Ébranlé après être passé à un cheveu d’un massacre, le Canada vise toujours la prévention

0
Le Centre de prévention de la radicalisation menant à la violence (CPRMV) à Montréal, que visite le ministre de la Sécurité publique Ralph Goodale le 15 août 2016, a pour mission d’agir en amont des phénomènes de radicalisation menant à la violence. (CPRMV)
Le Centre de prévention de la radicalisation menant à la violence (CPRMV) à Montréal, que visite le ministre de la Sécurité publique Ralph Goodale le 15 août 2016, a pour mission d’agir en amont des phénomènes de radicalisation menant à la violence. (CPRMV)

Le Canada, ébranlé après que la Gendarmerie royale du Canada (GRC) a évité le pire en déjouant un attentat après avoir été alertée par le FBI qu’un sympathisant de l’EI, Aaron Driver, s’apprêtait à frapper durant les heures de pointe la gare Union de Toronto par où transitent 200 000 personnes par jour, voit son salut dans la prévention de la radicalisation.

Ralph Goodale, en visite à Montréal aujourd’hui, a indiqué que le gouvernement canadien va créer, après la métropole québécoise, un centre « pour la sensibilisation et la lutte contre la radicalisation » au niveau fédéral.

Un pareil centre existe également à Calgary, en Alberta (ouest), haut lieu de la radicalisation au Canada et d’où sont partis plusieurs apprentis-terroristes.

Sur le point de perpétrer un attentat suicide où il aurait entraîné dans la mort des dizaines, voire des centaines de personnes, le jeune sympathisant de l’EI Aaron Driver, abattu mercredi par la police, n’était pas issu de l’immigration, mais le fils d’un caporal de l’Aviation royale canadienne basé à Cold Lake.

On ne parle plus du fils de Mohammed, mais du fils de Wayne…

Voulant rompre rompre son isolement au sein d’une famille déstructurée, il s’était connecté à des jeunes radicalisés aux idées djihadistes.Le jeune apprenti-terroriste s’était radicalisé au cours des dernières années et avait enregistré une vidéo dans laquelle il prêtait allégeance au groupe terroriste et promettait de faire payer au Canada sa participation à la lutte contre l’EI en Syrie et en Irak.

L’importance d’agir en amont

« En réfléchissant aux attaques terroristes de la semaine passée, la première chose à noter est que les corps policiers et les organismes de sécurité du Canada, travaillant en étroite collaboration avec les alliés internationaux, ont déjoué le soi-disant complot terroriste dans un laps de temps remarquablement court », a déclaré, se voulant rassurant, le ministre canadien de la Sécurité publique, Ralph Goodale.

« Il est important pour les Canadiens de savoir que nos organismes et leurs partenaires mondiaux surveillent tous les risques et toutes les menaces possibles en tout temps – 24 heures sur 24, sept jours sur sept, 365 jours par année », a poursuivi le ministre, « Lorsque des renseignements crédibles sont obtenus à propos d’une possible situation de terrorisme, il existe des mesures robustes en place pour réagir. Selon tous les renseignements pertinents en ce moment – y compris ce qui s’est passé la semaine dernière – le niveau de menace terroriste actuel pour le Canada demeure inchangé à un niveau « moyen », un niveau qui perdure depuis octobre 2014 ».

Mais, comme chacun sait, alors que les services de sécurité doivent réussir à prévenir tous les attentas, à chaque fois, il suffit pour les terroristes de réussir une seule fois pour provoquer une tragédie.

Il importe donc de pouvoir agir en amont. Le Canada compte donc s’attaquer à la radicalisation des jeunes aux idées djihadistes, a annoncé lundi le gouvernement.

Le Centre de prévention de la radicalisation menant à la violence (CPRMV)

Le ministre Goodale a visité visite aujourd’hui le Centre de prévention de la radicalisation menant à la violence (CPRMV) avec Denis Coderre, maire de Montréal et Martin Coiteux, ministre de la Sécurité publique provincial et ministre responsable de la région de Montréal.

Le CPRMV, créé en mars 2015 par la Ville de Montréal après le départ pour la Turquie de sept adolescents en janvier 2015, et l’arrestation à l’aéroport de dix autres âgés de 15 à 18 ans quelques semaines plus tard, a pour mission de:

  • Mettre en place des stratégies concrètes de prévention afin d’agir en amont des phénomènes de radicalisation et de contrecarrer les discours ou les gestes à caractère haineux.
  • Offrir un soutien et un accompagnement psychosociaux aux individus en situation de radicalisation ou en voie de se radicaliser, ainsi qu’à leurs proches, aux enseignants, aux intervenants du milieu ou à tout citoyen concerné.
  • Faciliter la réinsertion sociale des individus radicalisés dans le but de les sortir des milieux radicaux, de les protéger et de les aider à évoluer dans un environnement social sain.
  • Mener des études et des recherches pour améliorer la compréhension des phénomènes de la radicalisation violente et ainsi maximiser l’utilité et la force des interventions menées sur le terrain.

