Vers le Sommet de Varsovie: l’Alliance de l’Atlantique Nord en cinq chiffres

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Pour préparer le sommet de l’OTAN à Varsovie en juillet, le ministre canadien de la Défense, Harjit Sajjan, discute avec son homologue croate, Josip Buljević (à sa droite sur la photo), à la réunion à Bruxelles le 14 juin 2016 des ministres de la Défense de l'OTAN(Canada à l’OTAN ‏@CanadaOTAN)
Pour préparer le sommet de l’OTAN à Varsovie en juillet, le ministre canadien de la Défense, Harjit Sajjan, discute avec son homologue croate, Josip Buljević (à sa droite sur la photo), à la réunion à Bruxelles le 14 juin 2016 des ministres de la Défense de l’OTAN(Photo d’illustration/Canada à l’OTAN ‏@CanadaOTAN)

L’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (Otan), fondée en 1949 aux débuts de la Guerre froide, est une institution de coopération politico-militaire unique au monde en raison de la clause de défense collective qui lie ses Etats membres. Tour d’horizon en cinq chiffres à l’occasion du sommet de l’Alliance à Varsovie vendredi et samedi.

L’Otan ne possède pas de troupes ni d’armes en propre, celles-ci sont fournies par ses Etats membres pour les exercices, opérations, et le fonctionnement quotidien de l’Alliance. Mais en cumulé, les 28 pays membres de l’Alliance peuvent potentiellement mobiliser 3,2 millions de « personnels militaires », dont 1,3 million sert au sein l’armée américaine, selon des chiffres de l’Alliance pour 2015.

C’est le budget militaire et de défense cumulé des 28 pays membres de l’Alliance, selon une estimation pour 2016 fournie par l’Otan. Les Etats-Unis, avec un budget de 664 milliards de dollars, continuent d’en assurer la part du lion.

Malgré l’engagement solennel pris par les dirigeants européens en 2014 d’augmenter leurs dépenses de défense pour atteindre 2% du Produit intérieur brut (PIB) et mieux « partager le fardeau » avec les Etats-Unis, la légère hausse des budgets en Europe (+3%) ne permettra pas de dépasser la barre des 1,46% du PIB en 2016 sur le Vieux continent. Le budget de fonctionnement de l’Otan s’est lui élevé à quelque 1,4 milliard d’euros en 2015.

Cet article du Traité de l’Atlantique Nord signé à Washington en 1949 est le principal pilier de l’Otan.

Il prévoit une clause de solidarité ou de « défense collective », le « tous pour un », qui stipule qu’en cas d’attaque contre l’un des pays de l’Alliance, les autres membres agiront individuellement ou collectivement pour sa défense. Cette mise en garde était destinée à dissuader le bloc soviétique, mais l’article 5 n’a jamais été utilisé pendant la Guerre froide. Ce n’est qu’en 2001, au lendemain des attentats du 11 Septembre, que les Etats-Unis l’activeront, demandant à leurs Alliés d’intervenir à leurs côtés contre les talibans en Afghanistan.

L’Otan, qui compte 28 Etats membres, a lancé en mai le processus d’adhésion du Monténégro, petite République des Balkans qui deviendra – d’ici 18 mois à deux ans – membre à part entière. Le processus est en revanche bloqué pour la Géorgie ou encore l’Ukraine, malgré la politique de la « porte ouverte » décidée envers ces deux pays en 2008.

Il semble en effet impensable que l’Alliance puisse accueillir dans son giron des pays dont une partie du territoire fait l’objet de graves disputes avec Moscou, qui soutient les républiques séparatistes autoproclamées qui en ont le contrôle.

À l’été 2008, la Géorgie s’est engagée dans une guerre éclair contre la Russie pour le contrôle de l’Ossétie du Sud, l’une de ces républiques séparatistes, tandis que le conflit ukrainien, né de l’offensive lancée au printemps 2014 par des rebelles séparatistes prorusses, s’enlise. Deux autres pays, la Macédoine et la Bosnie-Herzégovine, sont candidats.

Après la crise ukrainienne, l’Otan a entrepris une transformation radicale pour rendre ses troupes plus réactives, tout en prenant des mesures pour rassurer les anciens pays du Bloc soviétique ayant rejoint l’Alliance, qui craignaient d’être à leur tour déstabilisés par une intervention, directe ou en sous-main, de Moscou. C’est ainsi que l’Otan et ses pays membres ont augmenté de façon drastique leurs exercices militaires. Ils en ont organisé quelque 280 en 2015, et 240 en 2016.

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Les dirigeants de l’Otan au chevet d’une Europe menacée de toutes parts

Les dirigeants de l’Otan se retrouvent en fin de semaine à Varsovie au moment où l’Europe renforce sa défense à l’Est face à la Russie et affronte la menace djihadiste au Sud, fragilisée comme jamais par l’incertitude du Brexit et la crise migratoire.

