dans les municipalités ciblées,explique Ottawa, le projet réduit le danger d’accidents; crée des zones sécuritaires pour la restitution des terres; facilite le retour de personnes déplacées; et restaure l’accès aux terres agricoles, aux services publics, ainsi qu’aux routes vers les marchés et les écoles.

Le projet profitera à plus de 27 000 personnes vivant dans des communautés rurales comptant parmi les plus pauvres de la Colombie. Il permettra aussi le retour de 60 000 personnes déplacées à leur région d’origine.

Halo Trust, une ONG neutre au centre des efforts de déminage

La guérilla, l’armée et les paramilitaires ont posé des milliers de mines sur le territoire colombien et aujourd’hui, malgré la signature en 2001 par la Colombie de la Convention d’Ottawa, qui interdit l’utilisation des mines, la Colombie est le pays où il y a le plus de victimes de mines antipersonnel après l’Afghanistan, avec plus de 11 000 depuis 1990.

Depuis 2005, les forces de l’État ont « nettoyé » plus d’un million et demi de mètres carrés et détruit 4.794 mines.

En plus de l’armée, la seule organisation civile accréditée par le gouvernement colombien et l’Organisation des États américains pour ce travail est Halo Trust, une ONG internationale et neutre.

Sa présence est d’autant plus importante que la méfiance et le ressentiment après plus d’un demi-siècle de conflit freine la collaboration de la population locale avec les forces de l’État colombien.

Appui au système financier agricole

Le Canada soutiendra, notamment, un projet d’appui au système financier agricole de la Colombie qui fournira de l’assistance technique à 37 institutions financières en vue d’améliorer l’offre de crédit et d’assurance à 50 000 petites exploitations agricoles, particulièrement dans les zones de conflit. De plus, il offre de l’éducation financière à 5 000 petits agriculteurs, en accordant une attention particulière aux femmes.

Le projet aidera les institutions financières agricoles de la Colombie (Banco Agrario, FINAGRO, fédération des coopératives d’épargne et de credit) à élaborer des produits de crédit et d’assurance qui répondent mieux aux besoins des agriculteurs. Ceci permet aux agriculteurs d’investir dans de nouvelles technologies et d’améliorer leur gestion du risque.

Le projet a le potentiel de transformer les petites exploitations agricoles de la Colombie en des entreprises viables et concurrentielles. Il est mis en œuvre par Développement international Desjardins (DID) et Financière agricole du Québec — Développement international (FADQDI).

Une somme supplémentaire de 4,5 millions $ versée à un projet en cours doit outre permettre à 3 000 femmes en milieu rural d’acquérir des connaissances élémentaires en finances et s’assurera que la moitié des bénéficiaires sont des femmes et des jeunes issus de collectivités d’après-conflit.

Aide aux femmes et aux enfants touchés par le conflit

Et deux autres montants d’aide iront à un projet d’indemnisation des victimes du conflit armé dans trois municipalités (18,9 millions sur cinq ans) et à l’éducation des enfants dans le sud-ouest du pays (1,5 million sur quatre ans).

Le projet de 18,9 millions $ sur 5 ans renforcera, explique le gouvernement du Canada, la capacité du gouvernement de la Colombie d’offrir des services de protection et d’indemnisation aux victimes de conflits armés, en particulier aux enfants et aux jeunes. Le projet bénéficiera à 84 000 enfants et jeunes, et à 56 000 femmes de trois municipalités touchées par les conflits sur la côte du Pacifique de la Colombie : Buenaventura, Tumaco et Quibdó.

Ces contributions porteront l’aide bilatérale du Canada à 50 millions pour l’année en cours en Colombie, ce qui représente une hausse de 20 millions par rapport à l’année précédente.

Visite de Marie-Claude Bibeau

La ministre du Développement international, Marie-Claude Bibeau, a fait l’annonce de ces projets en compagnie du conseiller principal du président sur les situations d’après-conflit, M. Rafael Pardo, à la suite de sa rencontre bilatérale avec le président colombien Juan Manuel Santos à Bogota aujourd’hui. «Le moment est bien choisi pour aller de l’avant et faire en sorte que la population sente que la paix va avoir un impact direct sur le développement et sur leurs vies.», a déclaré à ce propos la ministre canadienne.

La ministre canadienne Bibeau, effectue actuellement une visite en Colombie à Cartagena, à Bogotá et à Villavicencio, en Colombie, du 3 au 7 juillet 2016, pour témoigner de l’appui du Canada ai processus de paix. Il s’agit de la première visite officielle de la ministre en Amérique latine, et elle s’inscrit dans la foulée du partenariat solide du Canada avec la Colombie.

Hier, 4 juillet la ministre était à Cartagena par une rencontre avec des femmes et des jeunes dans les collectivités directement touchées par le conflit. Il y a plus de 6 millions de personnes déplacées en Colombie, et le Canada est un partenaire clé pour aider celles qui ont fui leur foyer.

Une des priorités du Canada est « de sortir les femmes et les filles de la pauvreté et de leur donner les moyens de pouvoir être des facteurs de changement et de paix dans toutes les communautés », a précisé la ministre Bibeau.


La ministre Bibeau parle de sa visite dans un centre pour jeunes à Cartagena en Colombie. (Vidéo/Affaires mondiales Canada)

Après 50 années de conflit armé interne, un accord historique a été signé jeudi 23 juin sur les modalités de fin de conflit, prévoyant le cessez-le-feu et le désarmement de la guérilla, a levé le dernier obstacle à un accord de paix avec les Farc, première guérilla du pays, au terme de trois ans et demi d’âpres négociations à Cuba.

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