Le ministre Goodale devait visiter le Centre au printemps, mais un conflit d’horaire a forcé le report de sa visite. Le centre de Montréal effectue un travail qui « entre dans la catégorie des pratiques exemplaires », a expliqué le ministre Goodale et le gouvernement compte bien s’en inspirer pour l’élaboration d’une « véritable stratégie nationale » pour contrer la radicalisation.

La veille de sa visite au Centre, le ministre a réitéré dans une longue déclaration sa volonté de faire du Canada un leader mondial en matière de lutte contre la radicalisation.

« Nous devons accéder à la meilleure recherche internationale. Nous devons élaborer davantage notre propre recherche. Nous devons générer et coordonner le talent et l’expertise. Nous devons mobiliser et soutenir les organismes de sensibilisation communautaires. Nous devons connaître la façon d’identifier les personnes qui peuvent être vulnérables aux influences insidieuses qui attirent certaines personnes, surtout les jeunes, vers l’extrémisme menant à la violence. Nous devons comprendre le type de messages positifs qui peuvent neutraliser ce poison. Nous devons connaître la façon d’intervenir à l’aide des bons outils au bon moment et de la bonne manière. Tous ces éléments permettront autant que possible de prévenir les tragédies avant qu’elles ne surviennent », avance le ministre canadien de la sécurité publique.

Si l’approche du gouvernement précédent n’était que sécuritaire, celle du gouvernement libéral est multiple.

« Le gouvernement s’engage au moins à protéger les droits démocratiques de protester et de promouvoir les droits afin de créer un moyen plus sensible de gérer les erreurs concernant les listes d’interdiction de vol et des faux positifs, de mettre en œuvre une définition plus précise de certains éléments comme la « propagande », d’assurer la conformité de la Charte des droits et libertés et de réexaminer les lois antiterroristes dans trois ans », a déclaré hier le ministre Goodale.

« Nous avons également présenté une nouvelle loi visant à créer un comité de parlementaires prévu par la loi ayant un accès exceptionnel à des renseignements classifiés et un mandat de scruter les activités de sécurité et de renseignement de tous les ministères et organismes du gouvernement du Canada. Les objectifs du comité comporteront deux volets – s’assurer que tous ces ministères et organismes sont efficaces à assurer la sécurité des Canadiens et assurer le respect de nos valeurs, de nos droits et de nos libertés ainsi que du caractère ouvert, inclusif et démocratique de notre pays. Les Canadiens ne devraient s’attendre à rien de moins », a-t-il aussi précisé.

Le 10 août, le Canada a tout de même été pris par surprise

Mais, ce 10 août, à Strathcoy, le Canada a été pris par surprise et, n’eut été de l’alerte du FBI, nous serions aujourd’hui à compter les morts.

« Personne ne penserait un seul instant que ce qui a marqué Strathroy mercredi dernier était représentatif de cette communauté tranquille on ne peut plus canadienne,[…]. Cependant, cet événement met en évidence que dans ce monde incertain, aucun endroit n’est à l’abri de la menace terroriste », admet le ministre canadien de la Sécurité publique, soulignant que « la préoccupation la plus importante concerne des solitaires qui adoptent des idéologies perverses et extrêmes qui font la promotion de la violence ».

Le fait qu’Aaron Driver ait pu planifier une attaque terroriste malgré un engagement à ne pas troubler l’ordre public démontre, a toutefois amené plusieurs canadiens à mettre en doute efficacité de cette ordonnance face à des individus à l’idéologie extrémiste.

L’engagement à ne pas troubler l’ordre public devait être un outil pour contrôler les sympathisants djihadistes n’ayant pas encore commis d’infraction criminelle. Les conditions imposées à Aaron Driver, par exemple, lui interdisaient d’utiliser un ordinateur ou un téléphone cellulaire à partir de sa résidence de Strathcoy, dans le sud-ouest de l’Ontario, de même que de posséder des explosifs.

Mais les forces de sécurité n’ont décidément pas les ressources pour surveiller un individu 24/7 et le mandat de paix (peace bond) revient à accepter la parole donnée par des individus radicalisés qui ont déjà clairement dans le passé clamé leur mépris pour nos lois et nos valeurs…

D’où la nécessité, sans doute, d’un programme de réadaptation que la justice canadienne pourrait imposer à ces individus.

Pendant ce temps, la population s’inquiète et s’impatiente. La psychose de l’attentat guette les sociétés occidentales, alors qu’hier de nombreuses personnes ont été blessées à Juan-les-Pins, sur la Côte d’Azur (sud-est de la France), à la suite d’un mouvement de panique dû à la crainte d’un attentat lorsque des pétards jetés depuis une voiture qui ont semé la pagaille.

Même lorsqu’il ne frappe pas, le terrorisme nous pourrit la vie. Ne vivrons-nous à l’avenir « qu’entre deux attentats »?

Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

Les commentaires sont fermés.