Syrie: l’unique route de ravitaillement des rebelles à Alep coupée de facto

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La route du Castello, à Alep, qui sépare les quartiers rebelles (G) de la zone gouvernementale. (AFP/STR)
La route du Castello, à Alep, qui sépare les quartiers rebelles (G) de la zone gouvernementale. (AFP/STR)

L’armée syrienne a coupé de facto jeudi, après de violents combats, la dernière route d’approvisionnement des rebelles assiégés dans la ville d’Alep, malgré son annonce d’une trêve de 72 heures, selon une ONG.

Les forces du régime de Bachar al-Assad sont parvenues à s’emparer d’une position rebelle à un kilomètre de la route dite du Castello, dernier axe de ravitaillement des quartiers tenus par les rebelles dans l’est d’Alep, deuxième ville du pays en guerre, a précisé l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH).

« Les troupes loyalistes n’ont jamais été aussi proches de la route du Castello, désormais à portée de leurs tirs », a indiqué à l’AFP Rami Abdel Rahmane, directeur de l’ONG. « Si elles parviennent à consolider leurs positions, les quartiers insurgés seront totalement assiégés ».

L’armée et ses alliés peuvent maintenant surveiller et tirer sur toute personne ou tout véhicule empruntant cette route, mais en fin d’après-midi les rebelles tentaient de les repousser, d’après l’OSDH.

Selon le correspondant de l’AFP dans les quartiers rebelles, aucune personne n’est en mesure d’entrer ou de sortir de la métropole septentrionale. Des familles qui s’étaient rendues via la route du Castello à Alep pour visiter leurs proches ne pouvaient pour le moment rentrer chez eux.

« Au premier jour de l’Aïd, je suis allé avec ma famille à Alep pour voir des proches. Nous avons traversé la route du Castello très prudemment, les feux de la voiture éteints », confie Mohammad Yassin, père de cinq enfants.

L’homme de 43 ans dit avoir appris que la route était « totalement coupée » jeudi matin.

« Je ne sais pas ce qui va se passer, mais j’ai peur que la situation reste comme ça pour longtemps », a-t-il ajouté.

Divisée depuis 2012 entre secteurs prorégime (ouest) et secteurs rebelles (est), la métropole d’Alep est un enjeu principal du conflit.

Depuis deux ans, le régime tente de s’emparer de la route du Castello. Ses troupes avaient coupé techniquement cette route en la bombardant par voie aérienne, mais c’est la première fois qu’elles se retrouvent aussi proches au sol.

Un porte-parole de Jaich al-Islam, influent groupe rebelle, a annoncé la mort de quatre de ses combattants dans la zone de combats, connue sous le nom d’al-Mallah.

Par le passé, les forces syriennes avaient dû reculer face aux contre-offensives menées par les rebelles et les djihadistes du Front Al-Nosra, la branche syrienne d’Al-Qaïda.

Les combats ont lieu malgré une nouvelle annonce de trêve par le régime décrétée de mercredi à vendredi à minuit locale (jeudi 21H00 GMT).

Déjà la veille, le régime avait poursuivi ses raids aériens et ses tirs d’artillerie contre les secteurs rebelles d’Alep, et les insurgés avaient bombardé les quartiers prorégime. Jeudi, trois civils ont péri dans des tirs rebelles, selon l’OSDH.

Selon un photographe de l’AFP dans les quartiers prorégime, ceux-ci ont été visés par des tirs de roquettes rebelles intenses avant que le calme n’y revienne dans l’après-midi. Mais peu d’habitants osaient sortir de chez eux.

Ces derniers mois, toutes les tentatives de faire respecter les trêves, notamment à Alep, ont échoué de même que les efforts d’un règlement du conflit qui a fait plus de 280.000 morts et poussé à la fuite des millions de personnes.

Déclenchée en mars 2011 par la répression de manifestations réclamant des réformes, la révolte contre le régime s’est transformée en une guerre dévastatrice impliquant une multitude d’acteurs locaux, régionaux et internationaux, ainsi que des groupes djihadistes.

La province d’Alep est morcelée entre les différents protagonistes de la guerre, avec des régions contrôlées par le régime, d’autres par les rebelles ou encore par le Front Al-Nosra ou encore par les djihadistes rivaux de l’organisation État islamique (EI).

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