La Turquie poursuit ses putschistes à l’étranger

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Le président Erdogan arrive à un rassemblement de ses supporters près de sa maison d'Istanbul, le 16 juillet 2016, (AFP/GURCAN OZTURK)
Le président Erdogan arrive à un rassemblement de ses supporters près de sa maison d’Istanbul, le 16 juillet 2016, (AFP/GURCAN OZTURK)

Des hauts gradés turcs servant pour l’Otan en Afghanistan ont été arrêtés mardi à Dubaï, le « grand ménage » déclenché en Turquie dans les heures ayant suivi le coup d’Etat du 15 juillet s’étendant pour la première fois à l’étranger.

Les généraux devaient être transférés en Turquie pour être interrogés.

L’offensive contre les journalistes s’est également poursuivie avec le placement en garde à vue d’une figure de premier plan des médias, Nazli Ilicak, arrêtée en matinée lors d’un contrôle routier dans l’ouest du pays. Elle fait partie des 42 journalistes visés par des mandats d’arrêts délivrés lundi par les procureurs turcs.

La chasse aux sorcières lancée par le président turc Recep Tayyip Erdogan contre le « virus » de la rébellion qu’il a imputée au prédicateur exilé aux Etats-Unis Fethullah Gülen provoque de vives inquiétudes à l’étranger et en Turquie.

Plus de 13.000 Turcs ont été mis en garde à vue après le putsch manqué qui a pris le régime totalement par surprise et fait 270 morts et plus de 9.000 sont en détention préventive.

Parmi eux, 143 généraux soupçonnés d’avoir été impliqués dans le putsch raté, selon de nouveaux chiffres donnés mardi par la presse progouvernementale turque.

Le général Mehmet Cahit Bakir, commandant des forces turques en Afghanistan — quelque 500 hommes — et le général de brigade Sener Topuc ont été arrêtés à l’aéroport de Dubaï, a annoncé un responsable à l’AFP sous couvert de l’anonymat.

Ces arrestations sont le fruit d’une coopération entre les services de renseignement turcs et les Emirats arabes unis, a rapporté l’agence de presse progouvernementale Anadolu.

Ces deux généraux occupaient des postes élevés dans la mission « Soutien résolu » visant à entraîner et conseiller les forces de sécurité afghanes, selon le site de l’Otan.

« Le contingent turc continue sa mission », s’est borné à déclarer un porte-parole de l’Otan en Afghanistan en refusant de donner tout autre détail.

Un remaniement important de l’armée rendu nécessaire par l’ampleur des purges –plus de 3.000 militaires en détention– est attendu jeudi lors d’un conseil militaire suprême à Ankara.

Journalistes en garde à vue

La célèbre journaliste Nazli Ilicak a pour sa part été placée en garde à vue mardi comme sept autres collègues visés par des mandats d’arrêt dont la journaliste du quotidien autrefois guleniste Zaman, Mme Hanım Büşra Erdal, selon Anadolu.

D’autres figures connues des médias sont visées par ces mandats dont le commentateur Bulent Mumay et le rédacteur en chef de Fox TV en Turquie, Ercan Gun.

« C’est attristant et inacceptable », a déclaré à l’AFP Turgay Olcayto, président de l’Association des journalistes turcs.

Mme Ilicak a été arrêtée lors d’un contrôle routier près de la station balnéaire de Bodrum.

Elle avait été licenciée du quotidien progouvernemental Sabah en 2013 après avoir critiqué des ministres empêtrés dans un scandale de corruption. A l’époque, le gouvernement avait accusé Gülen d’avoir orchestré ce scandale.

Mme Ilicak a également été députée au Parlement turc entre 1999 et 2001 pour le Parti de la Vertu, précurseur de l’AKP (islamo-conservateur) du président Erdogan.

‘Petit changement constitutionnel’

Parallèlement à cette offensive contre les médias et l’armée, M. Erdogan a eu lundi, dans un rare geste d’unité politique, un entretien avec des responsables de l’opposition à l’issue duquel son Premier ministre a annoncé que « les principaux partis (étaient) prêts à commencer à travailler à une nouvelle Constitution ».

La Constitution a été élaborée après le coup d’Etat de 1980, et le gouvernement appelle à sa révision, afin d’instaurer le système présidentiel dont rêve M. Erdogan pour renforcer encore son pouvoir.

Le président, qui domine la scène politique turque depuis 2003, concentre entre ses mains un pouvoir inédit depuis l’avènement de la république turque il y a près d’un siècle.

Par ailleurs, soldant une brouille avec Moscou, M. Erdogan se rendra le 9 août en Russie où le président Vladimir Poutine devrait lui épargner les critiques qui pleuvent de l’Occident sur sa gestion jugée brutale de l’après-coup d’Etat.

L’UE a déclaré mardi avoir tenu ses engagements financiers en faveur des réfugiés syriens en Turquie, a rétorqué mardi un porte-parole de la Commission européenne, en réponse aux accusations du président Erdogan qui affirme n’avoir reçu aucun soutien.

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