Attaque terroriste à Nice: un camion fonce sur la foule faisant 84 morts, dont plusieurs enfants

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Remis à jour le 15/07/2016 à 14h04

Au moins 84 personnes ont été tuées jeudi soir, dont 10 enfants et adolescents dans un attentat à Nice, grande ville du Sud de la France, lorsqu’un camion a foncé sur la foule qui assistait au feu d’artifice sur la Promenade des Anglais, un haut lieu touristique le long de la Méditerranée.
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Mise à jour au 15/07/15 à 20h57

Dernier bilan: 84 morts, dont 10 enfants et adolescents, 202 blessés, 52 victimes entre la vie et la mort.

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Avant 23H00 jeudi soir, un camion frigorifique blanc de 19 tonnes a foncé sur la célèbre avenue, fermée à la circulation, où 30.000 personnes étaient venues célébrer la Fête nationale. Son conducteur, Mohamed Lahouaiej-Bouhlel, un Tunisien domicilié à Nice, a été abattu par la police, sur laquelle il avait tiré à plusieurs reprises, au terme d’une course meurtrière de deux kilomètres.

Un bilan provisoire, dressé à 17H00 à Nice par le procureur de Paris François Molins, fait état de 84 morts, parmi lesquels 10 enfants et adolescents, et de 202 blessés, dont 25 se trouvaient en réanimation.

Des étrangers figurent parmi les morts: deux Américains, une Suissesse, un Russe, une Arménienne et un Ukrainien.

Le conducteur du poids lourd, loué le 11 juillet à Saint-Laurent-du-Var (Alpes-Maritimes), est un chauffeur-livreur, marié et père de famille, a indiqué le procureur de Paris, précisant qu’il était « totalement inconnu » des services de renseignement ». Il avait été condamné « une seule fois » à six mois de prison avec sursis à la suite d’une altercation lors d’un accident de la circulation, selon le garde des Sceaux, Jean-Jacques Urvoas.

Des perquisitions ont été menées vendredi à « deux adresses connues du mis en cause », a précisé François Molins. Une voisine a fait état de la présence de policiers d’élite du Raid lourdement armés.

Son épouse a été placée en garde à vue, a ajouté le procureur.

Le chef de l’Etat, qui a décrété trois jours de deuil national, samedi, dimanche et lundi, a prévenu que la France n’en avait « pas terminé » avec le terrorisme. Précédé par son Premier ministre, Manuel Valls, le président de la République est arrivé peu après 12H00 dans la cité balnéaire de la Côte d’Azur, où il s’est rendu au chevet de victimes hospitalisées.

‘Coupé en deux’

Suite aux événements de Nice, le président Hollande s’est exprimé en direct tôt dans la nuit de jeudi à aujourd’hui, annonçant le maintien à un haut niveau l’opération Sentinelle, l’appel à la Réserve opérationnelle et la prolongation de trois mois de l’État d’urgence.

Décrété il y a huit mois dans la foulée des attentats parisiens du 13 novembre, les plus meurtriers jamais commis en France avec 130 morts, il devait s’achever le 26 juillet. L’attentat sur la Côte d’Azur est la pire attaque en Europe depuis celles de novembre, revendiquées par le groupe djihadiste État islamique (EI).

« À Nice, cette nuit un camion a foncé sur la foule avec l’intention de tuer. Nous déplorons 77 victimes dont plusieurs enfants. Le caractère terroriste de cette attaque ne peut pas être nié », a déclaré d’entrée de jeu François Hollande.

« J’exprime la solidarité de la Nation à l’égard des victimes et de leurs proches.C’est toute la France qui est sous la menace du terrorisme islamiste. Nous devons faire preuve d’une vigilance sans faille », de poursuivre le président de la République, avant d’annoncer les mesures qu’il entend prendre.

« J’ai décidé de maintenir à un haut niveau l’opération Sentinelle [qui devait être ramenée de 10 à 7 000 militaires, NDLR]et de faire appel à la réserve opérationnelle », a annoncé François Hollande, qui a aussi décidé de que l’état d’urgence, qui devait prendre fin le 26 juillet, sera prolongé de trois mois »,

En outre, a–t-il annoncé, « Nous allons intensifier nos frappes en Syrie et en Irak. Nous continuerons de frapper ceux qui nous menacent. », a-t-il lancé, annonçant que « Nous tiendrons demain un Conseil de défense, après quoi je me rendrai avec Bernard Cazeneuve à Nice pour un point sur la situation »

« La France est éplorée, affligée mais elle est forte ».

