Op. HONNEUR menée tambour battant: 30 nouveaux cas d’inconduite sexuelle sanctionnés

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"Je suis encouragé par le progrès accompli à ce jour", a déclaré ce mardi 30 août 2016 le chef d'état-major de la défense, le général Jonathan Vance, lors de la présentation du "Deuxième rapport d'étape sur la lutte contre les comportements sexuels inappropriés". (FAC)
« Je suis encouragé par le progrès accompli à ce jour », a déclaré ce mardi 30 août 2016 le chef d’état-major de la défense, le général Jonathan Vance, lors de la présentation du « Deuxième rapport d’étape sur la lutte contre les comportements sexuels inappropriés ». (FAC)

La lutte contre les comportements sexuels inappropriés est menée tambour battant et a progressé rapidement avec trente cas sanctionnés d’avril à juillet, même si la route est longue, a expliqué le le chef d’état-major de la Défense, le général Jonathan Vance, alors qu’il présentait aujourd’hui le « Deuxième rapport d’étape sur la lutte contre les comportements sexuels inappropriés », six mois après le premier rapport sur le sujet.

Rappelant que régler le problème de l’inconduite a été son premier engagement lorsqu’il a pris la tête des Forces armées, le chef d’état-major a tenu à assurer que les militaires avaient répondu rapidement à sa demande d’action, tout en soulignant qu’il s’agissait d’un travail de longue haleine.

Le rapport fait le point sur les progrès réalisés par les FAC au cours des six premiers mois de 2016 à l’égard des quatre grands piliers de l’opération HONOUR, soit comprendre le problème des comportements sexuels dommageables et inappropriés; intervenir de façon plus décisive en cas d’incident; mieux soutenir les victimes et prévenir l’occurrence de tels comportements. Le rapport fait également le point sur les progrès réalisés à l’égard des 10 recommandations formulées par la responsable de l’examen externe, l’ancienne juge à la Cour suprême, Mme Marie Deschamps.

Signe de l’importance qu’accorde l’institution au sujet, le général Vance était accompagné de l’adjudant-chef Kevin West, adjudant-chef des Forces canadiennes, du lieutenant-général Christine Whitecross, commandante du Commandement du personnel militaire, du vice-amiral Ron Lloyd, commandant de Marine royale canadienne, du lieutenant-général Paul Wynnyk, commandant de l’Armée canadienne, du lieutenant-général Michael Hood, commandant de l’Aviation royale canadienne et Glynnis French, directrice générale du Centre d’intervention sur l’inconduite sexuelle.

Le général a insisté sur les quatre aspects de l’opération: un appui amélioré aux victimes, une meilleure compréhension du problème, le début de changement de culture au sein des Forces armées et la tolérance zéro envers les comportements sexuels inappropriés.

Il a aussi rappelé qu’il avait ordonné que le Grand Prévôt enquête sur toutes les plaintes d’inconduites sexuelles.

Centre d’intervention sur l’inconduite sexuelle

Au cours de sa première année, l’opération HONNEUR a mis l’accent sur la prise de mesures immédiates dans des domaines comme l’amélioration de l’aide aux victimes et de la formation, la recherche approfondie et un suivi cohérent. À pareille date l’an dernier, les Forces armées canadiennes n’étaient pas dotées d’un centre visant à offrir une plus vaste gamme d’options de soutien aux victimes, souligne le Rapport d’étape publié aujourd’hui.

Aujourd’hui, le Centre d’intervention sur l’inconduite sexuelle est au cœur des ressources à la disposition des militaires. et, lors de la conférence de presse qui a suivi la publication du Rapport, le général Vance a mis l’emphase sur le fait le centre « est géré de façon indépendante et à l’extérieur de la chaîne de commandement ».

En outre, de souligner le général, le Centre est ouvert également aux familles des militaires. De plus, on peut faire appel au Centre, dont qui la mission est d’aider les victimes et les diriger vers les ressources appropriés,sans déclencher nécessairement une enquête.

Aux yeux du chef d’état-major, le Centre, dont les heures d’ouvertures ont été prolongées, est devenu également « une importante ressource pour nos leaders pour comprendre ce qu’ils peuvent faire ».

Degré accru de sensibilisation

Par rapport à l’an dernier, la plus grande différence observée constitue le degré accru de sensibilisation, à l’échelle de l’organisation, à l’importance d’éliminer les comportements sexuels inappropriés et dommageables afin d’assurer le maintien de l’excellence opérationnelle des Forces armées canadiennes, affirme le Rapport.

