Terrorisme: dans la foulée de l’affaire Driver, l’usage des «mandats de paix» remis en cause

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Terrorisme: Goodale reconnaît qu'il y a des lacunes à combler lors de son discours le 17 août à la 111e Conférence annuelle de l’Association canadienne des chefs de police à Ottawa. (Compte Twitter/‏@Tara_Majumdar)
Terrorisme: Goodale reconnaît qu’il y a des lacunes à combler lors de son discours le 17 août à la 111e Conférence annuelle de l’Association canadienne des chefs de police à Ottawa. (Compte Twitter/‏@Tara_Majumdar)

La catastrophe évitée de justesse le 10 août, quand la police fédérale canadienne, alertée par le FBI, a pu déjouer le complot terroriste d’Aaron Driver, a mis en lumière les « limites » des « mandats de paix », a reconnu mercredi le ministre fédéral de la Sécurité publique qui prononçait un discours au dernier jour de la 111e Conférence annuelle de l’Association canadienne des chefs de police à Ottawa.

Dorénavant, ces ordonnances devraient probablement être accompagnées d’un programme de réadaptation pour être efficaces.

C’est à la principale gare ferroviaire de Toronto, la gare Union, où transitent des centaines de milliers de passager tous les jours, que le jeune sympathisant de l’EI intercepté in extremis et abattu par la police à Strathcoy en banlieue de London, en Ontario, voulait commettre un attentat suicide en souhaitant faire un maximum de morts.

Cette hécatombe évitée de peu semble avoir provoqué une réflexion salutaire chez ce gouvernement que certains avait commencé à accuser de nonchalance en matière de lutte au terrorisme intérieur.

L’attentat a finalement été déjoué, mais il constitue un signal d’alarme, a reconnu le ministre Goodale aujourd’hui après que le premier ministre, hier, a annoncé que le travail des services de sécurité allait être évalué.

L’homme de 23 ans avait déjà été arrêté par la police fédérale en juin 2015 à Winnipeg, soupçonné d’avoir publié (sous le nom de Harun Abdurahman) un guide sur les réseaux sociaux afin d’aider les djihadistes à se rendre en Syrie.

Il avait également applaudi l’attentat du parlement d’Ottawa perpétré par Michael Zehaf-Bibeau en 2014 et, février 2016, à la télévision publique canadienne, s’était même vanté d’ être un «sympathisant» de l’État islamique.

Aaron Daniel Driver était depuis sous le coup d’un mandat de paix assorti de plusieurs conditions de remise en liberté. Il n’avait pas le droit d’utiliser un ordinateur ou un téléphone cellulaire et devait porter un bracelet électronique. Il avait toutefois contesté cette décision et ne portait pas ce bracelet au moment des événements.

Aaron Daniel Driver était en outre tenu d’habiter chez sa sœur à Strathcoy-Caradoc en raison de conditions de libération imposées par la Cour.

Comment un homme pareil a-t-il pu préparer un complot qui aurait très bien pu entraîner dans la mort des centaines de personnes ?

Hier, le premier ministre Trudeau, après avoir félicité les policiers canadiens pour leur travail a rappelé la nécessité d’un équilibre entre la sécurité des Canadiens et le respect de leurs droits, mais, reconnaissant la nécessité d’évaluer le travail des services de sécurité, a annoncé que le comité parlementaire sur la sécurité, annoncé par son gouvernement le printemps dernier, se penchera sur le travail des agences comme la GRC et le SCRS (Service canadien du renseignement de sécurité).

Aujourd’hui, en marge de son discours devant l’Association canadienne des chefs de police, à Ottawa, le ministre de la Sécurité publique a du, pour sa part, admettre que les engagements de ne pas troubler l’ordre public sont des « outils qui ont leurs limites »: « Évidemment, nous en tirerons des leçons (…) pour voir quels autres outils et techniques pourraient être plus efficaces », a déclaré le ministre qui a évoqué la possibilité d’assujettir les personnes susceptibles de se radicaliser à des séances de rééducation avec des professionnels en « déradicalisation ».

« Une idée (…) serait d’inclure dans les termes et conditions des engagements de ne pas troubler la paix publique l’obligation, pour l’individu, de rencontrer des professionnels de la lutte contre la radicalisation », a expliqué le ministre qui, à l’occasion le 15 août de sa visite au Centre de prévention de la radicalisation menant à la violence (CPRMV), réitérait la volonté de son gouvernement de créer, après la métropole québécoise, un centre « pour la sensibilisation et la lutte contre la radicalisation » au niveau fédéral.

Un pareil centre existe également à Calgary, en Alberta (ouest), haut lieu de la radicalisation au Canada et d’où sont partis plusieurs apprentis-terroristes.

« Il existe actuellement certains centres au Canada qui possèdent cette expertise. Celui de Montréal, par exemple, est particulièrement avancé », a poursuivi le ministre, qui semble voir dans la « prévention » et la déradicalisation » une solution au problème des « loups solitaires », ces individus qui répondent d’eux-même maux appels aux meurtres lancés par les groupes djihadistes comme l’EI.

Selon le ministre, il y a actuellement « environ une douzaine » d’individus au Canada qui se sont engagés à ne pas troubler la paix publique après avoir été identifiés à risque de perpétrer un attentat terroriste.

Mais la confiance en ce fameux « mandats de paix » (peace bond), des outils dont l’efficacité reposent sur le respect d’une ordonnance de la cour par des individus qui affichent ouvertement leur mépris pour nos lois, a été sérieusement ébranlée.

Et c’est ainsi que le gouvernement libéral, après avoir accusé le gouvernement conservateur de Stephen Harper d’en faire trop avec les affaires de terrorisme intérieur et d’entretenir un climat de peur à des fins politiques, semble aujourd’hui avec l’allocution du ministre Goodale sur les lacunes à combler et hier avec la déclaration de premier ministre sur l’évaluation du travail des services de sécurité, avoir entrepris une réflexion publique qui le mènera peut-être à ajuster son approche pour trouver, comme il s’y est engagé, le meillewur équilibre entre liberté et sécurité.

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