Soudan du Sud: l’ONU demande l’aide des pays de la région, les affrontements continuent

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Des soldats de l'Armée populaire de libération du Soudan, le 14 avril 2016 à Juba. (cds/AFP/Archives/CHARLES LOMODONG)
Des soldats de l’Armée populaire de libération du Soudan, le 14 avril 2016 à Juba. (cds/AFP/Archives/CHARLES LOMODONG)

Remis à jour le 11/07/2016 à 22h

Le Conseil de sécurité de l’ONU a sollicité dimanche l’aide des pays de la région pour mettre fin aux combats au Soudan du Sud et leur a demandé en particulier de fournir des Casques bleus supplémentaires à sa mission dans le pays alors qu’aujourd’hui, lundi, la capitale sud-soudanaise Juba était le théâtre lundi, pour la deuxième journée consécutive, de violents combats continuent d’opposer forces loyalistes et ex-rebelles.

Dans une déclaration unanime, les 15 pays membres du Conseil exigaient aussi du président sud-soudanais Salva Kiir et de son rival, le vice-président Riek Machar, de « faire le maximum pour contrôler leurs forces respectives et mettre fin d’urgence aux combats ».

Le président sud-soudanais Salva Kiir a fini par répondre à l’appel de la communauté internationale en décrétant un cessez-le-feu « avec effet immédiat » après quatre jours de combats meurtriers entre forces loyalistes et ex-rebelles dans la capitale Juba, qui ont forcé des milliers de civils à se réfugier auprès de l’ONU.

Simultanément à l’annonce du cessez-le-feu, le secrétaire-général de l’ONU Ban Ki-moon a réclamé « un embargo immédiat sur les armes » destinées au Soudan du Sud et de nouvelles « sanctions ciblées » contre les fauteurs de trouble.

L’ex-chef rebelle et vice-président sud-soudanais Riek Machar, imitant son rival, le président Salva Kiir, a ordonné à son tour lundi soir à ses troupes de cesser les combats après quatre jours d’affrontements dans la capitale Juba entre ses forces et l’armée loyaliste.

« J’informe toutes les troupes qui se sont battues et se sont défendues qu’elles doivent respecter ce cessez-le-feu et rester où elles se trouvent en ce moment », a-t-il déclaré dans un entretien avec la radio Eye Radio Juba, précisant que ce cessez-le-feu entre en vigueur à partir de 20h00 locales (17h00 GMT) lundi.

Appel aux pays de la région

Le Conseil demande aux « pays de la région », sans préciser lesquels, au Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine et à l’organisation régionale des pays d’Afrique de l’Est (Igad) de « discuter fermement avec les dirigeants sud-soudanais pour traiter cette crise ».

Ils « envisagent de renforcer la Minuss (la mission de l’ONU au Soudan du Sud, ndlr) (..) pour qu’elle puisse prévenir et répondre mieux à la violence » et leur demandent « de se préparer à fournir des troupes supplémentaires au cas où le Conseil le déciderait ».

La déclaration ne précise pas quels pays seraient sollicités ni l’ampleur du renforcement envisagé.

Il est demandé aux pays de la région « d’aider » mais il faudra encore définir comment, a expliqué l’ambassadeur japonais Koro Bessho qui préside le Conseil en juillet.

Le Conseil « condamne de la manière la plus ferme l’escalade des combats à Juba » et souligne en particulier que s’attaquer aux civils et au personnel de l’ONU peut constituer un crime de guerre.

Un casque bleu tué et 12 autres blessés

Selon un responsable de l’ONU, un Casque bleu chinois a été tué dans les combats à Juba et 12 autres de diverses nationalités ont été blessés dont deux grièvement. Parmi les blessés se trouvent des soldats rwandais de la Minuss.

Des diplomates ont indiqué que la question d’un embargo sur les armes à destination du Soudan du Sud, prôné par les occidentaux mais qui se heurte à des réticences russes, n’avait pas été abordé lors des consultations.