Un climat qui invite à la divulgation des incidents a mené, a révélé lors de la conférence de presse le général Vance, à un un meilleure environnement. L’an dernier, on rapporte une augmentation de 22% des incidents signalés à la police militaire au sein de laquelle ont été ajoutés des spécialistes qui travaillent de concert avec les avocats militaires.

Le Service national des enquêtes des Forces canadiennes rapporte 174 plaintes fondées d’infractions d’ordre sexuel en 2015, dit le rapport. Le nombre de plaintes fondées d’infractions d’ordre sexuel pour les six premiers mois de 2016 s’élevait à 106, ce qui représente une hausse d’environ 22 % du nombre de plaintes fondées. Cette hausse n’a rien d’étonnant eu égard à l’expérience d’autres institutions et recherches universitaires.

« Je n’aime pas que de telles situations se produisent, mais je suis absolument persuadé que la hausse des cas signalés est le résultat des activités délibérément mises en œuvre dans le cadre de l’opération HONNEUR ».

Cette hausse semble indiquer selon le Rapport que les militaires sont plus conscients du problème et qu’ils sont plus prêts à signaler de tels incidents.

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Et les signalements ne sont pas restés sans suite: depuis janvier 6 personnes ont été reconnus coupables de conduite sexuelle inappropriée, 24 soumis à des mesures disciplinaire sévères, des officiers ont perdu leur commandement et des militaires ont été virés des Forces armées canadiennes.

Le chef-d’état-major n’a toutefois pu préciser combien d’officiers avaient perdu leur commandement pour cause d’inconduite sexuelle ou combien ont été congédiés, mais a promis que le prochain rapport devrait révéler ce chiffres.

Changement de culture

En terminant sa conférence de presse, le chef d’état-major a insisté sur l’établissement d’une culture où tous les militaires canadiens sont traités avec le respect et la dignité qui leur sont dus.

Le général a aussi fait état d’un sondage mené auprès de 40.000 militaires sur l’inconduite sexuelle et ses causes dont les résultats seront rendus publics dès novembre.

« L’institution n’avait pas une compréhension globale du problème avant la mise en œuvre de l’opération HONNEUR. Depuis, les Forces armées canadiennes ont mené une enquête sur ce sujet précis à l’échelle de l’organisation et sont sur le point d’obtenir les résultats et d’établir les premières données de référence exhaustives qui serviront à l’évaluation régulière des progrès », fait valoir le Rapport publié aujourd’hui.

En outre, souligne le document, le suivi de tous les incidents de cette nature à l’échelle de l’organisation depuis le printemps dernier a permis de brosser un portrait beaucoup plus clair de l’évolution de la situation au fil du temps.

De plus, depuis la mise en œuvre de l’opération HONNEUR en août dernier, note le rapport tous les membres des Forces armées canadiennes ont assisté à une séance d’information sur la problématique et ont été encouragés à en discuter.

Les attentes de l’organisation à l’égard du comportement et de l’attitude de ses membres étaient cœur de l’interaction. Ces attentes ont été soulignées et réitérées dans des termes très clairs. Si certains membres des Forces armées canadiennes ne comprenaient pas pleinement en quoi consiste «le bien» avant l’opération HONNEUR, et c’était manifestement le cas, on le leur a expliqué et rappelé fermement à de multiples reprises au cours de l’année dernière, et on le fera encore.

À cet égard, l’adjudant-chef des Forces armées a assuré en conférence de presse lors de la présentation du Rapport qu’il retenait de ces nombreuses tournées au Canada qu’aujourd’hui, les sous-officiers et officiers sont beaucoup plus sensibilisés au problème de l’inconduite sexuelle. Il en veut pour preuve, a-t-il affirmé, que ce sont désormais eux qui prennent souvent l’initiative de discuter de ce problème, ce qui n’était pas le cas il y a un an.

De même, si la formation sur la question était offerte de façon sporadique et décousue, moins d’un an plus tard, « cette formation, plus intensive et cohérente que jamais, est intégrée à toutes les activités de formation majeures s’inscrivant dans le parcours professionnel de chaque officier et militaire du rang », note le rapport.

En résumé, si l’on en croit ce qu’on a pu entendre lors de la présentation du Rapport, la table est mise pour le grand changement.

La façon dont les Forces armées recrutent, forment et déploient en est été changée et le sera encore. Mais la gravité de ce problème qui ne date pas d’hier, « fait en sorte que les solutions rapides ne fonctionneront pas », de conclure le général Vance qui, tout en promettant une nouvelle fois d’agir résolument et rapidement, ne peut qu’inviter les Canadiens à la patience pendant que l’institution qu’il dirige s’attaque aux racines du mal.

160830 Op Honour Rapport d Etape 29 Aout 2016

Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

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