Opération IMPACT: le changement de cap dans la lutte à l’EI porte ses fruits

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Des membres des Forces armées canadiennes embarquent dans un Airbus CC150 Polaris à la 14e Escadre Greenwood, en Nouvelle-Écosse, en soutien à l’opération Impact. (Cpl LS Eduardo Jorge/Service d’imagerie de la 14e Escadre)
Des membres des Forces armées canadiennes embarquent dans un Airbus CC150 Polaris à la 14e Escadre Greenwood, en Nouvelle-Écosse, en soutien à l’opération Impact. (Cpl LS Eduardo Jorge/Service d’imagerie de la 14e Escadre)

Remis à jour le 25/08/2016

Alors que le combat se resserre encore davantage autour des djihadistes qui ont perdu des secteurs clés et ont été expulsés de Falloujah, puis de Ramadi, et bientôt de Mossoul, l’équipe de liaison ministérielle de la Coalition globale s’affaire déjà à préparer l’après-EI, a confirmé aujourd’hui le Brigadier-général canadien David Anderson en téléconférence depuis le QG de la Force opérationnelle interarmées-Irak à Bagdad.

Début février 2016, le Premier ministre Justin Trudeau avait annoncé un changement de cap dans la lutte contre le groupe État islamique avec le triplement de la mission de formation des troupes irakiennes.

Les formateurs de la Coalition ont depuis aidé les forces irakiennes à apprendre comment protéger infanterie, ingénieurs et artilleurs pour atteindre un avantage sur le champ de bataille, les habilitant à mener de grandes opérations qui ont été couronnées de succès.

Aujourd’hui, après les défaites successives de l’EI à Falloujah, Ramadi et Minbej, l’heure de vérité approche et les soldats canadiens équipent et entraînent les peshmergas kurdes pour les préparer à jouer le rôle qui devrait leur être assigné dans la reconquête de Mossoul, sécuriser les flancs nord et est de la ville.

Ce sont toutefois les forces irakiennes, et non les peshmergas, qui seront chargées de « nettoyer » la ville des djihadistes.

Et, au moment où se déroulait la téléconférence du brigadier-général Anderson, illustrant bien les résultats de l’approche de la Coalition, les forces irakiennes progressaient mercredi à Qayyarah au deuxième jour d’une offensive visant à reprendre à l’EI la totalité cette ville du nord de l’Irak. Qayyarah se situe sur la rive ouest du Tigre, à une soixantaine de kilomètres au sud de Mossoul, la dernière grande ville aux mains de l’EI en Irak.

Un chemin immense a donc été parcouru et aujourd’hui, après avoir formé des milliers de membres des forces de sécurité en Irak, dont plus de 2.000 peshmergas formés par par les Canadiens, la Coalition peut maintenant miser sur le soutien qu’elle apporte aux forces opérationnelles locales sur le terrain et se concentrer également sur des aspects plus stratégiques.

Outre les conseillers sur le terrain, les militaires canadiens, comme ceux de 11 autres pays, sont désormais déployés dans les quartiers généraux afin d’aider la Coalition globale contre l’EI à se coordonner encore plus. L’équipe de responsables stratégiques militaires doit dans cette perspective assurer la liaison avec les ministères irakiens de la Défense et de l’Intérieur.

La Coalition, tout en poursuivant les efforts de formation et en continuant d’apporter un appui aérien, ainsi qu’un soutien en matière de logistique et de renseignement, s’implique donc aussi dans les choix au niveau des états-majors.

Le défi humanitaire

Et, alors que le Haut commissariat aux réfugiés de l’ONU (HCR) a averti que la reconquête de Mossoul pourrait provoquer le déplacement d’un million de personnes supplémentaires, la Coalition a commencé à discuter de l’après-Mossoul et de l’après-EI.

Interrogé sur le défi humanitaire qui se posera à la libération de la ville, le brigadier-général Anderson a révélé que des discussions étaient en cours à ce sujet. Il a reconnu que les officiers onusiens avaient des difficultés à trouver des endroits où monter les camps qui devront accueillir la population après la reconquête de Mossoul, mais a assuré qu’on déploie actuellement tous les efforts pour se préparer à un grand mouvement de population, ajoutant qu’il avait toute confiance en la communauté internationale.

