Syrie: qui combat qui? Qui soutient qui?

0
Les forces démocratiques syriennes et un militaire américain dans la province de Raqa, le 25 mai 2016. (AFP/Archives/DELIL SOULEIMAN)
Les forces démocratiques syriennes et un militaire américain dans la province de Raqa, le 25 mai 2016. (AFP/Archives/DELIL SOULEIMAN)

Déclenché le 15 mars 2011, le conflit en Syrie n’a cessé de se complexifier et de s’internationaliser avec l’entrée en jeu de groupes djihadistes et de pays étrangers.

La dernière puissance à s’y impliquer militairement est la Turquie qui a envoyé ses troupes pour déloger le groupe djihadiste État islamique (EI) d’une localité à sa frontière et stopper la progression des forces autonomistes kurdes.

QUI COMBAT QUI?

Régime contre rebelles:

C’est le principal front. L’armée (300.000 hommes) et ses alliés combattent une myriade de groupes rebelles alliés à des djihadistes syriens et étrangers.

La plus importante alliance anti-régime est l’Armée de la conquête. Elle rassemble des islamistes, comme Ahrar al-Cham ou Faylaq al-Cham et des djihadistes notamment le Front Fateh al-Cham (ex-Front al-Nosra, dirigé par Abou Mohammad al-Jolani et qui a renoncé à son rattachement à Al-Qaïda).

Les adversaires cherchent avant tout à s’emparer d’Alep (nord), deuxième ville du pays. Le régime veut reprendre aussi la Ghouta orientale, près de Damas, largement aux mains de Jaich al-Islam.

Régime contre EI:

Le régime a chassé fin mars l’EI de la cité antique de Palmyre (centre), mais n’a pu le déloger de Tabqa, dans la province de Raqa (nord).

Régime contre Kurdes:

L’aviation syrienne a frappé les Kurdes pour la première fois à la mi-août. Elle a visé Hassaké (nord-est) mais les forces kurdes se sont emparées de 90% de la cité.

Kurdes contre EI:

Depuis janvier 2015, les Kurdes ont chassé le groupe d’Abou Bakr al-Baghdadi des villes clés de Kobané et Minbej dans la province d’Alep, de Tall Abyad dans la province de Raqa et de localités de la province de Hassaké.

Les Kurdes ont établi dès 2012 une semi-autonomie dans le nord et le nord-est, où ils ont leur propre police (Assayech).

Le principal parti kurde est le PYD (Parti de l’Union démocratique) avec sa branche armée, les YPG (Unités de protection du peuple kurde).

Les YPG dominent les Forces démocratiques syriennes (FDS), alliance antidjihadiste créée en octobre 2015 et qui comprend aussi des combattants arabes.

EI contre rebelles:

Les rebelles ont été les premiers à combattre l’EI avant d’être défaits par les ultraradicaux. Ces derniers menacent toujours leur fief de Marea, dans la province d’Alep.

Une poignée de groupes rebelles soutenus par Ankara ont participé mercredi à l’opération turque pour déloger l’EI de Jarablos (nord).

QUI SOUTIENT QUI?

RÉGIME

L’armée est appuyée par 200.000 supplétifs, notamment les Forces de défense nationale. À eux s’ajoutent le Hezbollah chiite libanais (entre 5.000 et 8.000 hommes) et des combattants iraniens, irakiens et afghans.

La Russie a lancé une campagne aérienne fin septembre qui a permis aux troupes d’Assad de repousser les rebelles dans les provinces d’Alep, Lattaquié (ouest), Damas et Deraa (sud) et l’EI à Palmyre.

L’Iran, principal allié régional, a envoyé des milliers de combattants et fournit une aide économique.

REBELLES

Les rebelles dits modérés sont soutenus par les Occidentaux, notamment les États-Unis, la France et la Grande-Bretagne.

Les rebelles islamistes sont aidés par la Turquie, l’Arabie saoudite et le Qatar.

KURDES

Les Kurdes sont épaulés par la coalition internationale dirigée par Washington depuis 2014 dans leur lutte contre l’EI.

DJIHADISTES

Aucun pays ne soutient ouvertement le Front Fateh al-Cham et l’EI, groupes rivaux classés comme organisations « terroristes » par l’ONU. L’EI a pu s’auto-financer grâce à sa conquête de territoires riches en pétrole, en produits agricoles et en vestiges archéologiques.

QUI CONTRÔLE QUOI?

RÉGIME (près de 35% du territoire)

M. Assad a perdu la majorité du territoire mais garde les zones stratégiques: Damas, Homs et Hama (centre), le littoral et une partie d’Alep où vivent près de 60% de la population.

