Turquie: le ministre Dion félicite le peuple turc, mais invite son gouvernement à la retenue

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Le ministre turc des Affaires étrangères Mevlut Cavusoglu le 18 septembre 2014 à Berlin (Archives/Maja Hitji/AFP)
Le ministre turc des Affaires étrangères Mevlut Cavusoglu. Ici, à Berlin le 18 septembre 2014. (Archives/Maja Hitji/AFP)

Le ministre des Affaires étrangères, Stéphane Dion, a déclaré aujourd’hui avoir parlé à son homologue turc, Mevlüt Çavuşoğlu, et félicité le peuple turc pour sa défense de la démocratie et du régime civil, tout en invitant à la retenue son allié  au sein de l’OTAN et dans la Coalition contre l’EI. 

Mais, si « le recours à la force militaire était complètement inacceptable », il est « important d’éviter tout châtiment collectif » envers les auteurs de la tentative de coup d’État en Turquie, a déclaré Stéphane Dion, commentant à la télé.vision publique canadienne son entretien avec son homologue, turc. « Il faut faire preuve de discernement, s’assurer que les personnes traduites en justice puissent avoir la chance de prouver qu’elles sont innocentes ou faire valoir leur point de vue selon les règles de justice fondamentales que nous nous efforçons de respecter », a-t-il insisté.

«Nous sommes soulagés que la démocratie ait pu être maintenue et que le gouvernement élu démocratiquement demeure au pouvoir. Le retour graduel à la stabilité aujourd’hui nous encourage aussi », a aussi déclaré par voie de communiqué le chef de la diplomatie canadienne.«Nous sommes solidaires de la Turquie, solide partenaire et allié de l’OTAN, pendant qu’elle se rétablit de ces événements troublants. Nous sommes persuadés que le gouvernement et la population de la Turquie sauront surmonter ces défis, d’une manière ordonnée et pacifique ».

Près de 3 000 militaires rebelles ont été arrêtés, dont le commandant de la 3e armée, le général Erdal Ozturkpour sa participation présumée à la tentative de coup d’État contre le régime du président Recep Tayyip Erdogan, a annoncé samedi un responsable turc.

La gardienne de l’héritage d’Atatürk

Dans le passé, les militaires turcs, gardienne de la laïcité et héritière de Mustafa Kemal Atatürk, père de la Turquie moderne, ont effectué trois coups d’État entre 1960 et 1980, en plus d’avoir forcé le premier ministre Necmettin Erbakan, un musulman pratiquant et mentor de M. Erdogan qui ne plaisait pas à l’élite laïque du pays, à quitter le pouvoir en 1997.

Dix ans plus tard, les militaires ont aussi menacé d’intervenir dans l’élection présidentielle et prévenu le gouvernement qu’il devait modérer ses ardeurs religieuses. Cette menace a toutefois échoué et Abdullah Gül, le candidat préféré du gouvernement aux tendances islamiques, a été élu.

Avec 510.600 actifs, l’armée turque, dont seule une partie a tenté un putsch militaire dans la nuit de vendredi à samedi, ce qui explique l’échec de la rébellion, est la deuxième en effectifs de l’OTAN après l’armée américaine et passe pour l’une des forces les mieux entraînées au monde.

Les Forces armées turques regroupent 402.000 hommes dans l’Armée de terre (77.000 professionnels et 325.000 conscrits), quelque 48.600 dans la Marine (14.100 et 34.500) et 60.100 dans l’Armée de l’air (28.600 et 31.500), selon le rapport 2016 de l’Institut de réflexion stratégique IISS, basé à Londres.

À cette capacité, on peut ajouter plus de 102.200 membres des forces paramilitaires de la Garde nationale, selon les chiffres de 2015. De plus, la Turquie compte 378.700 réservistes dans les trois corps d’armée.

La Turquie participe également à la coalition internationale contre les djihadistes du groupe État islamique dont fait également partie le Canada et les États-Unis, qui dirigent cette coalition, utilisent la base aérienne turque d’Incirlik, dans le sud du pays, où les opérations sont momentanément suspendues, pour mener des missions aériennes contre le groupe État islamique.

Ils y ont déployé notamment des drones, des avions de guerre électronique Prowler, et des avions d’attaque au sol A-10.

« Le Canada condamne tout effort visant à renverser un gouvernement démocratiquement élu par la force des armes. Nous exhortons le gouvernement de la Turquie à préconiser la retenue et à s’opposer à tous les actes de violence », a poursuivi le ministre Dion à l’adresse du régime Erdogan qui pourrait être tenté de profiter de l’occasion pour renforcer encore son autorité au lieu de voir dans le putsch avorté un avertissement qu’il conviendrait de diriger à l’avenir de diriger le pays de façon plus consensuelle.

