Iran: Rohani appelle les musulmans à «punir» l’Arabie saoudite

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Le président iranien, Hassan Rohani (Photo: capture d'écran IRNA)
Le président iranien, Hassan Rohani (Photo: capture d’écran IRNA)

Le président iranien Hassan Rohani a appelé mercredi les pays musulmans à s’unir pour « punir » l’Arabie saoudite pour ses « crimes », des propos d’une virulence sans précédent depuis plus de deux décennies contre ce pays.

« Les pays de la région et le monde islamique doivent coordonner leurs actions pour régler les problèmes et punir le gouvernement saoudien », a déclaré M. Rohani au cours d’un conseil des ministres, selon des propos rapportés par l’agence d’Etat Irna.

« Si le problème avec le gouvernement saoudien se limitait au hajj, on aurait peut-être trouvé une solution. Mais malheureusement ce gouvernement, avec les crimes qu’il commet dans la région et son soutien au terrorisme, verse le sang des musulmans en Irak, en Syrie, au Yémen et quotidiennement bombarde sauvagement les femmes et les enfants yéménites », a-t-il ajouté.

M; Rohani a précisé que les pays musulmans devaient coordonner leurs actions pour que « le hajj se déroule » normalement et que « les pays de la région soient débarrassés du soutien de ce régime au terrorisme et que le peuple yéménite puisse vivre en paix et en sécurité ».

Cette guerre des mots entre l’Iran et l’Arabie saoudite s’est exacerbée à l’approche du pèlerinage annuel de La Mecque, qui doit débuter samedi.

Une rivalité politique et religieuse oppose l’Iran chiite et l’Arabie saoudite sunnite depuis la révolution islamique à Téhéran en 1979.

Sur fond de guerre Iran-Irak (1980-88) et de soutien saoudien aux sunnites alors au pouvoir à Bagdad, les forces de l’ordre saoudiennes répriment le 31 juillet à La Mecque une manifestation interdite de pèlerins iraniens (402 morts, dont 275 Iraniens selon un bilan officiel saoudien). En réaction, les ambassades saoudienne et koweïtienne à Téhéran sont mises à sac. Ryad rompt ses relations avec Téhéran en avril 1988. Les Iraniens seront absents du pèlerinage jusqu’en 1991.

L’élection en 1997 du président iranien modéré Mohammad Khatami apaise la situation. Le roi Fahd invite officiellement le numéro un iranien, l’ayatollah Ali Khamenei, à venir dans le royaume et en pèlerinage sur les lieux saints musulmans.

En mai 1999, le président Khatami effectue une visite historique en Arabie saoudite et prône une détente entre l’Iran et ses voisins arabes.

En 2001, Ryad et Téhéran signent un accord de sécurité notamment pour lutter contre le trafic de stupéfiants et le terrorisme.

L’invasion américaine de l’Irak en 2003 ravive la tension en faisant basculer Bagdad dans la sphère d’influence de l’Iran avec l’accès des chiites au pouvoir tenu depuis 80 ans par la minorité sunnite.

Ryad s’inquiète parallèlement de l’influence iranienne croissante au Liban où Téhéran a créé en 1982 le Hezbollah.

En mars 2007, le président iranien Mahmoud Ahmadinejad vient à Ryad voir le roi Abdallah, qu’il avait déjà rencontré en marge d’un sommet islamique à La Mecque en décembre 2005. Mais la tension persiste, également liée au programme nucléaire de Téhéran.

En plein Printemps arabe, Ryad envoie en mars un millier de soldats à Bahrein réprimer la contestation essentiellement chiite, accusant l’Iran d’inspirer ces troubles. Bahrein est frontalier de la région saoudienne du Hassa abritant le gros de la minorité chiite saoudienne.

En octobre, les Etats-Unis dénoncent un complot iranien pour assassiner l’ambassadeur saoudien à Washington, Abdel Al-Jubeir, proche conseiller du roi Abdallah. Téhéran accuse les Américains de « chercher à créer une nouvelle crise artificielle ».

Téhéran et Ryad s’opposent dans le conflit syrien à partir de 2012. L’Iran, aidé du Hezbollah, est le principal soutien régional, militaire et financier, du régime de Damas tandis que l’Arabie saoudite soutient les rebelles syriens majoritairement sunnites.

Ryad se montre plus offensif après l’avènement en janvier 2015 du roi Salmane, prenant en mars la tête au Yémen d’une coalition arabo-sunnite contre la rébellion chiite pro-iranienne puis créant en décembre une « grande coalition antiterroriste » de 34 pays musulmans.

L’accord historique sur le nucléaire de juillet 2015 entre Téhéran et les grandes puissances alarme Ryad, tandis que les blocages saoudo-iraniens contribuent à la chute des cours du pétrole.

Le 2 janvier, l’exécution d’un dignitaire chiite par Ryad indigne Téhéran qui vient de dénoncer « l’incompétence » des autorités saoudiennes après une gigantesque bousculade à La Mecque en septembre 2015 (près de 2.300 morts dont 464 pèlerins iraniens).

Après l’attaque des missions diplomatiques saoudiennes à Téhéran et Machhad, Ryad rompt ses relations avec l’Iran le 3 janvier.

L’Iran et l’Arabie saoudite sont depuis des années engagés dans des luttes d’influence par procuration, notamment dans les conflits au Yémen et en Syrie.

Leurs relations se sont dégradées depuis la gigantesque bousculade qui avait endeuillé il y a un an le hajj à La Mecque, où quelque 2.300 pèlerins, dont 464 Iraniens, ont péri, selon des données compilées à partir de bilans fournis par leurs gouvernements respectifs.

Les deux pays n’ont pas cette année réussi à trouver un accord pour l’envoi des pèlerins iraniens à la Mecque. C’est la première fois depuis presque trois décennies que les Iraniens n’y participent pas.

L’Iran « ne pardonnera jamais pour le sang versé de ces martyrs » morts au hajj, a prévenu M. Rohani.

Et mercredi, juste avant le pèlerinage auquel les pèlerins iraniens ne participent pas pour la première fois en presque 30 ans, l’ayatollah Khamenei qualifie de « maudite » la famille royale saoudienne qui ne mérite pas selon lui de gérer les lieux saints de l’islam. La veille, le grand mufti saoudien Abdel Aziz ben al-Cheikh avait déclaré que les Iraniens n’étaient « pas des musulmans ».

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