Trump attaque la famille d’un soldat musulman mort au combat, l’Amérique s’indigne

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Aujourd’hui, on l’entend à la radio, on le voit à la télé, on le lit dans le journal, «Trump, c’est le Hitler des temps modernes». (Frederic J. Brown/AFP/Getty Images)
Aujourd’hui, on l’entend à la radio, on le voit à la télé, on le lit dans le journal, «Trump, c’est le Hitler des temps modernes». (Frederic J. Brown/AFP/Getty Images)

Donald Trump faisait l’objet lundi de critiques très sévères, y compris dans son camp républicain, après s’en être pris à la famille d’un officier musulman de l’armée américaine tombé au champ d’honneur, un tabou absolu aux États-Unis et un faux pas qui pourrait s’avérer coûteux politiquement.

« Il est temps pour Donald Trump de donner l’exemple à notre pays et au parti républicain », s’est indigné le très respecté sénateur républicain John McCain dans un communiqué outré, après le énième dérapage du milliardaire.

Cette fois, Donald Trump s’en est pris publiquement à la famille d’un capitaine musulman de l’armée américaine mort au combat en Irak en 2004 en tentant de sauver ses hommes.

Le père du capitaine Humayun Khan, immigré de première génération et avocat, avait fait un émouvant discours lors de la convention démocrate la semaine dernière et reproché à M. Trump son projet d’interdire aux musulmans l’entrée aux États-Unis, pour lutter contre le terrorisme.

« M. Khan, qui ne me connaît pas, m’a attaqué vicieusement depuis l’estrade du parti démocrate et continue maintenant à le faire partout à la TV – Sympa! », a asséné le magnat de l’immobilier lundi sur Twitter, après l’avoir déjà attaqué ces derniers jours.

Il avait également insinué que la mère du soldat avait été forcée au silence pendant la convention parce qu’elle était musulmane. Elle lui a répondu dimanche en expliquant que la douleur pour la perte de son fils l’aurait empêché de parler.

Avec ses attaques, Donald Trump a touché le nerf d’un sujet tabou aux Etats-Unis, où les militaires sont traditionnellement perçus comme des héros défenseurs de la liberté et régulièrement honorés, depuis les cours d’école jusque dans les stades sportifs.

Se moquer de la mère d’un soldat tué au combat « dépasse les limites », s’est insurgée la puissante association d’anciens combattants américains à l’étranger (VFW).

Il y a à peine une semaine, certains de ses 1,7 million de membres avaient applaudi Donald Trump lors d’une rencontre, certains appelant alors à « enfermer » la démocrate Hillary Clinton. Lundi, son président Brian Duffy a taclé le candidat, affirmant que « quand on touche à certains sujets sacrosaints, il n’y a aucun talent rhétorique qui puisse réparer » les dégâts.

‘Danger’

Lui-même un héros de la guerre du Vietnam, où il a subi des années de torture, John McCain a remercié la famille Khan « d’avoir immigré aux États-Unis ».

Le sénateur de l’Arizona a lui-même fait les frais des moqueries du milliardaire, qui avait mis en doute son statut de « héros » parce qu’il avait été capturé. « Moi, j’aime les gens qui n’ont pas été capturés », avait lancé le milliardaire il y a un an.

Après ce nouveau dérapage, la petite-fille du sénateur, Caroline McCain, elle-même républicaine, a annoncé lundi qu’elle voterait Hillary Clinton le 8 novembre, qualifiant d' »impardonnable » les propos de Donald Trump, « un lâche ».

Autre coup dur pour le magnat de l’immobilier, les familles de 17 soldats tombés au champ d’honneur ont dénoncé ses propos « répugnants et personnellement insultants pour nous ».

Reste que Donald Trump a la peau dure. Lorsqu’il avait attaqué John McCain, le tollé était tel que beaucoup avaient pensé qu’il ne s’en relèverait pas. Et pourtant, il a remporté la nomination républicaine contre ses 16 adversaires et en mai… John McCain a annoncé son soutien au milliardaire, même s’il a pris soin de ne pas participer à sa convention d’investiture.

Cette fois encore, l’état-major du parti républicain a dénoncé ses propos. Mais sans aller jusqu’à lui retirer son soutien.

Le prix Nobel américain d’Économie et éditorialiste du New York Times Paul Krugman les a étrillés, affirmant que « les véritables pécheurs sont les dirigeants républicains (…) qui soutiennent activement un candidat alors qu’ils savent qu’il représente un danger pour la nation ».

Portée par un rebond post-convention dans un sondage CBS lundi, Hillary Clinton a appelé les républicains dimanche à choisir les intérêts « du pays plutôt que le parti ».

Malgré ses dérapages fréquents M. Trump était jusque-là au coude-à-coude dans les sondages avec sa rivale. L’enquête CBS publiée lundi donne toutefois sept points d’avance à la candidate démocrate.

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