« Nous souhaitons aussi que la paix soit rétablie dans les rues et pour la population turque. C’est aussi un temps de réflexion. Nous exhortons toutes les parties à continuer de soutenir et de renforcer nos principes démocratiques communs, y compris le respect des institutions démocratiques, des droits de la personne et de l’État de droit. Le Canada demande à toutes les parties en Turquie de ne pas recourir davantage à la violence et de ne pas déroger à l’État de droit. Les droits humains fondamentaux tels que l’application régulière de la loi doivent prévaloir contre ceux qui ont essayé de renverser la démocratie turque par les armes », a aussi fait valoir le ministre canadien.

La raison majeure qu’avaient donné les putschistes à leur action, hier, dans un communiqué publié sur le site des Forces armées turques avant que celui-ci devienne inaccessible était la dérive autoritaire du régime Erdogan.

« Nous ne permettrons pas que l’ordre public soit dégradé en Turquie (…) Un couvre-feu est imposé sur le pays jusqu’à nouvel ordre », avait indiqué un communiqué signé par le « Conseil de la paix dans le pays » qui disait alors avoir « pris le contrôle dans le pays ».

Cette action a été menée, disaient les militaires rebelles, « afin d’assurer et de restaurer l’ordre constitutionnel, la démocratie, les droits de L’Homme et les libertés et laisser la loi suprême du pays prévaloir ».

Le ministre recommande la plus grande prudence aux Canadiens en Turquie

De son côté, Affaires mondiales Canada a demandé à tous les citoyens canadiens inscrits auprès du service d’Inscription des Canadiens à l’étranger du gouvernement du Canada de rester à l’intérieur, et fait paraître un avertissement recommandant aux Canadiens d’éviter tout voyage en Turquie. Au même moment, Affaires mondiales Canada faisait tout en son pouvoir pour entrer en contact avec les autres citoyens canadiens qui n’étaient pas inscrits.

Les citoyens canadiens en Turquie qui ont besoin d’aide consulaire d’urgence peuvent communiquer avec l’une des entités suivantes :

l’ambassade du Canada à Ankara, au numéro de téléphone 90 (312) 409-2700. L’ambassade est actuellement fermée et les appels seront réacheminés à Ottawa où il existe des services de soutien permanents et une liaison avec le soutien consulaire en Turquie;

le consulat du Canada à Istanbul, au numéro de téléphone 90 (212) 385-9700. Le consulat est actuellement fermé et les appels seront réacheminés à Ottawa où il existe des services de soutien permanent et une liaison avec le soutien consulaire en Turquie;

le Centre de surveillance et d’intervention d’urgence d’Affaires mondiales Canada, en composant le numéro sans frais 00800-14-220-0149 (prière de noter que ce numéro n’est pas accessible à partir de tous les téléphones cellulaires);

le Centre de surveillance et d’intervention d’urgence, au +1-613-996-8885 (les appels à frais virés sont acceptés lorsque c’est possible);
Affaires mondiales Canada, par courriel à l’adresse sos@international.gc.ca.

Les citoyens canadiens qui ont besoin d’aide consulaire peuvent également joindre le Centre de surveillance et d’intervention d’urgence d’Affaires mondiales Canada en remplissant le formulaire en ligne de demande d’aide d’urgence.

Les amis et parents au Canada de citoyens canadiens qui devraient se trouver en Turquie doivent communiquer avec le Centre de surveillance et d’intervention d’urgence d’Affaires mondiales Canada, ouvert en tout temps, en composant le +1 613 996 8885 ou le +1 800 387 3124, ou en envoyant un courriel à sos@international.gc.ca.

« Nous sommes demeurés en contact toute la nuit de vendredi à samedi avec notre ambassadeur à Ankara et le consul général à Istanbul. Depuis le début des événements, nous avons reçu plus de 600 requêtes de Canadiens en Turquie ou qui y ont de la famille. Nous leur avons donné des directives et les avons rassurés », a précisé le ministre, insistant pour que les canadiens redoublent de prudence; « Comme la situation en Turquie continue d’évoluer, et même si les nouvelles indiquent que la situation s’améliore sur le plan de la sécurité, les Canadiens en Turquie doivent rester à l’abri sur place, limiter leurs déplacements et éviter les foules et les rassemblements publics. ».

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