Les témoins de l’attaque, dont un journaliste de l’AFP présent sur place, ont décrit un « chaos absolu ». « On a vu le camion à 120 ou 150 km à l’heure. Les gens sons devenus fous. J’ai vu un petit coupé en deux, sa poussette est restée intacte. C’est horrible », a raconté à l’AFP Laroussi, un touriste tunisien, avant de s’interroger: « Pourquoi n’y avait-il pas de barrages? Les policiers ne sont arrivés que 20 minutes après ».

Plusieurs personnes ont enjambé le parapet de la promenade pour se jeter en contrebas sur la plage et échapper au véhicule, dont la course s’est arrêtée non loin du Palais de la Méditerranée, pneus crevés et pare-brise criblé de balles. Un pistolet automatique, une grenade inopérante et deux fusils d’assaut factices ont été retrouvés dans le camion.

L’attentat n’a pas été revendiqué mais « correspond » aux « appels aux meurtres » des groupes djihadistes, a souligné le procureur de Paris. Dans un message audio diffusé en 2014, le porte-parole officiel de l’EI, Abou Mohammed Al-Adnani, encourageait à utiliser n’importe quelle arme disponible, citant notamment les « voitures ».

L’enquête sur cet attentat est entre les mains du parquet antiterroriste, dont quatre magistrats se sont rendus à Nice.

Tour Eiffel tricolore

Au cœur de l’été, cette attaque replonge le pays dans le drame. La France a basculé dans l’ère de la violence jihadiste en janvier 2015 lors des attaques contre l’hebdomadaire satirique Charlie Hebdo et un supermarché casher à Paris, qui avaient fait 17 morts.

Cette nouvelle tuerie confirme que la France fait figure de cible privilégiée des jihadistes, notamment pour son engagement militaire contre l’EI en Syrie. Le chef de l’État a réuni vendredi matin un conseil restreint de sécurité et de défense et a déjà annoncé un « renforcement » de l’action de la France en Irak et en Syrie.

Loin de l’unité nationale manifestée dans la classe politique après les attaques de janvier 2015, les critiques et reproches n’ont pas tardé dans l’opposition. « Si tous les moyens avaient été pris, le drame n’aurait pas eu lieu », a ainsi affirmé l’ancien Premier ministre Alain Juppé. En réponse, François Hollande a appelé à « l’unité » et à « la cohésion ».

L’attaque a suscité une vague de réactions indignées dans le monde, le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, appelant à renforcer les efforts « pour combattre le terrorisme ». Le Conseil de sécurité de l’ONU a observé un moment de silence.

En France, le Conseil français du culte musulman (CFCM) a lui aussi condamné l’attaque avec « la plus grande vigueur ».

En hommage aux victimes, la tour Eiffel sera illuminée en bleu-blanc-rouge vendredi soir et pendant les trois jours du deuil national, comme la colonnade de l’Assemblée nationale.

Ce nouvel attentat intervient dans un contexte de menace terroriste très élevée, en particulier dans les pays, comme la France, intervenant en Syrie contre le groupe djihadiste État islamique. Il survient moins de deux semaines avant la fin programmée, le 26 juillet, de l’état d’urgence.

Il est a priori le plus important commis en Europe depuis les attentats qui ont fait 130 morts le 13 novembre 2015 à Paris et 32 morts le 22 mars 2016 à Bruxelles, commis par le même réseau du groupe État islamique, dont une quinzaine de djihadistes sont morts, la plupart en kamikazes. Une vingtaine de membres ou complices présumés sont derrière les barreaux en France et surtout en Belgique.

La France avait déjà basculé dans l’ère de la violence djihadiste les 7, 8 et 9 janvier 2015 lors des attentats contre l’hebdomadaire satirique Charlie Hebdo et un supermarché casher à Paris, qui avaient fait 17 morts et ont été suivis de plusieurs autres attaques ou tentatives.

*Avec AFP

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