Le chef des opérations de maintien de la paix de l’ONU, Hervé Ladsous avait auparavant indiqué que la Minuss avait été prise dans les échanges de tirs.

« Des Casques bleus supplémentaires ont été blessés pendant que nous discutions au Conseil ce soir, en plus du Chinois » tué, a-t-il déclaré à des journalistes sans donner de précision sur leur nationalité.

Il a indiqué que l’ONU n’avait pas de bilan fiable global des récents combats à Juba. « Nous ne pouvons pas être sûrs des chiffres », a-t-il noté.

Il a reconnu qu’il y avait un « sérieux problème » de contrôle de leurs forces par les deux dirigeants rivaux, le président Salva Kiir et son vice-président Riek Machar.

Lundi, de violents combats ont opposé forces loyalistes et ex-rebelles

La capitale sud-soudanaise Juba était le théâtre lundi, pour la deuxième journée consécutive, de violents combats, forces loyalistes et ex-rebelles continuant de s’affronter malgré la réprobation d’une communauté internationale impuissante et le traumatisme imposé à la population.

Ces combats, impliquant de l’artillerie lourde, ont éclaté dans la matinée vers l’aéroport et le quartier de Tomping, dans le centre, a indiqué à l’AFP une source diplomatique occidentale.

L’ambassade des États-Unis à Juba a pour sa part fait état de « combats sérieux entre le gouvernement et les forces d’opposition » alors qu’un travailleur humanitaire installé à Juba a parlé « de combats très, très lourds », ajoutant que ses collègues et lui-même étaient barricadés chez eux.

Plusieurs sources ont par ailleurs attesté la présence de chars et d’hélicoptères de combat de l’armée gouvernementale dans le ciel de Juba. Sur des photos prises par un témoin et envoyées à l’AFP, au moins un de ces hélicoptères est entré en action, tirant une roquette.

Plus tôt dans la matinée, alors que le fracas des armes s’était tu pendant la nuit, des nouveaux combats s’étaient déroulés à Jebel, un des quartiers où les affrontements de la veille ont été les plus virulents, ainsi que dans le quartier de Munuki.

Depuis vendredi, les combats auraient fait près de 300 morts, selon des sources locales, mais ce bilan très certainement en deçà de la réalité puisqu’il porte essentiellement sur les pertes de vendredi.


Les combats ont repris à Juba entre les forces loyales au président et les ex rebelles. (Twitter/‏@Poterne)

‘Brutalité insensée’

Les causes précises de cette flambée de violence à Juba étaient encore inconnues lundi.

« Chaque jour où les combats se poursuivent marque une dégradation de la situation », a déploré un diplomate occidental, qui a dénoncé « la brutalité insensée avec laquelle les uns et les autres répondent aux provocations ».

Selon les sources interrogées par l’AFP, les affrontements de lundi matin sont régulièrement entrecoupés de périodes de courte accalmie.

Des pluies orageuses se sont abattues sur Juba toute la nuit, rendant encore plus précaire la situation des milliers de civils apeurés qui ont dû fuir à la hâte les quartiers les plus touchés par les affrontements. Parmi eux, le correspondant de l’AFP a décrit une « situation terrifiante ».

Des habitants se sont réfugiés dans un camp de l’ONU, à proximité duquel les combats ont éclaté, et qui abrite déjà 28.000 déplacés. D’autres se réfugiaient par centaines dans les églises de la ville.

D’après plusieurs médias locaux citant le ministère de la Santé, 270 personnes, combattants et civils, ont péri dans les seuls affrontements de vendredi.

Les USA ont réclamé la fin immédiate des combats et retiré leur personnel

De leur côté, les Etats-Unis ont réclamé dimanche la fin immédiate des combats au Soudan du Sud et ont ordonné le retrait de ce pays de tout le personnel de leur ambassade jugé non-essentiel.

