Yémen: raids intensifs de la coalition arabe après l’échec des négociations

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Un Yémenite inspecte les décombres après une frappe aérienne de la coalition militaire arabe conduite par l'Arabie saoudite à Sanaa, le 14 février 2016. (AFP/Archives/MOHAMMED HUWAIS)
Un Yémenite inspecte les décombres après une frappe aérienne de la coalition militaire arabe conduite par l’Arabie saoudite à Sanaa, le 14 février 2016. (AFP/Archives/MOHAMMED HUWAIS)

Trois jours après l’échec apparent des pourparlers de paix inter-yéménites, la coalition arabe alliée au pouvoir a mené mardi des raids aériens intensifs dans la région de Sanaa qui ont entraîné la fermeture de l’aéroport de la capitale contrôlée par les rebelles.

C’est la première fois en plus de trois mois que les avions de la coalition, dirigée par l’Arabie saoudite, bombardent des cibles dans la capitale du Yémen, pays ravagé depuis plus d’un an par un conflit meurtrier.

Selon le porte-parole de la coalition, le général Ahmed al-Assiri, les raids ont pris pour cibles des objectifs militaires aux alentours de Sanaa.

Les premiers raids ont été lancés dans la nuit et les frappes se sont intensifiées mardi, ont indiqué des habitants de la capitale sous contrôle total des rebelles chiites Houthis depuis janvier 2015.

Le porte-parole des rebelles, Mohammed Abdelsalam, a affirmé sur Facebook que la coalition avait « commis un crime odieux en visant (mardi) matin une fabrique de produits alimentaires au centre de Sanaa », faisant « des morts et des blessés civils, dont des femmes et des enfants ».

Des habitants ont indiqué qu’une fabrique de pommes chips, proche d’un centre de maintenance d’équipement de l’armée, avait été touchée. Six corps carbonisés ont été retirés des débris, ont-t-ils affirmé.

Positions inconciliables

L’agence Saba, contrôlée par les rebelles, a indiqué qu’outre Sanaa, d’autres régions du pays en guerre avaient été la cible de raids des « agresseurs saoudiens ».

La reprise des frappes à Sanaa intervient moins de 72 heures après la « suspension » par l’ONU de négociations de paix qui avaient rassemblé pendant trois mois et demi au Koweït des représentants rebelles et gouvernementaux.

L’ONU table sur une reprise des pourparlers dans un mois et refuse de parler d’échec. Mais les parties campent sur leurs positions.

Le gouvernement insiste sur un retrait des rebelles des grandes villes, dont Sanaa. Les Houthis et leurs alliés exigent de participer immédiatement à un gouvernement d’union nationale.

La guerre au Yémen, qui a fait plus de 6.400 morts et environ 30.000 blessés, sans parler des 2,8 millions de personnes déplacées, oppose les forces loyales au président Abd Rabbo Mansour Hadi, soutenues la coalition militaire arabo-sunnite, aux rebelles Houthis alliés à l’ex-chef de l’Etat Ali Abdallah Saleh et accusés de liens avec l’Iran chiite.

La coalition est intervenue en mars 2015 dans le conflit pour empêcher la prise totale du Yémen par les rebelles qui ont été chassés notamment des régions du sud.

Aéroport fermé

Dans un geste de défi et en vue d’asseoir leur pouvoir, les rebelles ont formé avant même la suspension des négociations un conseil présidentiel chargé de gouverner le Yémen ou du moins la partie qu’ils contrôlent – Sanaa et de vastes régions du nord.

Pour le général Assiri, la reprise des raids à grande échelle se justifie par l' »échec » des négociations.

« Durant les trois derniers mois, il y a eu une trêve fragile qui a été respectée par la coalition en vue d’assurer le succès des négociations de Koweït », a-t-il dit. « Il est normal que les opérations contre les rebelles reprennent après la fin des négociations et les violations répétées de la trêve par les rebelles ».

Le général saoudien a souligné que la coalition avait demandé la fermeture de l’aéroport de Sanaa pour « éviter tout risque à la navigation aérienne ».

Le directeur de l’aéroport, Khaled al-Chaef, avait auparavant signalé à l’AFP l’arrêt de tout mouvement aérien pendant 72 heures sur injonction des « Saoudiens ».

M. Abdelsalam s’est indigné sur Facebook des conséquences de la fermeture de l’aéroport qui empêche selon lui la délégation rebelle aux négociations de retourner à Sanaa.

Depuis Oman, où il est bloqué avec les autres membres de la délégation, le porte-parole rebelle a qualifié d' »irresponsable » l’interdiction du trafic aérien décrétée par la coalition.

Cependant, pour le général Assiri, cette mesure est destinée à préparer une « organisation du trafic » de manière à éviter tout risque pour les avions civils durant les opérations militaires.

L’aéroport n’est utilisé pour le moment que par la compagnie nationale Yemenia et l’ONU.

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