Après l’atttentat attribué à un des leurs, les Somaliens du Minnesota craignent des représailles

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Hassan Yusuf, cofondateur du groupe militant UniteCloud, parle de son expérience de la vie à Saint-Cloud. (UniteCloud)
Hassan Yusuf, un membre de la communauté somalienne de Saint-Cloud, parle de son expérience de la vie dans cette municipalité du Minnessota. (UniteCloud)

Des véhicules surmontés de drapeaux confédérés qui font des rondes et une peur qui s’installe. La communauté somalienne du Minnesota exprime sa crainte des représailles après l’attaque au couteau revendiquée par le groupe État islamique qui aurait été perpétrée par un membre de cette diaspora.

Un homme a attaqué samedi à l’arme blanche plusieurs personnes dans un centre commercial de St. Cloud, dans le nord des États-Unis, faisant dix blessés avant d’être abattu par un policier qui n’était pas en service. La police fédérale américaine, le FBI, enquête sur un potentiel «acte de terrorisme», déjà revendiqué comme tel par les djihadistes de l’EI.

Bien que l’assaillant n’ait pas été officiellement identifié, la presse locale comme les responsables de la communauté somalienne affirment qu’il s’agit de Dahir Adan, un Américain de 22 ans originaire du pays de la Corne de l’Afrique.

Les porte-voix des Somaliens du Minnesota s’inquiètent de la possible fissure que pourrait créer un attentat dont ils se désolidarisent.

«Nous condamnons fermement ce qui s’est passé», a dénoncé Haji Yussuf, cofondateur du groupe militant UniteCloud, lors d’une conférence de presse. «Ceci ne reflète pas notre communauté, ce n’est pas qui nous sommes.»

Selon des témoins, plusieurs pick-up dont certains surmontés du drapeau confédéré, symbole pour beaucoup de l’Amérique raciste et esclavagiste, ont vrombi dimanche soir dans un quartier où sont installés nombre d’immigrés somaliens. Des motos sur lesquelles flottaient le même étendard faisaient également des rondes dans un autre quartier somalien.

Les «injures racistes» ont fusé autant que les «gestes de la main», a déploré Justin Michael, membre de la communauté qui travaillait avec la police pour éviter que la situation ne s’envenime.

La stupeur dominait lundi dans le quartier où vivait le suspect des attentats à New York et dans le New Jersey, un discret Américain d’origine afghane de 28 ans dont les actes évoquent la piste islamiste mais que personne ne voyait à la mosquée.

Derrière un cordon jaune de police, des agents du FBI accompagnés de chiens policiers inspectaient le restaurant familial où travaillait le suspect, situé dans un quartier populaire d’Elizabeth, petite ville du New Jersey.

La devanture bleue du fast-food, le First American Fried Chicken, était bien connue des habitants du quartier. Mais on en savait peu sur Ahmad Khan Rahami, qui « n’était pas dans les radars de la police locale », a expliqué le maire d’Elizabeth, Christian Bollwage.

Il a pourtant posé une dizaine de bombes sans éveiller les soupçons, faisant 29 blessés légers avec l’une d’elles dans le quartier de Chelsea à New York samedi soir.

Les images de l’homme barbu, vêtu d’un t-shirt et le bras ensanglanté alors qu’on l’embarquait dans une ambulance, monopolisaient les chaînes d’information aux Etats-Unis après son interpellation.

L’auteur présumé des attentats, inculpé pour tentatives de meurtres et possession d’une arme à feu après la fusillade qui l’a opposé aux forces de l’ordre, n’a pas laissé d’empreinte profonde sur son voisinage.

Le quartier, constitué de maisons d’un étage, est à forte dominante hispanique et beaucoup d’habitants n’y parlent pas l’anglais. Les Rahami sont l’une des très rares familles musulmanes des environs.

Le New York Times signalait une évolution chez le jeune homme ces dernières années, lorsque « certains amis ont noté un changement de comportement et de sa pratique religieuse après ce qu’ils croient avoir été un voyage en Afghanistan ». Il avait disparu pendant quelques temps il y a environ quatre ans, rapporte le quotidien.

« C’est comme si c’était devenu quelqu’un de complètement différent », a dit au quotidien un autre enfant du quartier, Flee Jones, 27 ans. « Il est devenu sérieux et s’est complètement renfermé ».

