Le vice-chef d’état-major sortant rejette la notion de mauvaise gestion des ressources par les militaires

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Le lieutenant-général Guy Thibault, vice-chef d'état-major de la Défense, inspecte les troupes. (Nicolas Laffont/45eNord.ca)
Le lieutenant-général Guy Thibault, vice-chef d’état-major sortant de la Défense, alors qu’il inspectait les troupes en mai 2015. (Nicolas Laffont/45eNord.ca)

Avant de quitter son poste de vice-chef d’état-major de la Défense, le lieutenant-général Guy Thibault a rejeté totalement les accusations de mauvaise gestion des ressources par les militaires et déclaré que, s’il y avait une chose qu’il fallait améliorer, c’était plutôt les directives des dirigeants politiques.

Plutôt que d’imposer de nouvelles mesures de surveillance ou de contrôle dans l’armée, les politiques devraient dire clairement les résultats qu’ils recherchent tout en fournissant un financement «prévisible et soutenu», a-t-il déclaré.

La gestion du dossier des avions F-35 a particulièrement touché la relation entre les militaires et les politiciens canadiens. Ce sujet a longtemps été une épine dans le pied de l’ancien gouvernement conservateur et il pourrait maintenant embarrasser les libéraux.

Mais ce n’est pas tout, d’autres problèmes ont envenimé les relations entre le monde politique et le monde militaire, notamment le programme national sur la construction navale, qui a suscité plusieurs inquiétudes, et la volonté de l’ancien premier ministre conservateur Stephen Harper, qui souhaitait une armée avec un plus grand rapport combattants-bureaucrates, de faire des économies à tout prix pour être en mesure de se présenter devant l’électorat en octobre dernier avec un déficit zéro.

Il y a trois ans, la Défense nationale avait donc lancé une démarche pour trouver environ 1,2 milliard $en surplus qui pourrait être réinvesti dans l’armée. Les progrès sont toutefois venus lentement, ce qui a provoqué la frustration de l’ancien gouvernement conservateur.

Le ministère et l’armée pourraient être plus efficaces, a reconnu avant son départ Guy Thibault. «Mais je rejette complètement la notion que nous, l’équipe de défense, ne sommes pas et n’avons pas été de bons intendants des ressources allouées pour nos tâches par le gouvernement», a-t-il martelé.

Les commentaires du lieutenant-général faisaient écho à des critiques formulées par des experts et même des dirigeants de l’armée qui déploraient, et déplorent toujours, l’absence d’une véritable stratégie de défense sous l’ancien gouvernement conservateur.

Plusieurs experts ont été jusqu’à qualifier la politique conservatrice en matière de défense de vulgaire « liste d’achats » sans réelle vision et, lorsque l’argent s’est fait rare et les achats projetés sont devenus inabordables, les conservateurs se sont simplement mis à couper toujours plus dans le budget de la défense tout en tentant d’obtenir la même chose pour moins cher au lieu de faire des choix, ce qui pourrait bien avoir causé les problèmes d’approvisionnement que nous connaissons aujourd’hui.

Le 6 avril dernier, les libéraux ont lancé quant à eux une grande révision de la stratégie de défense du Canada (la première en vingt ans) et, dans le cadre de cet examen, des consultations publiques qui viennent d’ailleurs de prendre fin cette semaine.

C’est maintenant l’heure des choix.

À quoi auront servi ces consultations qui, il faut le dire, ont été accueillies avec scepticisme chez certains militaires? Aura-t-on les réponses qu’on attend? Saura-t-on bientôt quelle sera notre politique de défense, comment la mission des forces canadiennes sera redéfinie, si on aura des forces armées plus fortes, mais plus «minces» comme le promettait le premier-ministre Trudeau, sur quelles «forces» exactement, misera-ton, ce que fera Ottawa à l’avenir éviter les déficits de capacités qui, aujourd’hui, affligent les forces canadiennes?

Au cours des prochains mois, le ministère compilera et examinera les commentaires reçus en ligne, ainsi que lors des tables rondes avec des intervenants et des discussions avec des parlementaires et d’importants alliés et partenaires internationaux. Cela permettra d’orienter l’élaboration de la nouvelle politique de défense du Canada qui sera publiée au début de 2017.

Le successeur du lieutenant-général Thibault, le vice-amiral Mark Norman prévoit quant à lui être très rigoureux dans sa gestion.

Le nouveau vice-chef d’état-major de la Défense, pour qui l’heure n’est sans doute pas à critiquer les monde politique alors qu’il intègre ses nouvelles fonctions, a déclaré vendredi qu’il avait pour sa part l’intention d’appuyer sur l’accélérateur. «Je vous donne un avertissement formel: vous ne ferez pas de quartier avec moi. J’ai l’intention d’éradiquer toute bureaucratie inutile et sans valeur ajoutée».

Quoi qu’il en soit, il devrait peut-être y avoir un proverbe qui dit que « la vérité sort de la bouche des commandants sortants »….

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