Syrie: l’opposition dénonce les « couloirs de la mort » à Alep

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La route du Castello, à Alep, qui sépare les quartiers rebelles (G) de la zone gouvernementale. (AFP/STR)
La route du Castello, à Alep, qui sépare les quartiers rebelles (G) de la zone gouvernementale. (AFP/STR)

Les habitants des quartiers rebelles d’Alep étaient terrés vendredi chez eux à cause des raids et des mises en garde contre l’utilisation des « couloirs de la mort » ouverts par le régime pour sortir de la métropole syrienne.
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Mise à jour au 29/07/2016 à 16h21

L’ONU a proposé vendredi de gérer les corridors « humanitaires » ouverts par le régime syrien entre les secteurs loyaliste et rebelle d’Alep, décrits par l’opposition comme des « couloirs de la mort » et vus avec « scepticisme » par Washington.

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Après des semaines de bombardements et de siège des quartiers rebelles, le régime a ouvert des corridors pour encourager civils et combattants souhaitant déposer les armes de sortir avec l’objectif de s’emparer rapidement et complètement de la deuxième ville du pays et réaliser ainsi sa plus grande victoire de la guerre.

L’ouverture des couloirs, annoncée par l’allié russe du régime de Bachar al-Assad, a été présentée comme à but « humanitaire », mais opposition, analystes et rebelles ont mis en doute une telle intention.

L’aviation et l’artillerie du régime ont d’ailleurs repris le matin leurs bombardements contre les quartiers rebelles dans l’est de la cité septentrionale, où se trouvent assiégés depuis le 17 juillet quelque 250.000 habitants qui manquent de nombreux produits de base.

Selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH), seule « une douzaine de personnes sont sortis depuis jeudi via l’un des corridors à partir du quartier Boustane al-Qasr ».

« Mais les rebelles ont ensuite empêché les habitants de s’approcher de ces corridors « , a-t-il ajouté. Concrètement, les couloirs sont fermés du côté rebelle mais ouverts de l’autre côté, c’est-à-dire dans les régions sous contrôle du régime.

‘Mourir de faim ou en fuyant’

Vendredi, les rues de plusieurs quartiers rebelles étaient désertes, les habitants ne se risquant pas à sortir, selon un correspondant de l’AFP sur place. Même les bruits des moteurs électrogènes ont cessé, faute de carburant.

« Il n’y a pas de couloirs humanitaires à Alep. Les couloirs dont parlent les Russes, les habitants d’Alep les appellent les couloirs de mort », a déclaré à l’AFP Ahmad Ramadan, membre de la Coalition de l’opposition en exil et originaire d’Alep.

« Ce qui se passe est une destruction totale et systématique de la ville, une tentative de briser ses habitants, qu’ils soient civils ou combattants ».

Enjeu majeur du conflit déclenché en 2011 par la répression de manifestations pro-démocratie, Alep est divisée depuis 2012 en quartiers tenus par le régime à l’ouest et secteurs contrôlés par les insurgés à l’est.

A coups de barils d’explosifs et de raids aériens intensifs qui ont fait des centaines de morts et laissé en ruines les quartiers rebelles, les prorégime cherchent depuis des mois à reconquérir ce secteur.

Pour Karim Bitar, directeur de recherches à l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS), « les habitants d’Alep font face à un terrible dilemme, ils ont le choix entre risquer de mourir de faim ou risquer de mourir dans leur fuite ».

24 civils assassinés par l’EI

« Une chute d’Alep constituerait un revers majeur pour les rebelles. Cela signifierait qu’Assad et Poutine ont réalisé l’un de leurs principaux objectifs et repris le dessus », dit-il en allusion au président russe Vladimir Poutine.

« Les habitants d’Alep sont désespérés et méfiants, ce qui est compréhensible puisque la tragédie syrienne a souvent montré que l’humanitaire a été utilisé comme stratagème cynique servant des intérêts géopolitiques », selon lui.

La tactique du siège a été utilisée par le régime pour soumettre la rébellion dans d’autres régions du pays, où le conflit s’est complexifié avec l’implication de multiples acteurs syriens et étrangers et a favorisé la montée en puissance des jihadistes.

« Les Russes et le régime veulent pousser les gens à se rendre. Ce qu’ils veulent c’est une reddition », a dit une source diplomatique occidentale.

Selon des analystes, une perte d’Alep pourrait signifier le début de la fin pour la rébellion et représenter un tournant dans la guerre qui a fait plus de 280.000 morts et poussé des millions de personnes à la fuite.

Outre Alep, les rebelles contrôlent des secteurs de la province de Damas, notamment la Ghouta orientale, et quelques régions du sud du pays morcelé. Les autres zones sont soit aux mains du régime soit contrôlées par les jihadistes.

Alors que l’aide n’est plus parvenue à Alep depuis le 7 juillet, des médecins syriens opérant dans les zones rebelles ont averti depuis Genève qu’à Alep une société entière était « en train d’être éradiquée sous les yeux du monde ».

Par ailleurs et dans un nouvel acte cruel, les jihadistes du groupe État islamique (EI) ont assassiné 24 civils après leur prise d’un village près de Minbej, une localité du nord de la Syrie théâtre de combats avec une alliance kurdo-arabe, selon l’OSDH.

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