Canada: le «Rapport public 2016 sur la menace terroriste» évoque la possibilité d’attaques chimiques

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Le ministre de la Sécurité publique, Ralph Goodale, a publié aujourd’hui le « Rapport public de 2016 sur la menace terroriste pour le Canada » qui adopte dorénavant l’acronyme « Daesh » pour parler du groupe armé État islamique, désigne les extrémistes violents qui peuvent s’inspirer des groupes comme Daesh et Al-Qaïda pour exécuter un attentat comme la principale menace pour le Canada et évoque la complexité du terrorisme et la possibilité d’attaques chimiques.

Le rapport insiste également sur l’impérieuse nécessité de mieux comprendre le problème complexe du terrorisme pour pouvoir le combattre.

En 2015, Daesh a fait des déclarations de propagande afin d’exhorter ses militants à déclencher des attaques contre les pays occidentaux où il a encouragé l’utilisation d’engins explosifs improvisés, de poisons et de produits chimiques industriels toxiques offerts sur le marché, souligne le rapport qui rappelle aussi que le Canada collabore avec ses alliés afin d’appuyer des initiatives locales et internationales de lutte contre la propagande de Daesh, de faire échouer ses efforts de recrutement et de réduire la radicalisation.

En Irak et en Syrie, Daesh a adapté des agents chimiques, précisément du chlore et une forme brute de gaz moutarde produit localement, pour fabriquer des armes. Des armes chimiques de toutes sortes ont été utilisées à plusieurs reprises contre les forces de sécurité irakiennes et les
combattants kurdes depuis septembre 2014, note le rapport qui rejoint en cela le rapport Perspectives sécuritaires 2018 Risques et menaces éventuels publié plus tôt par le Service canadien de renseignement de sécurité.

Le rapport du SCRS disait déjà en juin que « la prolifération des technologies et de l’expertise connexes se maintiendra » et qu' »à long terme, le risque sera donc plus grand que les armes nucléaires et chimiques, ainsi que leurs vecteurs balistiques, soient présents dans davantage de pays, ce qui sous-entend un plus grand risque d’utilisation ».

Les extrémistes violents restent la principale menace

En 2015 et tôt en 2016, la principale menace pour le Canada demeurait les extrémistes violents qui peuvent s’inspirer des groupes comme le soi-disant Daesh et Al-Qaïda pour exécuter un attentat, affirme le document.

« Les idéologies d’extrémistes violents auxquelles souscrivent les groupes terroristes comme Daesh et al-Qaïda continuent de captiver certaines personnes au Canada. Certains individus se livrent à des activités liées au terrorisme, comme la promotion de la violence en ligne, la radicalisation de pairs, le recrutement et la collecte de fonds. D’autres pourraient songer à se rendre à l’étranger pour se joindre à un groupe terroriste ou mener des attentats terroristes eux-mêmes », dit le rapport.

Le rapport insiste sur la nécessité de faire la distinction entre une attaque « d’inspiration » terroriste et une attaque « dirigée » pour déterminer les interventions sur le plan opérationnel ainsi que les politiques appropriées et responsables.

Attaque d’inspiration terroriste

Attaque commise de son propre chef par un auteur unique ou un petit groupe à l’appui d’un groupe terroriste ou d’une idéologie extrémiste sans directives, financement ou particulières fournis par le groupe terroriste d’inspiration.

Attaque dirigée

Une attaque planifiée et commise selon les instructions ou accompagnée de directives d’un groupe terroriste. Les directives peuvent inclurent une partie ou la totalité des détails sur la cible, le financement ou la méthode à utiliser.

Le niveau de menace reste toutefois « modéré »

Le rapport précise aussi précise que le niveau actuel de la menace terroriste au Canada est établi à « modéré », inchangé depuis le mois d’octobre 2014, lorsque le pays a été frappé par deux attentats.

Source: Ministère canadien de la Sécurité publique.
Source: Ministère canadien de la Sécurité publique.

« Le niveau national de la menace terroriste au Canada, qui est présenté pour la première fois dans ce rapport, se veut un outil appuyant les mesures prises par le gouvernement afin de lutter contre le terrorisme. Cet outil important permet aux représentants du gouvernement et responsables de l’application de la loi de recenser les risques et les vulnérabilités provenant des menaces et de déterminer les mesures d’intervention appropriées à prendre pour prévenir ou atténuer un acte de terrorisme violent », expliquent les responsables de la Sécurité publique.

