Turquie: l’attentat à Gaziantep qui a fait au moins 50 mort commis par un kamikaze adolescent

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L'explosion d'une bombe lors de la célébration d'un mariage dans la ville turque de Gaziantep a fait plus de vingt morts et près d'une centaine de blessés. (KEYSTONE/EYYUP BURUN)
L’explosion d’une bombe lors de la célébration d’un mariage dans la ville turque de Gaziantep a fait plus de vingt morts et près d’une centaine de blessés. (KEYSTONE/EYYUP BURUN)

Remis à jour le 21/08/2016 à 9h33

L’attentat de Gaziantep, dans le sud de la Turquie, a été commis par «un kamikaze âgé entre 12 à 14 ans qui soit s’est fait exploser, soit portait des explosifs actionnés à distance», a déclaré dimanche le président turc Recep Tayyip Erdogan.

Le président a fait état, lors d’une conférence de presse à Istanbul, d’un bilan de 51 morts, réaffirmant que ses soupçons se portaient sur le groupe Etat islamique (EI), après l’attentat le plus meurtrier en un an en Turquie contre un mariage auquel assistaient de nombreux Kurdes.

Le gouverneur de Gaziantep avait fait état de 50 morts, et de 94 blessés.

Le chef de l’État a indiqué que 69 personnes étaient toujours hospitalisées, parmi lesquelles 17 dans un état critique.

«D’où que vienne la terreur, cela ne change rien pour nous», a déclaré M. Erdogan. «En tant que nation, nous utiliserons toute notre force, unis, main dans la main, pour lutter contre le terrorisme comme nous l’avons fait le 15 juillet», a-t-il ajouté, en référence au putsch raté mené par une faction de l’armée.

Les restes d’une veste d’explosifs ont été retrouvés sur les lieux, a annoncé le parquet, confirmant la thèse d’un attentat-suicide samedi soir à Gaziantep, proche de la frontière syrienne.

Il s’agit ainsi de l’attaque la plus meurtrière pour la Turquie endeuillée depuis un an par une vague d’attentats sanglants attribués au groupe État islamique (EI) ou au Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), notamment à Ankara et à Istanbul.

L’attentat a visé un mariage auquel assistaient de nombreux Kurdes et a également fait près d’une centaine de blessés.

Dans un communiqué, le président Recep Tayyip Erdogan a dit ne faire «aucune différence» entre le prédicateur en exil Fethullah Gülen — qu’il accuse d’avoir ourdi le coup d’État raté du 15 juillet — les rebelles du PKK et le groupe djihadiste EI, «probable auteur de l’attentat de Gaziantep».

«Notre pays, notre nation ne peuvent que réitérer un seul et même message à ceux qui nous attaquent: vous échouerez!», a-t-il encore écrit, avant que des condamnations affluent de l’étranger.

Le président français François Hollande a dénoncé «avec force l’ignoble attentat terroriste» de Gaziantep. «La France se tient aux côtés de tous ceux qui luttent contre le fléau du terrorisme», a-t-il dit, selon un communiqué de la présidence.

Le président russe Vladimir Poutine a condamné «la cruauté et le cynisme» de cette attaque.

L’ambassadeur des États-Unis John Bass a de son côté «condamné l’attaque barbare de civils innocents». «Nous sommes solidaires de notre allié la Turquie et nous engageons à continuer à travailler étroitement ensemble pour défaire la menace terroriste», a-t-il conclu.

Au Vatican, le pape François a déclaré: «Prions pour les victimes, morts et blessés, et demandons le don de la paix pour tous».

«Bain de sang»

Un responsable turc a indiqué que le mariage «se déroulait en plein air» et dans un quartier du centre de Gaziantep à forte concentration kurde, ce qui renforce la piste djihadiste.

Les mariés ont survécu au carnage. La mariée Besna Akdogan, alternant crises de larmes et d’évanouissement depuis le drame, a déclaré à l’agence de presse Anadolu : «Ils ont transformé notre mariage en bain de sang». Légèrement blessée, elle a pu quitter l’hôpital dimanche.

D’après l’agence de presse Dogan, un kamikaze s’est mêlé aux invités — dont un grand nombre de femmes et d’enfants — avant d’actionner sa charge. Les forces de sécurité sont désormais à la recherche de deux personnes qui l’accompagnaient.

Des témoins ont livré des descriptions effroyables de la scène de l’attentat.

«Lorsque nous sommes arrivés, il y avait des tas de morts, une vingtaine, des personnes» avec «la tête, le bras, la main éparpillés au sol», a dit un homme.

«Regardez, ce sont les morceaux de ferraille qui sont entrés dans les corps de nos proches, ces billes les ont tués, il n’y a plus rien à dire», a déclaré un autre.

Gulser Ates, blessée, a raconté au quotidien Hurriyet que l’attaque avait eu lieu au moment où la fête se terminait.

«Nous étions assis sur des chaises, je discutais avec un de mes voisins. Il s’est effondré sur moi durant l’explosion. S’il n’était pas tombé sur moi, je serais morte», a-t-elle dit.

Des rangées de cercueils

Le parti prokurde HDP a condamné l’attentat dans un courriel, affirmant que «beaucoup de Kurdes ont perdu la vie».

M. Erdogan a jugé que les auteurs de l’attaque avaient pour objectif de semer la division entre les différents groupes ethniques vivant en Turquie.

Nombre de djihadistes perçoivent les Kurdes comme des ennemis. En Syrie voisine, les milices kurdes sont en première ligne dans les combats contre l’EI et ont permis leur recul sur le terrain.

À Gaziantep, une foule d’hommes priaient devant des rangées de cercueils drapés de blanc et de nombreuses familles consultaient dans la détresse les listes des victimes transportées à la morgue.

Sur les lieux de l’explosion, de nombreux bâtiments proches ont eu les vitres brisées par le souffle, et ici ou là traînaient des chaussures.

Le sud-est et l’est de la Turquie ont été secoués en milieu de semaine par trois attentats qui ont fait 14 morts et ont été attribués par Ankara à la guérilla kurde qui semble, après une relative trêve à la suite du coup d’État manqué, avoir repris une campagne intense d’attentats .

Gaziantep est devenue le point de passage de très nombreux réfugiés syriens fuyant la guerre dans leur pays et dont 2,7 millions vivent en Turquie.

Mais la zone abriterait en dehors des réfugiés et des militants de l’opposition un nombre significatif de djihadistes.

L’attentat de Gaziantep est survenu le jour où le premier ministre Binali Yildirim a annoncé que la Turquie souhaitait jouer un rôle «plus actif» dans la solution de la crise en Syrie afin de «faire cesser le bain de sang».

Ankara est également aujourd’hui plus activement impliqué dans la lutte de la coalition menée par les États-Unis contre l’EI.

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