Ces paroles font écho à ce qu’en interview exclusive pour 45eNord.ca depuis Washington, le ministre Dion avait déclaré en juillet que même si les ministres des Affaires étrangères et de la Défense de la Coalition ont convenu que des progrès nets avaient été accomplis depuis le début de la lutte contre le groupe terroriste à l’été 2014, «nous avons une autre responsabilité qui est celle de l’humanitaire et de l’aide au développement».

La crise politique

Les Irakiens s’étaient largement mobilisés à l’été 2015 pour dénoncer la corruption et le népotisme qui gangrènent la classe politique et les États-Unis n’ont pas caché leurs inquiétudes de voir cette crise politique irakienne prendre le pas sur la lutte anti-djihadiste.

Le dernier épisode en date est le vote jeudi par une majorité de députés de retirer leur confiance au ministre de la Défense qui avait été interrogé début août par des parlementaires au sujet d’accusations de pot-de-vin.

Mais, interrogé sur le problème de corruption et les difficultés posées par la crise politique qui s’éternise depuis plusieurs mois, le brigadier-général Anderson qui, faut-il le rappeler, a pour mission de faire la liaison avec les ministères de la Défense et de l’Intérieur qui se retrouvent tous deux aujourd’hui sans titulaire, s’est montré étonnamment optimiste.

Le directeur de l’équipe de liaison ministérielle, qui a fait valoir que l’action du parlement irakien est le signe que les Irakiens prennent le problème de la corruption au sérieux et sont capables de le confronter et d’agir, envisage encore l’avenir avec confiance et ne croit pas que la crise politique compromettra les opérations de reconquête qui sont bien engagées.

Le défi de l’unité

Confronté par ailleurs à la réalité de la diversité en Irak de plusieurs groupes, ce qui a conduit récemment à des exactions des milices chiites envers les populations sunnites de certaines zones reconquises, le directeur de l’équipe de liaison ministériel a déclaré, sans donner de détails, que des des efforts sont en cours pour éviter la répétition de pareils gestes, soulignant que rien n’unit mieux ces divers groupes que la lutte contre un ennemi commun: l’EI.

Aux yeux du brigadier-général canadien, l’unité est au centre des préoccupations des dirigeants irakiens, qui doivent être unis, non seulement par un ennemi commun qui, il en a la certitude, sera bientôt vaincu, mais par une cause commune. Selon le militaire canadien, les Irakiens ont fait beaucoup de progrès en vue d’assurer la sécurité après l’EI, notamment au plan législatif, et il voit aussi, dit-il, «beaucoup de bonne volonté et d’amitié entre les groupes».

Pendant ce temps en Syrie voisine se déroulait pourtant un événement propre à tempérer l’optimisme du brigadier-général Anderson et qui illustre à merveille les divergences d’intérêts des groupes qui combattent l’EI.

Les forces spéciales turques et des blindés et avions turcs ont soutenu les rebelles syriens qui ont repris mercredi la ville de Jarablos, l’un des derniers bastions de l’EI dans le nord du pays, non seulement pour contrer le groupe djihadiste, mais aussi pour empêcher les miliciens kurdes syriens, qui contrôlent déjà une bande de territoire de 400 km le long de la frontière, de poursuivre leur progression vers l’Ouest.

Mais pour le militaire canadien, qui choisit de faire confiance aux Irakiens, «la victoire est à portée de la main et l’avenir de l’Irak prometteur».

Actuellement, de conclure le brigadier-général Anderson: «L’équipe a trois concentrations: avoir dans l’immédiat les forces nécessaires aux opérations au cours des prochains mois, accomplir tout le travail pour préparer la période post-Mossoul et même, post-EI, et faire de grand efforts pour que les capacités développées aujourd’hui se convertissent en capacités à long terme pour assurer la sécurité» de l’Irak.

Finalement, quoi que fasse la Coalition et quoi que fassent les Canadiens, la balle sera toujours dans le camp des Irakiens, mais on ne pourra pas nous reprocher de nous être substituer à eux, ni d’être rester indifférents.

Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

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