La crise humanitaire en Syrie: faits et chiffres

0
Des Syriens attendent d'être évacués des quartiers assiégés de Homs, lors d'une opération humanitaire, le 10 février 2014 (Bassel Tawil/AFP)
Des Syriens attendent d’être évacués des quartiers assiégés de Homs, lors d’une opération humanitaire, le 10 février 2014 (Bassel Tawil/AFP)

Remis à jour 14/09/2016 à 8h49

L’entrée en vigueur d’une trêve des combats laisse espérer une amélioration de la distribution de l’aide à la Syrie, où cinq années de conflit ont créé « la pire et la plus complexe crise humanitaire au monde » selon la Croix Rouge internationale.

« La pire crise mondiale »

Le nombre de morts a dépassé les 300.000 depuis le début du conflit en mars 2011, selon un nouveau bilan établi mardi par l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH).

Plus de la moitié des habitants ont été contraints de quitter leur domicile et près de cinq millions d’entre eux ont trouvé refuge dans les pays alentours, dont le Liban, la Jordanie ou la Turquie, selon les ONG.

L’espérance de vie a diminué de 5 à 6 ans entre 2010 et 2013 dans le pays, selon une récente étude. La mortalité infantile, tombée à 6% par an avant 2010, a recommencé à augmenter d’environ 9% par an depuis 2010.

Selon l’ONU, l’économie s’est contractée de 40% depuis le début de la guerre. Plus de 13 millions de personnes, dont six millions d’enfants, ont besoin d’une aide humanitaire.

Le drame des assiégés

La situation humanitaire est particulièrement difficile pour les habitants de la vingtaine de zones ou localités assiégées, principalement par les forces du régime de Bachar al-Assad.

L’ONU a estimé récemment à près de 600.000 le nombre de personnes vivant dans 18 zones ou localités assiégées, dont quelque 450.000 assiégées par l’armée. Mais fin août le siège a été levé pour la ville de Daraya, près de Damas, reprise par l’armée.

À Alep (nord), la situation s’est récemment aggravée pour les 250.000 habitants des quartiers rebelles, de nouveau coupés du monde par les forces du régime.

Les obstacles à l’aide

Délivrer l’aide humanitaire en Syrie est une mission extrêmement dangereuse, parfois impossible à mener et nécessite le feu vert du régime.

Elle est affectée par « les combats, les fluctuations des lignes de front, les obstacles administratifs et bureaucratiques, et les problèmes généraux de sécurité », selon le Bureau de coordination des Affaires humanitaires de l’ONU (Ocha).

« Nous avons besoin d’un environnement sans danger de mort » pour faire partir les convois d’aide prévus après l’entrée en vigueur de la trêve russo-américaine, a déclaré un porte-parole de l’Ocha à Genève, Jens Laerke.

À Alep, l’accord de trêve prévoit un accès humanitaire sans entrave avec la « démilitarisation » de la route du Castello, qui relie les quartiers rebelles à l’extérieur.

L’aide internationale parvient encore plus difficilement aux zones contrôlées par le groupe État islamique (EI), comme la ville de Deir Ezzor (est), où le Programme alimentaire mondial a procédé à quelques largages de vivres par avion.

Le 8 septembre, 73 ONG ont suspendu leur coopération avec l’ONU en Syrie pour protester contre la « manipulation des efforts humanitaires » par le régime et l’incapacité de l’ONU à résister à ces pressions.

Les habitants assiégés attendent l’aide promise avec la trêve

Les zones assiégées en Syrie attendaient mercredi avec impatience les convois d’aides humanitaires promises, qui restent bloqués en dépit de la baisse significative des violences à la faveur d’une trêve négociée par les grandes puissances.

Depuis l’entrée en vigueur de la cessation des hostilités lundi soir, les combats ont quasiment cessé entre régime et rebelles sur l’ensemble des fronts, à l’exception de tirs sporadiques, selon des militants, l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH) et l’ONU.

La trêve a été obtenue après des semaines de discussions entre Washington et Moscou, parrains respectifs de la rébellion et du régime. Son objectif est de favoriser une reprise du processus de négociations pour mettre fin au conflit qui a fait plus de 300.000 morts et des millions de déplacés et de réfugiés depuis mars 2011.

