Retour aux opérations de paix: les ministres Dion, Sajjan, Goodale et Bibeau promettent troupes et argent

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Les ministres Stéphane Dion, Harjit Sajjan, Ralph Goodale et Marie-Claude Bibeau annonce un retour aux opérations de paix des Nations Unies. (MDN)
Les ministres Stéphane Dion, Harjit Sajjan, Ralph Goodale et Marie-Claude Bibeau annonce un retour aux opérations de paix des Nations Unies. (MDN)

Le gouvernement libéral, représenté aujourd’hui par ses ministres de la Défense nationale, des Affaires étrangères, de la Sécurité publique et du Développement international, vient de dévoiler ses engagements pour la paix.

C’est à la base des Forces canadiennes Bagotville que les ministres de la Défense nationale Harjit Sajjan, des Affaires étrangères Stéphane Dion, de la Sécurité Publique Ralph Goodale et du Développement international Marie-Claude Bibeau, ont promis de fournir argent, policiers et militaires pour les futures missions de soutien de la paix des Nations Unies auxquelles prendront part les Canadiens.

«Maintenant, plus que jamais, est venu le temps pour notre pays de privilégier l’engagement plutôt que l’isolement et de redoubler nos efforts collectifs pour nous attaquer aux plus grands défis qui se posent dans le monde, depuis les situations d’urgence complexes aux changements climatiques, en passant par la sécurité», a ainsi déclaré Stéphane Dion.

Si les missions et les pays ne sont pas encore choisis, ou tout du moins pas encore annoncés, les ministres ont d’ores et déjà indiqué que le Canada enverra jusqu’à 600 militaires et 150 policiers.

Les Forces armées canadiennes fourniront du personnel dans une gamme de capacités, notamment des troupes terrestres, des officiers pour des postes au commandement et au quartier général, du transport aérien, des ingénieures et des médecins, de la formation militaire et policière ainsi que du renforcement des capacités afin de contribuer de façon importante dans tout le spectre des opérations de paix multilatérales.

De plus, le Canada contribuera financièrement en injectant 450 millions $ sur trois ans à un nouveau Programme pour la stabilisation et les opérations de paix (PSOPs), qui relèvera d’Affaires mondiales Canada.

Selon Stéphane Roussel, directeur du Centre interuniversitaire de recherche sur les relations internationales du Canada et du Québec, «les Libéraux sont cohérents avec eux-mêmes. Ils réalisent leur promesse électorale et elle est même plus claire que lors de tentatives précédentes de gouvernements libéraux». Le chercheur explique toutefois qu’ils devront faire attention en revenant [ainsi]à un modèle désuet de «mettre des troupes à disposition».

Les porte-paroles du Parti conservateur en matière de Défense nationale, James Bezan et Pierre Paul-Hus s’interrogent sur le bien-fondé de ce réengagement. «Malgré la mission d’enquête d’une semaine du ministre Sajjan en Afrique, le gouvernement ne peut toujours pas répondre à nombre des questions posées par les Canadiens ; il soulève plutôt de nouvelles préoccupations. L’annonce d’aujourd’hui ne fournit aucun détail à savoir où, quand ou même pourquoi nos militaires seront déployés. Les Libéraux doivent répondre à des questions élémentaires comme qu’est-ce que la mission implique? Quelles sont les règles d’engagement? Avec qui allons-nous travailler? Est-ce qu’il y aura un vote au Parlement?», écrivent-ils dans un communiqué.

En date du 31 juillet 2016, le Canada, pays fondateur des Casques bleus, ne contribuait qu’à hauteur de 28 militaires (troupes et experts) et 75 policiers, ce qui le classe à la 67e place mondiale. Avec ce renouvellement des contributions le pays remonterait à la 37e place.

On s’attend à ce que le ministre de la Défense fasse une autre annonce lors d’un sommet sur les opérations de paix, qui aura lieu à Londres, début septembre, et auquel 45eNord.ca assistera. Toutefois, selon nos sources, le ministre n’annoncera ni sur du financement, ni sur une contribution en terme de personnel, ni sur les lieux choisis pour les missions… la porte est ouverte!

La nature des conflits, les différents paliers de la paix

Durant la campagne électorale fédérale de 2015, les Libéraux s’étaient notamment engagés à «réaffirmer l’engagement du Canada de participer aux opérations de maintien de la paix des Nations Unies», mettre à disposition «des équipes médicales mobiles, des avions de transport ou un soutien en matière d’ingénierie», envoyer «du personnel qualifié pouvant être déployé rapidement, dont des chefs de mission, des officiers d’état-major et des unités de quartiers généraux» et contribuer «davantage aux efforts de médiation, de prévention des conflits et de reconstruction de l’ONU».

Plusieurs experts et de nombreux militaires, selon les constatations de 45eNord.ca, se sont inquiétés d’un retour à un maintien de la paix, alors même que les missions et le contexte mondial ne se prêtent plus à ce genre d’exercice.

Toutefois, comme l’a rappelé le ministre de la Défense nationale il y a quelques jours, lors d’une tournée en Afrique, on ne peut raisonnablement plus appeler les opérations actuelles des Casques bleus comme étant un «maintien de la paix», vu la nature même des missions.

«La nature des conflits mondiaux a changé, de sorte que le Canada a dû recourir à une approche novatrice dans son soutien à la paix internationale. Nous devons connaître la réalité sur le terrain, comprendre les causes sous-jacentes d’un conflit et apprendre des spécialistes qui travaillent directement sur le terrain. Mon dernier voyage en Afrique m’a permis de découvrir quels sont les problèmes de sécurité qui touchent le continent et de recevoir les recommandations de dirigeants régionaux et de représentants de l’ONU, de l’Union africaine et d’organisations non gouvernementales sur la façon dont le Canada peut contribuer concrètement aux opérations de soutien de la paix», a déclaré le ministre Sajjan, ajoutant également que les militaires feront face au spectre complet des opérations.

Depuis les missions au Rwanda et en Bosnie, les Casques Bleus sont devenus une vraie force militaire à part entière. Jusqu’à tout récemment encore, la plupart des militaires des Nations Unies ne pouvaient cependant pas vraiment attaquer, or, avec la signature des Principes de Kigali (auxquels le Canada s’est joint), toute latitude est donné au commandant du contingent militaire sur place.

Il existe plusieurs niveaux de soutien de la paix: le maintien, le rétablissement, l’imposition et la consolidation de la paix. Le Canada devrait donc naviguer, selon le contexte des missions choisis, entre ces différents paliers.

Là encore, plusieurs se demandent quel est l’intérêt pour le Canada de se rendre en Afrique. Le choix d’y revenir n’est pas anodin. Le nombre de pays déstabilisés où la gouvernance est faible et les contestations fortes sont légions. Entre la Somalie, le Soudan et le Soudan du Sud, la République démocratique du Congo, la République centrafricaine, la Libye, le Nigéria, le Mali et le Burundi, les conflits ne manquent pas.

L’objectif est clair: stabiliser ces pays pour éviter qu’ils ne sombrent dans le chaos et que des groupes comme l’EI en Libye ou Boko Haram au Nigéria ou encore Ansar Dine, Al-Qaïda et l’EI au Mali ne profitent de l’occasion pour combler le vide et s’emparer de régions entières. Il en va de la sécurité régionale, mondiale ainsi que des intérêts nationaux du Canada si on veut éviter l’exportation du terrorisme.

Fondateur de 45eNord.ca, Nicolas est passionné par la «chose militaire». Il suit les Forces armées canadiennes lors d’exercices ou d’opérations, au plus près de l’action.
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