L’échelle compte cinq niveaux de probabilité d’un attentat terroriste violent : très faible (très peu probable), faible (possible, mais peu probable), modéré (pourrait survenir), élevé (va probablement survenir) et critique (très probable et pourrait être imminent).

Comprendre le contexte mondial en évolution et la complexité grandissante du terrorisme

« Le Rapport public de 2016 sur la menace terroriste pour le Canada présente clairement les menaces terroristes auxquelles fait face notre pays, en plus de faire partie de l’engagement du gouvernement visant à être ouvert et transparent envers les Canadiens. Le rapport permettra aux Canadiens de mieux comprendre l’environnement actuel de la menace et les mesures prises par notre gouvernement pour assurer leur sécurité, tout en protégeant nos droits et nos valeurs », déclare le ministère canadien de la Sécurité publique dans sa présentation du rapport.

Le rapport se veut un outil pour mieux comprendre la menace terroriste et le nécessaire équilibre entre liberté et sécurité.

« Les Canadiens s’attendent à ce que leur gouvernement prenne toutes les mesures nécessaires pour assurer leur sécurité, tout en préservant leurs valeurs, leurs droits et libertés, ainsi que le caractère démocratique ouvert et inclusif de notre pays. Une bonne compréhension des menaces auxquelles nous faisons face par les Canadiens est fondamentale pour une sécurité nationale efficace. Voilà ce que ce rapport fournit, en plus de présenter le niveau national de menace terroriste pour le Canada. Nous souhaitons susciter une discussion riche, approfondie et factuelle sur l’ensemble de notre cadre de sécurité nationale, afin d’être en mesure de le façonner ensemble, tout en nous basant sur des exigences claires en matière de sécurité et les principes selon lesquels nous menons nos vies. », explique le ministre.

Le document aborde ainsi le contexte mondial en évolution, soulignant que le gouvernement doit comprendre l’influence que le contexte mondial de la menace terroriste exerce sur la menace pour le Canada, les Canadiens et les intérêts canadiens afin de réagir plus efficacement. « Afin de perfectionner cette compréhension, le gouvernement surveille l’évolution de la situation dans diverses régions et au sein de différents groupes de manière à évaluer les répercussions possibles pour la sécurité d’un point de vue canadien », affirme le rapport.

Soulignant la complexité grandissante du terrorisme, le rapport traite aussi des nouveaux enjeux comme les progrès technologiques dont savent si bien tirer parti les terroristes, les femmes qui participent en plus grand nombre que jamais aux organisations et aux activités terroristes, au point ou elles représentent maintenant environ 20% du nombre total de voyageurs extrémistes provenant du Canada.

Afin de faciliter un dialogue national sur la sécurité nationale, le gouvernement du Canada lancera bientôt des consultations sur le cadre de sécurité du Canada, rappelle en terminant le rapport qui ajoute également que le gouvernement « renforcera son système de responsabilisation en matière de sécurité nationale en mettant sur pied un comité de parlementaires ayant accès à de l’information classifiée » et établira en outre un bureau du coordonnateur de la sensibilisation des collectivités et de la lutte contre la radicalisation afin de fournir un leadership national.

D’ici là, on va au moins commencer par arrêter de désigner le groupe armé ultra radical et terroriste sous le nom d’État islamique. Comme ce groupe armé, que le Canada combat aux côtés des pays d’une coalition menée par les États-Unis, « n’est ni islamique, ni un État », il « sera donc appelé Daesh […] dans le présent rapport », précise le ministre Goodale, suivant l’exemple de l’ex-ministre français des Affaires étrangères Laurent Fabius qui avait dès les débuts du groupe djihadiste imposé pour ces mêmes raisons l’appellation Daesh.

Mais quelque soit le nom que prendra la menace, elle n’est pas prête de disparaître, même advenant la chute de Daesh.

« La notion du califat est très populaire auprès d’un grand nombre de personnes dans le monde musulman », notait fort justement le SCRS dans son rapport de juin, ajoutant « Quel que soit le sort qu’il connaîtra, le califat de l’EI servira [dorénavant] de modèle aux futurs […] extrémistes ».

160825 2016 Rapport public de 2016 sur la Menace terroriste pour le Canada

Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

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