Gabon: «Ça va chauffer grave», pronostique un habitant d’un quartier populaire de la capitale

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Le Gabon se trouve en pleins troubles post-électotraux après l'annonce de la rééelection contestée du président sortant Ali Bongo Ondimba.(Marco Longari/AFP)
Le Gabon se trouve en pleins troubles post-électotraux après l’annonce de la rééelection contestée du président sortant Ali Bongo Ondimba.(Marco Longari/AFP)

Alors que le Gabon se trouve en pleins troubles post-électotraux après l’annonce de la rééelection contestée du président sortant Ali Bongo Ondimba, le Canada qui suit de plus en plus de près tout ce qui se passe en Afrique, se déclare, à l’instar de la plupart des capitales occidentales, préoccupé par les troubles civils au Gabon.

Le dirigeant de l’opposition, Jean Ping, ancien haut responsable de l’UA, s’est déclaré vainqueur de la présidentielle mais la commission électorale a donné la victoire au président sortant Ali Bongo.

Dénonçant des fraudes massives, le camp de M. Ping réclame un recomptage des voix bureau de vote par bureau, particulièrement dans la province du Haut-Ogooué – fief de la famille Bongo – où la participation officielle a dépassé 99 % avec plus de 95 % des suffrages pour le président sortant.

Selon les résultats officiels provisoires, M. Bongo a recueilli 5594 voix de plus que M. Ping, un ancien cacique du régime d’Omar Bongo, qui a dirigé le Gabon pendant 41 ans, jusque sa mort en 2009. L’élection de son fils Ali avait alors déjà été violemment contestée.

Jean Ping, se déclarant toujours vainqueur de la présidentielle, a demandé lundi aux Gabonais de «résister par le blocage économique du pays» en lançant un appel à une «grève générale» pour «faire tomber le tyran», dans une déclaration sur sa page Facebook. Celle-ci n’est toutefois pas accessible au Gabon en raison de la coupure des réseaux sociaux.


Dernier rebondissement

Dernier rebondissement, le ministre de la Justice du Gabon et deuxième vice-Premier ministre, Séraphin Moundounga, a annoncé qu’il démissionnnait ce lundi 5 septembre.

« Je me décharge de mes fonctions gouvernementales et je prends congé du Parti démocratique gabonais (PDG – au pouvoir) », a déclaré le ministre dans une déclaration à la télévision d’opposition TV+. Il s’agit de la première défection de haut niveau depuis le début des troubles mercredi dernier.

L’ex-ministre a demandé le « recomptage des voix bureau de vote par bureau de vote et procès-verbal par procès-verbal. » Il s’agit de la principale exigence du rival d’Ali Bongo, Jean Ping, qui se déclare « président élu ».

En cas de nouveau comptage, « si les résulats annoncés sont confirmés, le PDG en sortirait grandi et son candidat conforté tandis que l’opposition n’aurait plus rien à rédire », a déclaré M. Moundounga en référence à Ali Bongo.

« Si par contre les résultats sont infirmés, le PDG devra en tirer les conséquences », a-t-il ajouté.

En première ligne dans la crise gabonaise, la France s’est inquiétée d’être sans nouvelles de plusieurs de ses ressortissants ou binationaux au Gabon. Des dizaines de Gabonais cherchent toujours un proche introuvable depuis les violences et les centaines d’arrestations qui ont suivi l’annonce de la réélection contestée d’Ali Bongo mercredi dernier.

Le Canada inquiet

Vendredi, le ministre des Affaires étrangères canadien, Stéphane Dion, et la ministre du Développement international et de la Francophonie, Marie-Claude Bibeau, qui vient tout juste de terminer sa première mission officielle en Afrique, se sont pour leur part déclarés préoccupés par les troubles civils au Gabon.

« Le Canada s’inquiète vivement des troubles civils actuels au Gabon à la suite de l’élection présidentielle du 27 août. Nous invitons toutes les parties à renoncer à la violence et nous exhortons les forces de sécurité à faire preuve de retenue et à respecter les droits de la personne de tous les citoyens gabonais », affirme un communiqué conjoint des deux ministres canadiens..

« Nous demandons également aux autorités électorales de communiquer les résultats pour chaque bureau de vote, comme cela a été recommandé par la mission d’observation électorale de l’Union européenne.C’est le seul moyen d’assurer à la population que les résultats correspondent réellement à sa volonté. », concluent les responsables canadiens des Affaires étrangères.

Le ministre gabonais de la Justice et des droits humains, considéré comme l’un des protégés du président, démissionne alors que l’opposition peut déposer un recours devant la Cour constitutionnelle jusqu’à jeudi pour contester le résultats de l’élection.

« Nous savons depuis longtemps qu’il est de mèche avec (l’ancien présdident de l’Assemblée) Guy Nzouba Ndama », a réagi pour sa part le porte-parole du gouvernement Alain Claude Bilie-By-Nze sollicité par l’AFP.

M. Nzouba Ndama avait démissionné de son poste en mars dernier avant de se rallier à Jean Ping.

L’UA prête à envoyer une délégation pour aider à résoudre la crise gabonaise

Par ailleurs, l’Union africaine (UA) a annoncé lundi qu’elle était prête à envoyer une délégation au Gabon où les résultats de l’élection présidentielle ont provoqué des violences ces derniers jours.

« Une délégation à haut niveau composée de chefs d’État africains, accompagnés par de hauts responsables de la Commission de l’UA et des Nations unies, est prête à être envoyée à Libreville, dès que les conditions pour une visite seront établies », a déclaré le président de l’UA, le président tchadien Idriss Deby, dans un communiqué.

M. Deby suit les événements avec une « attention renouvelée » et l’UA est prête « aider les parties au Gabon dans la recherche d’un règlement rapide de la situation post-électorale dans ce pays. »

Rayons dégarnis

Les commerces ont rouvert, mais souvent avec des rayons dégarnis. Le secteur de la distribution a été frappé de plein fouet par la paralysie des transports.

Dans la capitale pétrolière, Port-Gentil, seule la moitié des salariés au siège de Total ont repris le travail lundi, selon une source au sein de la direction.

«On a l’impression d’un faux calme», témoigne à Lambaréné (centre) un cadre d’une société de distribution de produits frais (tomates, ananas…), qui déplore deux à trois millions de FCFA (3000 à 4500 euros) de pertes.

Pays pétrolier d’Afrique centrale d’environ 1,8 million d’habitants, le Gabon importe 80 % de sa nourriture, notamment du Cameroun voisin. Or, le trafic en provenance du Cameroun reste interrompu, les transporteurs redoutant les pilleurs.

Les troubles ont provoqué des pénuries et une flambée des prix. «Quatre piments, maintenant ça fait 1000 francs» CFA (1,5 euro), contre 200 à 300 CFA en temps ordinaire, déplore André, habitant du quartier populaire de Lalala-à-gauche, dans la capitale.

Après l’explosion de violences mercredi à la proclamation des résultats officiels provisoires, les Gabonais qui le peuvent veulent reconstituer un stock de nourriture avant la prochaine étape du processus électoral: la proclamation par la Cour constitutionnelle des résultats définitifs du scrutin à un tour du 27 août.

«Ça va chauffer grave», pronostique André, exprimant une opinion largement répandue.

*Avec AFP

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