Les craintes pour la santé de la Canadienne Homa Hoodfar détenue en Iran vont en croissant

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Homa Hoodfar (FACEBOOK)
Homa Hoodfar (FACEBOOK)

L’état de santé de la Canadienne Homa Hoodfar, emprisonnée depuis près de trois mois en Iran, s’est sérieusement détérioré, selon des membres de sa famille et soulève de plus en plus de craintes.

La professeure retraitée de l’Université Concordia, à Montréal, est si faible qu’elle a dû être hospitalisée, a affirmé sa nièce Amanda Ghahremani en entrevue à la télévision publique canadienne de langue anglaise (CBC). »Nous disposons de très peu d’information. Nous savons qu’elle était très faible, qu’elle était à peine capable de parler, qu’elle se trouvait dans un état très, très, grave », a-t-elle expliqué.

« Elle n’a pas réussi à avoir un accès régulier à ses avocats, et elle n’a pas réussi à avoir un accès régulier à sa famille « , a ajoiuté Mme Ghahremani.

Homa Hoodfar, arrêtée et détenue depuis le 6 juin à Téhéran à la prison d’Evin sous contrôle des Gardiens de la Révolution, avait laissé savoir qu’elle fait l’objet d’une enquête pour avoir pris part à des activités féministes et pour des questions de sécurité.

L’anthropologue de 65 ans, qui a aussi la nationalité irlandaise, s’était rendue en Iran en février pour poursuivre ses recherches ethnographiques sur le rôle public des femmes. Elle est l’auteure de plusieurs ouvrages sur les femmes et la sexualité dans le monde musulman.

Le 11 juillet dernier, le parquet iranien, toujours aussi opaque, avait annoncé avoir déposé des accusations contre trois Iraniens possédant une double nationalité, dont l’Irano-canadienne Homa Hoodfar, et un étranger, mais sans préciser officiellement la nature des accusations contre la Montréalaise, rapportent les agences de presse iraniennes ISNA et Tasnim, citant une déclaration du procureur général de Téhéran, Abbas Jafari Dowlatabadi.

Il semblerait selon des médias iraniens conservateurs liés aux Gardiens de la Révolution que la professeure Hoodfar ait été soupçonnée de faire partie d’un « complot féministe » visant à saper l’autorité de l’État, mais cela est d’autant plus étonnant qu’elle n’a jamais été impliquée politiquement, est reconnue pour sa neutralité et que ses ouvrages sont même disponibles en Iran, soulignent ses défenseurs.

Le site Free Homa Hoodfar, en ce 85e jour de détention de la professeure Hoodfar en Iran, rapporte l’appel de la Middle East Studies Association, un organisme privée et apolitique qui réunit des chercheurs de partout dans le monde, en faveur de la détenue canadienne: « Nous appelons le gouvernement de la République islamique d’Iran à faire respecter les dispositions de sa constitution et à respecter ses engagements, le pacte international selon laquelle la professeure Hoodfar ne doit être détenue ni empêchée de quitter le pays. Compte tenu de sa santé fragile et de ce qui semble être une arrestation à motivation politique, nous vous invitons à procéder à sa libération immédiate et sans condition et rejetons toutes les accusations contre elle.

Les membres de la famille de Mme Hoodfar avaient évité d’effectuer des sorties médiatiques ces dernières semaines afin de permettre au processus judiciaire iranien de suivre son cours, comme le leur avaient recommandé leurs avocats « Mais cela fait trois mois, et maintenant que nous avons été informés de son hospitalisation, nous n’avons d’autre choix que d’en parler publiquement et de demander l’appui de la population et du gouvernement pour nous assurer qu’elle soit libérée sans plus tarder », a expliqué Mme Ghahremani sur les ondes de la CBC.

De son côté, Affaires mondiales Canada assure que le ministre des Affaires étrangères, Stéphane Dion, son secrétaire parlementaire aux affaires consulaires, Omar Alghabra, et l’ensemble du gouvernement « sont très préoccupés par la santé, le bien-être et la détention de Mme Hoodfar » et considèrent son dossier comme « une priorité ».

L’absence de représentation diplomatique canadienne en Iran complique cependant sérieusement le travail. « Rien ne remplace une représentation directe pour protéger et défendre les citoyens canadiens à l’étranger » a fait valoir, Affaires mondiales Canada. Ottawa a rompu ses relations diplomatiques avec Téhéran en 2012 quand le gouvernement conservateur a annoncé en septembre de cette année là la fermeture immédiate de l’ambassade canadienne en Iran et l’expulsion du pays de tous les diplomates iraniens en poste au Canada.

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