« Les États-Unis condamnent fermement les nouveaux combats qui ont eu lieu à Juba aujourd’hui (dimanche) entre les forces fidèles au président du Soudan du Sud Salva Kiir et les forces du vice-président Riek Machar, y compris les possibles attaques contre des sites civils qui nous ont été rapportées », a annoncé le porte-parole du département d’Etat américain John Kirby dans un communiqué. Le département d’Etat « a ordonné aujourd’hui le retrait du personnel non-essentiel de l’ambassade américaine à Juba », a-t-il dit.

Condamnation canadienne

Lundi, du côté canadien, le ministre des Affaires étrangères, Stéphane Dion, et la ministre du Développement international Marie-Claude Bibeau, ont aussi condamné les violences.

«Le Canada est profondément préoccupé par la reprise des combats au Soudan du Sud et demande à toutes les parties à l’accord de paix signé en août 2015 de déployer les efforts nécessaires pour s’assurer que les hostilités cessent immédiatement à Djouba et ailleurs au Soudan du Sud.

«Le Canada demeure résolu à collaborer avec tous les Sud-Soudanais et ses partenaires internationaux pour favoriser le retour à la paix et à la stabilité.

«Le Canada condamne fermement le meurtre de Casques bleus au service de la Mission des Nations Unies au Soudan du Sud (MINUSS) et tout ciblage direct de Casques bleus et de civils cherchant à se mettre à l’abri des violences dans les sites des Nations Unies. Toutes les parties doivent respecter la nature civile de la MINUSS qui vise à protéger les sites civils au Soudan du Sud et les travailleurs humanitaires, de même que les populations auxquelles ils viennent en aide. Nous sommes vivement préoccupés par l’utilisation d’armes lourdes près de sites civils protégés par la MINUSS et par les allégations selon lesquelles les forces armées auraient empêché des civils de demander protection.

«Compte tenu de la situation difficile au Soudan du Sud, la capacité des représentants du Canada à fournir des services consulaires est extrêmement limitée. En raison des préoccupations en matière de sécurité, l’ambassade du Canada à Djouba est actuellement fermée.

«Les citoyens canadiens au Soudan du Sud qui ont besoin d’une aide consulaire d’urgence, précise également le ministère canadien des Affaires étrangères canadien dans un communiqué, doivent prendre contact avec le Centre de surveillance et d’intervention d’urgence du Ministère en tout temps par téléphone au +1 613 996 8885. Ils peuvent également envoyer un courriel à sos@international.gc.ca.»

HRW critique sévèrement l’ONU

L’organisation humanitaire Human Rights Watch a sévèrement critiqué dimanche l’attitude du Conseil de sécurité de l’ONU dans la crise au Soudan du Sud, l’accusant d’avoir adopté « une stratégie perdante » qui a « échoué ».

Akshaya Kumar, directeur adjoint de HRW pour l’ONU, a publié un communiqué à ce sujet alors que se déroulaient au Conseil de sécurité des discussions à huis clos convoquées à la suite des violents combats entre factions rivales survenus ces derniers jours à Juba, capitale du Soudan du Sud.

« Pendant trop longtemps, le Conseil de sécurité s’est reposé sur la bonne volonté des dirigeants du Soudan du Sud » et « a brandi des menaces vides d’embargo sur les armes et de sanctions individuelles », écrit M. Kumar.

« Les événements de cette fin de semaine confirment que cette stratégie perdante a échoué », relève-t-il.

Les combats entre les soldats fidèles au président du Soudan du Sud Salva Kiir et les forces du vice-président Riek Machar ont fait en fin de semaine au moins 270 morts, selon des médias locaux. Des milliers d’habitants fuyaient dimanche la capitale Juba devant les combats intenses qui se poursuivaient.

Pour HRW, le Conseil de sécurité « doit dire clairement que les attaques contre des civils ne seront pas tolérées et que les Casques bleus de l’ONU utiliseront toute la force que leur permettent leur mandat et leur capacités militaires pour protéger les civils ».

« Il doit aussi enfin imposer un embargo sur les armes, qui pourrait immédiatement immobiliser au sol les hélicoptères d’attaque sud-soudanais qui sont pilotés par des équipages étrangers et réduire la capacité des forces armées à cibler des civils », déclare encore HRW.

*Avec AFP

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