Dans l’immédiat, la trêve devait permettre l’acheminement sans entraves de l’aide humanitaire pour les centaines de milliers de civils assiégés dans une vingtaine de villes et localités, la grande majorité par les forces du régime.

Un responsable du Bureau de l’ONU pour la coordination des Affaires humanitaires (Ocha) a écarté la possibilité que cette aide puisse être distribuée ce mercredi.

« Sur la base de ce que nous avons entendu sur le terrain, il est très peu probable que cela se produise aujourd’hui », a déclaré à l’AFP David Swanson, porte-parole de l’Ocha à Gaziantep en Turquie.

Selon lui, la trêve, qui semble tenir, « nous donne de l’espoir », et « c’est la seule opportunité qui se présente depuis longtemps pour faire parvenir l’aide ».

Camions en attente

Mais le « défi pour nous est de s’assurer que toutes les parties prenantes au conflit sont sur la même longueur d’onde », a-t-il précisé, en réclamant des garanties de sécurité.

M. Swanson a souligné que 20 camions avec des rations alimentaires pour nourrir 40.000 personnes étaient prêts à traverser la frontière turque. « Dès que nous aurons le feu vert, on pourra bouger ».

« L’aide ne sera pas seulement livrée à Alep, l’ONU en Syrie cherche aussi à fournir de l’aide à d’autres zones assiégées ou difficiles d’accès », a-t-il encore dit.

La veille, l’émissaire de l’ONU Staffan de Mistura a lui aussi réclamé « des assurances que les conducteurs et les convois ne soient pas touchés ».

L’ONU prévoit de commencer par distribuer des produits alimentaires dans les quartiers rebelles d’Alep, où plus de 250.000 personnes n’ont pas reçu d’aide de l’ONU depuis juillet.

Dans cette perspective, des militaires russes ont installé un point d’observation mobile sur la route du Castello, au nord d’Alep, par laquelle doit être acheminée cette aide, selon des agences de presse russes.

Mais selon une source de sécurité syrienne, le régime ne s’est pas encore retiré de cet axe.

La grande ville du nord a bénéficié d’une deuxième nuit calme de suite, selon des correspondants de l’AFP dans la partie ouest gouvernementale et dans celle rebelle à l’est. Des avions ont survolé le secteur mais sans mener des raids.

‘Aucun civil tué’

L’OSDH, tout en faisant état de tirs sporadiques dans la province d’Alep, a affirmé qu’aucune victime civile n’était à déplorer depuis le début de la trêve.

La cessation des hostilités est appliquée de « manière très positive, avec quelques violations qui n’ont causé la mort d’aucun civil. Si cela continue de la sorte, ce serait un développement positif qui permettra d’épargner les civils la mort, les violences et l’exode », a déclaré Rami Abdel Rahmane, directeur de l’OSDH.

La trêve a été présentée comme la « dernière chance de sauver le pays » par le secrétaire d’État américain John Kerry, qui a négocié l’accord avec son homologue russe Sergueï Lavrov.

Le scepticisme prévaut cependant, après l’échec de plusieurs trêves dans cette guerre complexe où sont impliqués plusieurs acteurs régionaux et internationaux de même que des groupes jihadistes qui contrôlent de vastes régions du pays morcelé.

Comme lors de la précédente trêve fin février qui avait duré quelques semaines, les groupes jihadistes comme l’organisation Etat islamique (EI) et Front Fateh al-Cham (ex-Front Al-Nosra, branche syrienne d’Al-Qaïda) sont exclus du cessez-le-feu.

Des combats ont ainsi continué d’opposer dans la province de Hama (centre) les forces du régime au groupe jihadiste Jound al-Aqsa, classé « terroriste » par plusieurs pays, selon l’OSDH.

Si la cessation des hostilités tient pendant une semaine, elle devrait déboucher sur une collaboration inédite entre Moscou et Washington qui lanceront à une daté encore indéterminée des attaques conjointes contre les deux groupes djihadistes.

Les commentaires sont fermés.