Sur fond de montée des nationalismes, un hommage émouvant de Trudeau aux victimes d’Auschwitz

0
Le premier ministre Trudeau, le ministre Dion et la ministre Freeland visitent le musée national Auschwitz-Birkenau guidé par Nate Leipciger. 10 juillet 2016.(PMO)
Le premier ministre Trudeau, le ministre Dion et la ministre Freeland visitent le musée national Auschwitz-Birkenau guidé par Nate Leipciger. 10 juillet 2016.(PMO)

Le premier ministre canadien Justin Trudeau, qui venait de réitérer les engagements du Canada envers l’Alliance atlantique au Sommet de Varsovie vendredi et samedi, a rendu hommage ce dimanche 10 juillet en matinée aux victimes de l’ancien camp nazi allemand d’Auschwitz-Birkenau, en Pologne.

M. Trudeau a franchi à pied le tristement célèbre portail avec l’inscription «Arbeit macht frei» (le travail rend libre) du camp Auschwitz , ,où 1,1 million de personnes ont été exterminées entre avril 1940 et janvier 1945, visité l’exposition du musée, avant de déposer une gerbe devant «le mur de la mort».

Le premier ministre canadien a également allumé une bougie sur le monument aux victimes du camp sur le site d’Auschwitz II Birkenau, a indiqué Lukasz Lipinski, un porte-parole du musée et mémorial du site.

Dans le livre de mémoire du musée, le premier ministre canadien a écrit « Aujourd’hui nous sommes témoins de la cruauté et du mal dont l’humanité est capable. Rappelons-nous toujours cette douloureuse vérité à propos de nous-même et qu’elle renforce notre engagement à ce que jamais une telle noirceur ne triomphe à nouveau. »

« La tolérance ne suffit jamais: l’humanité doit apprendre à aimer nos différences (…) Nous n’allons jamais oublier », a écrit M. Trudeau en anglais avant d’ajouter en français « Nous nous souviendrons ».

Sur fond de montée des nationalismes en Europe

La visite de M. Trudeau en Pologne intervient au moment où, dans la foulée du vote des Britanniques pour sortir de l’Union européenne, alors que l’Europe unie avait pourtant été depuis un demi-siècle garante de la paix, les partis et mouvement nationalistes gagnent en popularité, notamment en France et aux Pays-Bas.

Et, bien que le Canada soit aujourd’hui épargné par la fièvre nationaliste, le populisme et la démagogie, la vigilance est toujours de mise.

Justin Trudeau et son discours d’inclusion pourraient même jouer un rôle important pour combattre l’intolérance et la xénophobie à travers le monde, estimait pour sa part la semaine dernière son ministre des Affaires étrangères, Stéphane Dion, qui était aujourd’hui à Auschwitz avec M. Trudeau.

Indiquant que « le Canada n'[était] pas immunisé contre ce genre de dérapage qui touche nos voisins les plus proches, et on a vu les débordements de xénophobie auxquels le Brexit a donné lieu », « Il faut vraiment combattre cela. Et M. Trudeau va être l’un des leaders du monde les plus importants pour combattre cela. », avait affirmé le chef de la diplomatie canadienne.

Justin Trudeau était était accompagné lors de sa visite du 10 juillet 2016 à Auschwitz par un ancien prisonnier du camp Nate Leipciger. (PMO)
Justin Trudeau était était accompagné lors de sa visite du 10 juillet 2016 à Auschwitz par un ancien prisonnier du camp Nate Leipciger. (PMO)

Ironie du sort, la visite de Justin Trudeau à Auschwitz avait aussi lieu le même jour où, dans le nord-est de la Pologne, était commémoré le 75e anniversaire du pogrom de Jedwabne où les habitants juifs de cette localité et de ses environs furent massacrés par des Polonais en juillet 1941, au cours de la Seconde Guerre mondiale.

Après avoir été longtemps attribué aux Einsatzgruppen allemands, il a été établi par l’Institut de la mémoire nationale que ce crime a plutôt été commis par des civils polonais, peut-être à l’instigation des troupes allemandes, dont implication dans le massacre fait toujours l’objet de controverses entre historiens.

Aujourd’hui à Auschwitz, outre les ministres canadiens des Affaires étrangères, Stéphane Dion, et du Commerce international, Chrystia Freeland, le premier ministre Trudeau était accompagné de plusieurs membres de la communauté juive, dont un ancien prisonnier du camp Nate Leipciger, 88 ans, qui a déclaré, parlant du chef du gouvernement canadien: « Il a pleuré avec moi. Il a versé des larmes. Ça prouve qu’il est un être humain admirable. C’est la plus grande expression de compréhension ».

Entre 1940 et le début de 1945, l’Allemagne nazie a exterminé à Auschwitz-Birkenau environ 1,1 million de personnes, dont un million de juifs de différents pays européens. Ce camp où quelque 80 000 Polonais non-juifs, 25 000 Roms et 20 000 soldats soviétiques ont également trouvé la mort, a été libéré par l’Armée rouge en janvier 1945.

Le musée, créé par le gouvernement polonais en 1947, abrite plusieurs milliers d’objets appartenant aux anciens prisonniers, dont 4000 valises, des dizaines de milliers de chaussures, de brosses, ou d’ustensiles de cuisine, mais également des cheveux des anciens détenus.

Stephen Harper et Jean Chrétien, avaient eux-aussi visité le musée et mémorial d’Auschwitz, le premier en 2008 et le second en 1999.

Demain à Kiev

Le premier ministre Trudeau est maintenant arrivé à Kiev où il doit réitérerdemain l’appui du Canada à l’Ukraine.

M. Trudeau visitera à Kiev le monument de Babi Yar, qui commémore le plus grand massacre de la Shoah par balles mené par les Einsatzgruppen nazis en URSS: 33 771 Juifs1 furent assassinés par les nazis et leurs collaborateurs locaux principalement le 201e bataillon Schutzmannschaf, les 29 et 30 septembre 1941 aux abords du ravin de Babi Yar.

Il déposera ensuite une couronne sur la tombe du soldat inconnu, au Parc de la gloire éternelle, visitera le monument et le musée de l’Holodomor, qui commémore la grande famine qui eut lieu en Ukraine en 1932 et 1933. Il déposera également plus tard une gerbe de fleurs à la Croix de la Révolution et observera une minute de silence sur la Place de l’Indépendance.

Il aura ce lundi des discussions avec le président ukrainien Petro Porochenko, le premier-ministre Volodymyr Groysman et le président du Parlement, Andriy Parubiy et rencontrera aussi en début de soirée au Fairmont Grand Hotel Kyiv plusieurs membres de la société ukrainienne.

Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

Les commentaires sont fermés.