Les dirigeants américain Barack Obama, allemande Angela Merkel, français François Hollande, mais aussi le Premier ministre démissionnaire britannique David Cameron, se réunissent avec leurs homologues de l’Alliance atlantique vendredi et samedi dans la capitale polonaise pour un sommet chargé de symboles puisque c’est là que fut signé en 1955 le Pacte de Varsovie, réponse soviétique à l’Otan.

La perspective d’une sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne (UE), qui ouvre un gouffre d’incertitude, sera sur toutes les lèvres, car elle risque de fragiliser l’Otan, dont Londres est une pierre angulaire.

Même s’il n’en est qu’à ses balbutiements, le Brexit promet des négociations longues et douloureuses dont les dirigeants de l’Alliance, Barack Obama en tête, se seraient bien passés au vu de l’instabilité sans précédent qui entoure l’Europe.

Le sommet s’ouvrira vendredi après-midi sous haute sécurité après la vague d’attentats du groupe État islamique (EI) qui ont frappé Paris, Bruxelles et Istanbul.

Il « arrive à une période cruciale pour notre sécurité, caractérisée par des menaces et des défis provenant de toutes parts », a rappelé lundi le secrétaire général de l’Otan, Jens Stoltenberg.

Le changement de donne remonte au printemps 2014, lorsque la Russie a annexé la Crimée, puis soutenu l’offensive de séparatistes prorusses dans l’est de l’Ukraine (ce que Moscou dément).

C’est au même moment que l’EI a pris son essor en capturant la ville de Mossoul (Irak), devenant une menace tangible à deux pas des frontières de l’Alliance.

« L’attention de l’Alliance a été soudain ramenée directement vers nos frontières » et vers « notre tâche principale, la défense collective », décrit l’ambassadeur américain à l’Otan, Douglas Lute.

En septembre 2014, les dirigeants de l’Otan ont pris des mesures drastiques pour renforcer la réactivité de leurs armées, créer une unité déployable en 48 heures en cas de crise, construire des bases logistiques dans les ex-pays du Bloc soviétique partageant une frontière avec la Russie et y prépositionner des équipements.

À Varsovie, ils vont parachever ce « renforcement militaire sans précédent depuis la fin de la Guerre froide » en ordonnant le déploiement de quatre bataillons multinationaux (600 à 1.000 hommes chacun), en Estonie, Lettonie, Lituanie et en Pologne, inquiètes face à Moscou.

Ces troupes de combat doivent opposer une première résistance en cas d’offensive russe, tout en servant de garantie que les Alliés viendront immédiatement à la rescousse.

« L’orientation antirusse de l’Otan s’étale au grand jour », a réagi le président russe Vladimir Poutine. « Nous ne nous laisserons pas entraîner dans cette frénésie militariste alors que, eux, semblent justement chercher à nous entraîner dans une course aux armements coûteuse et sans perspective », a-t-il lancé récemment.

« Ils n’y arriveront pas! Mais nous ne ferons pas preuve de faiblesse », a assuré M. Poutine, dénonçant les nombreuses manoeuvres militaires de l’Otan, notamment « près des frontières russes » en mer Noire et en mer Baltique, alors que les incidents se sont multipliés depuis deux ans.

À Varsovie, les dirigeants de l’Alliance devraient aussi donner le coup d’envoi du bouclier antimissile européen, après l’inauguration d’un premier site d’intercepteurs en Roumanie en mai. Un autre casus belli avec Moscou qui y voit une « menace » pour sa sécurité.

Pourtant, les dirigeants de l’Otan assurent que le sommet de Varsovie n’est pas une démonstration de force antirusse et insistent pour relancer le dialogue entre l’Otan et la Russie.

Mais de facto, leurs autorités militaires ne se sont pas parlées depuis deux ans et leurs ambassadeurs, qui ont renoué le dialogue pour la première fois en 20 mois en avril, ne se retrouveront qu’après le sommet.

Au Sud, l’Alliance commence à s’organiser pour juguler les menaces sécuritaires que représentent l’EI, le conflit en Syrie et le chaos en Libye. Elle veut aussi soutenir les rares pays stables de la région, comme la Jordanie ou la Tunisie.

L’Otan va se doter de puissants drones basés en Sicile et accepter de mettre ses avions-radars Awacs à disposition de la coalition anti-EI.

Enfin, la crise migratoire qui a déchiré les Européens a poussé l’Alliance à participer à la lutte contre les passeurs: après avoir dépêché une flotte en mer Egée, elle devrait coopérer davantage avec la mission Sophia de l’UE au large de la Libye.

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