Mais dans les mosquées d’Elizabeth, aucun des fidèles ou responsables interrogés ne se souvient avoir vu Ahmad Rahami à la prière.

« Je l’ai vu plusieurs fois à des cérémonies, l’Aïd notamment, ces deux trois dernières années », se souvient Salaam Ismial, travailleur social qui intervient à la mosquée Masjid Al-Hadi.

« Elizabeth est en état de choc, car nous n’avons jamais connu de problème entre un musulman et une autre communauté », a fait valoir Hassan Abdellah, président de la mosquée Dar-ul-Islam, l’une des plus importantes du New Jersey.

Lui qui fait partie de la mosquée depuis sa création, en 1992, assure qu’aucun événement n’a jamais généré de tensions, pas même le 11-Septembre.

« Nous avons grandi à Elizabeth. Nous traitons nos voisins avec bonté, nous donnons à manger aux pauvres. Espérons que les gens se souviendront des bonnes choses que nous faisons », dit Hassan Abdellah.

Par précaution, Salaam Ismial a prévu d’appeler le maire pour lui réclamer une présence policière devant chaque mosquée de la ville, « juste pour maintenir la paix ».

Les voisins d’Ahmad se souvenaient surtout de Mohammad Rahami, le père.

Selon une source policière sur place, il était présent lorsque la police s’est présentée lundi matin à son domicile, une maison contigüe au restaurant, à la façade en briques.

La famille était installée sur cette avenue d’Elizabeth depuis 2002, date d’ouverture du restaurant.

« Un jour, j’étais sorti boire des coups et je suis rentré à deux heures du matin. Je me suis arrêté pour manger au restaurant. Ils étaient tous là, il y avait le père, le plus jeune fils et le type qu’ils ont montré à la télé », se remémore Miguel, qui habite depuis vingt ans une maison située à quelques dizaines de mètres.

« On discutait. On plaisantait », raconte-t-il, « et là ils me demandent: de quelle nationalité es-tu? J’ai dit je suis moitié mexicain et moitié israélien. Ça a été la fin de la discussion. »

Le maire lui se souvient que ses services avaient dû contraindre le restaurant à fermer à 22H00, après que des voisins s’étaient plaints du bruit car il était ouvert en continu.

Selon le New York Times, la famille d’Ahmad Khan Rahami s’était plaint d’avoir été victime de discrimination.

Le frère du suspect, qui travaillait aussi dans le restaurant, s’est battu avec des policiers venus contraindre l’établissement à fermer pour la nuit, selon le quotidien. Il se serait alors enfui en Afghanistan avant d’être jugé.

Croisée des chemins

Et les responsables de la communauté, comme Lul Hersi, ont immédiatement commencé à recevoir des SMS de Somaliens apeurés.

«Une personnes fait quelque chose, et toute la communauté doit payer pour les actes de cette seule personne», s’est-elle inquiétée.

Des Somaliens ont commencé à s’installer à St. Cloud dans les années 1990 et la diaspora a rapidement grandi ces dernières années.

Une expansion qui s’est accompagnée de tensions et de harcèlements.

L’an dernier, des étudiants somaliens ont manifesté à deux reprises après qu’un camarade de la même origine eut été faussement accusé sur les réseaux sociaux d’être un membre de l’EI.

Pour Ismail Ali, étudiant à l’université de St. Cloud, où Dahir Adan a également étudié, la ville se trouve à la croisée des chemins.

«Nous pouvons soit choisir de laisser la haine l’emporter et être divisés, soit choisir de se rassembler et de s’aimer et d’avancer.»

Haji Yussuf dit lui espérer que les autorités fassent rapidement la lumière sur ce qui s’est passé.

«Nous devons savoir, pour (…) nous tenir unis en tant que communauté, et pour nous assurer que cela ne se reproduise plus jamais. Nous ne devons plus voir ce genre de chose dans notre ville, donc trouvons des solutions», a-t-il affirmé.

Le groupe fondé par Haji Yussuf a pour but d’améliorer les relations entre la communauté somalienne et le reste de la population. Un travail de longue haleine qui pourrait être sapé par un acte isolé, craint-il.

«Trente années passées à construire une relation pourraient être balayées par cet acte.»

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