G20: silencieux sur les Kurdes syriens, Trudeau confronte plutôt les Turcs sur les Canadiens emprisonnés

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Le premier ministre Trudeau annonce ses plans pour la nouvelle mission de lutte contre l'EI.
Lors du sommet du G20 à Hangzhou en Chine, le premier ministre Trudeau est resté silencieux sur la question kurde. (Archives)

Au grand étonnement des médias conservateurs, à commencer par le National Post, le premier ministre Justin Trudeau est resté silencieux face aux critiques acerbes du président turc Erdogan envers l’aide militaire apportée aux forces kurdes en Syrie, préférant plutôt soulever la question des deux Canadiens emprisonnés en Turquie suite au putsch raté.

Les intérêts de la Turquie ont divergé récemment de celles des États-Unis, en particulier en Syrie, où les forces turques sont intervenues pour empêcher les Kurdes syriens de faire d’autres gains dans la partie nord du pays.

Les Kurdes sont formés et équipés par la coalition menée par les États-Unis, qui les considèrent comme essentiel dans la campagne militaire contre l’État islamique. Mais le président turc craint qu’ils tentent de créer un corridor kurde ininterrompue juste au sud de la frontière de la Turquie avec la Syrie.

Les Kurdes syriens ont des liens avec les Kurdes de Turquie et le PKK, le Parti des travailleurs du Kurdistan, qui milite pour l’autonomie kurde et qui combat les autorités turques. L’organisation est d’ailleurs placée sur la liste officielle des organisations terroristes du Canada et des États-Unis.

Pour sa part, le Canada contribue notamment à la coalition Américaine contre l’EI par l’entraînement militaire de forces kurdes pour combattre l’organisation djihadiste, mais en Irak seulement. Les Forces armées Canadiennes ont déployées 200 conseillers militaires des forces d’opérations spéciales dans la région d’Erbil au Kurdistan irakien et s’apprête à envoyer un hôpital de campagne tenu par une cinquantaine de militaires.

Le premier ministre canadien a donc choisi de ne pas commenter les critiques du président Erdogan sur l’aide militaire apportée aux Kurdes, qui visaient le soutien aux combattants kurdes syriens, les YPG (les Unités de protection du peuple liés au PYD, Parti de l’union démocratique, considéré par les Turcs, à tort ou à raison, comme la branche syrienne du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) et qui revendique actuellement le contrôle du Kurdistan syrien.

Le premier ministre Trudeau a préféré parler de la question des deux Canadiens, Davud Hanci et Ilhan Erdem, emprisonnés en Turquie suite au coup d’État manqué du 15 juillet. « Comme je le fais quand je rencontre des dirigeants qui des problèmes touchant les citoyens canadiens, je soulève des affaires consulaires, » at-il dit. « Il est important pour moi de démontrer que le Canada se soucie profondément de ses citoyens à l’étranger. »

L’absence de rencontres bilatérales formelles

Prompt à crier à la perte d’influence du Canada sur la scène mondiale, alors que le pays est au contraire de plus en plus présent sur la scène internationale, le quotidien conservateur de Toronto a aussi placardé le premier ministre Trudeau pour ne pas avoir eu de rencontres bilatérales formelles prestigieuses lors du sommet de Hangzhou.

Justin Trudeau n’a pas eu de réunion bilatérale formelle avec le président Obama ou le président Poutine et n’était pas présent lors de la rencontre d’Obama, Angela Merkel et François Hollande sur la crise en Ukraine, alors qu’il y a une forte présence des Forces canadiennes qui entraînent des membres des forces ukrainiennes sur le terrain dans le cadre de l’Opération UNIFIER.

« Oui, il y a un certain nombre de rencontres bilatérales formelles, mais les conversations qui se passent en marge des rencontres officielles sont tout aussi importantes sur un large éventail de questions », a expliqué le premier ministre Trudeau, ajoutant « Comme je le fais à chaque sommet, j’ai eu d’excellentes conversations avec à peu près tous les chefs d’État qui étaient présents. »

M. Trudeau a notamment eu des rencontres avec la nouvelle première ministre britannique, Theresa May, ainsi que les dirigeants de Singapour, de l’Union européenne et de l’OCDE. De plus, u moment où le Canada suit de plus en plus attentivement ce qui se passe en Afrique et compte y envoyer bientôt ses Casques bleus, le premier ministre Trudeau a aussi eu une rencontre avec le président du Tchad et président de l’Union africaine depuis janvier 2016, Idriss Déby.

Le premier ministre canadien a aussi rappelé la forte participation du Canada à l’OTAN en Europe de l’Est avec l’engagement récent des troupes en Lettonie. Le Canada enverra en 2017 un contingent de 450 militaires pour prendre le commandement d’un bataillon tactique multinational de l’OTAN.

Un envoyé américain rencontre les Kurdes en Syrie

Par ailleurs, Les États-Unis ont dépêché la semaine dernière un émissaire à la rencontre des forces kurdes alliées en Syrie, après les tensions provoquées par l’intervention turque dans le pays en guerre, a annoncé lundi un responsable du département d’État.

Washington se retrouve dans une situation compliquée depuis que la Turquie, partenaire et allié de l’Otan, a lancé une offensive terrestre en Syrie contre notamment les milices kurdes YPG (Unités de protection du peuple), soutenues par les États-Unis dans leur lutte contre le groupe Etat islamique (EI) mais considérées par Ankara comme un groupe « terroriste ».

Brett McGurk, l’envoyé spécial du président américain pour la coalition antidjihadistes, a rencontré des membres des Forces démocratiques syriennes (FDS), une alliance de combattants kurdes et arabes dirigée par les YPG, a indiqué à l’AFP un porte-parole du département d’État.

Les FDS ont récemment chassé l’EI de la ville syrienne de Minbej (nord), ravivant les craintes d’Ankara de voir les Kurdes de Syrie créer une unité territoriale autonome le long de sa frontière.

Selon le porte-parole américain, M. McGurk a réitéré l’engagement « continu des États-Unis à soutenir les FDS dans leur lutte contre l’EI », soulignant toutefois « la nécessité (pour les FDS) de respecter strictement leurs engagements préalables », en référence aux demandes répétés de retrait des Kurdes à l’est de l’Euphrate.

« Dans toutes ses rencontres, il (l’envoyé américain) a encouragé toutes les forces luttant contre l’EI dans le nord de la Syrie à unir leurs efforts », a-t-il ajouté, précisant que M. McGurk avait également rencontré la semaine dernière des dirigeants turcs.

La Turquie a lancé fin août une opération militaire dans le nord syrien à la fois contre l’EI et des milices kurdes.

« Il a rencontré de hauts responsables turcs pour discuter du soutien américain à l’éradication totale de l’EI de la région frontalière (…), des plans pour la reprise de Mossoul en Irak, ainsi que d’une coopération américano-turque plus rapprochée pour accélérer la défaite ultime de l’EI », a encore souligné le porte-parole.

Les forces turques et des rebelles syriens ont chassé dimanche les jihadistes de l’EI de leur dernière position sur la frontière syro-turque. Mais ce sont les YPG et leurs alliés qui avaient jusqu’alors accompli le plus gros du travail pour repousser l’EI de la frontière.

*Avec AFP

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