EI (près de 35%)

Malgré ses défaites depuis 2015, le groupe djihadiste domine l’est du pays, avec Deir Ezzor frontalière de l’Irak, la majeure partie de la province de Raqa (nord), et une présence dans les régions d’Alep, comme la ville d’al-Bab, de Hama, de Damas, Homs et dans le sud.

KURDES (18%)

Depuis 2014, les autonomistes ont conquis un vaste territoire dans les provinces de Hassaké, d’Alep et de Raqa. Ils contrôlent les trois quarts de la frontière syro-turque.

Rebelles et Fateh al-Cham (12%)

Les rebelles ont reculé au nord d »Alep mais ont marqué des points fin août au sud.

L’Armée de la conquête domine l’ensemble de la province d’Idleb (nord-ouest).

QUEL EST OBJECTIF DES BELLIGERANTS?

RÉGIME

Bachar al-Assad, qui refuse de quitter le pouvoir, veut « reconquérir » toute la Syrie.

REBELLES

Leur objectif est de renverser le clan Assad au pouvoir depuis plus d’un demi-siècle. Fateh al-Cham, lui, aspire à un Émirat islamique.

KURDES

Les Kurdes ont auto-proclamé en mars une région fédérale et aspirent à une autonomie à l’instar du Kurdistan irakien.

EI

Ce groupe, le plus redouté au monde en raison de ses atrocités, veut préserver son « califat » proclamé en 2014 à cheval sur la Syrie et l’Irak.

ÉTATS-UNIS

Après avoir appelé au départ M. Assad, Washington se concentre sur la lutte anti-EI en s’appuyant notamment sur les forces kurdes, ce qui a envenimé ses relations avec la Turquie, son allié au sein de l’Otan.

LA RUSSIE

Moscou refuse le départ de M. Assad par la force. Il veut une victoire diplomatique en menant à bien avec Washington des négociations entre régime et opposition, actuellement au point mort.

L’IRAN

L’Iran chiite veut jouer un rôle dans le monde arabe en s’appuyant sur un arc comprenant la Syrie, l’Irak et le Hezbollah.

LA TURQUIE

Ankara, qui considère le PYD et les YPG comme « terroristes », veut empêcher les Kurdes de relier leur territoire du nord-ouest au nord-est.

Moscou et Washington annoncent des progrès vers un cessez-le-feu, mais pas d’accord définitif

Par ailleurs, les États-Unis et la Russie disent être « parvenus à clarifier » la voie vers un cessez-le-feu en Syrie, mais les modalités pratiques doivent encore être définies, a déclaré vendredi soir à Genève le secrétaire d’État américain John Kerry.

« Nous sommes parvenus à clarifier la voie menant » à une cessation des combats, a assuré le chef de la diplomatie américaine à la presse à l’issue d’une réunion marathon avec son homologue russe Sergueï Lavrov.

Le chef de la diplomatie russe a affirmé que « des accords substantiels ont été réalisés » mais que « certains éléments devaient être finalisés ».

M. Kerry a précisé que les deux pays n’étaient pas prêts pour une annonce définitive, et a ajouté que des experts des deux pays allaient continuer de travailler à Genève dans les jours à venir pour régler les points non résolus.

« Nous travaillons sur ces sujets », a déclaré le secrétaire d’État. Les deux pays ne sont pas prêts pour « une annonce définitive qui serait menacée d’échec » et « nous ne voulons pas d’un accord pour simplement dire que nous avons un accord », a-t-il ajouté.

Les chefs de la diplomatie américaine et russe avaient entamé leurs entretiens dans la matinée dans un grand hôtel sur les bords du lac Léman, dans l’objectif de relancer les pourparlers de paix en Syrie.

Ils ont été rejoints pendant près d’une heure en milieu de journée par l’envoyé spécial de l’ONU pour la Syrie Staffan de Mistura.

Plusieurs sessions de discussions intersyriennes, destinées à mettre fin à ce conflit qui a fait plus de 290.000 morts depuis cinq ans, ont eu lieu à Genève depuis le début de l’année, sans aboutir à des résultats.

Moscou et Washington ont le groupe Etat islamique (EI) comme ennemi commun, mais la Russie soutient politiquement et militairement le régime de Damas, tandis que les Etats-Unis appuient l’opposition syrienne qui réclame le départ du président Bachar al-Assad.

La réunion de vendredi intervenait alors que le conflit est devenu encore plus complexe avec l’intervention militaire de la Turquie dans le nord de la Syrie, contre les djihadistes de l’EI mais également contre les Kurdes.

Les commentaires sont fermés.