La Russie poursuivra ses raids aériens en Syrie malgré l’urgence humanitaire

0
Des civils fuient les bombardements le 29 avril 2016 à Alep. (AFP/AMEER ALHALBI)
Des civils fuient les bombardements le 29 avril 2016 à Alep. (Archives/AFP/AMEER ALHALBI)

Remis à jour le 30/09/2016 à 13h55

La Russie a annoncé jeudi n’avoir aucune intention de faire une pause dans ses raids aériens en Syrie en soutien aux forces de Bachar al-Assad, malgré les appels de toutes parts à cesser le déluge de feu à Alep où la situation humanitaire est désespérée.

La situation dans la deuxième ville de Syrie est « la plus grave catastrophe humanitaire jamais vue en Syrie » en cinq ans de guerre, a dénoncé le chef des opérations humanitaires de l’ONU, Stephen O’Brien.

Il a souligné devant le Conseil de sécurité que le système de santé dans la partie assiégée de la ville « était sur le point de s’écrouler totalement » et que les enfants « étaient les plus vulnérables ».

Dans les quartiers rebelles d’Alep, des « centaines » de personnes ont besoin d’être évacuées pour des raisons médicales, tandis que les rations alimentaires disponibles ne couvrent les besoins que d’un quart de la population, s’alarme aussi l’ONU.

Réaliste, l’envoyé spécial de l’ONU pour la Syrie Staffan de Mistura a lui été obligé de constater que des négociations de paix paraissent « très difficiles » à organiser alors que « les bombes tombent partout ».

À Moscou, le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a en effet annoncé que l’aviation russe poursuivrait « son opération en soutien à la lutte antiterroriste des forces armées syriennes », tout en fustigeant les critiques « non constructives » émises par les responsables américains à la veille du premier anniversaire de l’intervention militaire russe en Syrie.

Le secrétaire d’Etat américain John Kerry a semblé perdre patience mercredi en menaçant, lors d’une conversation téléphonique avec son homologue russe Sergueï Lavrov, d’arrêter la coopération avec Moscou sur la Syrie si les bombardements des quartiers rebelles d’Alep ne cessaient pas.

Le responsable américain a appelé Moscou à prendre « des mesures immédiates pour mettre fin à l’assaut sur Alep et rétablir la cessation des hostilités ». Ville-clé du conflit divisée entre quartiers rebelles et quartiers tenus par le gouvernement, Alep est soumise à d’intenses frappes de l’aviation russe et syrienne depuis l’échec d’une trêve négociée le 9 septembre par les Russes et les Américains.

Les capitales occidentales ont laissé entendre que les bombardements du régime et de son allié russe pouvaient s’apparenter à des « crimes de guerre ». Le ministre français des Affaires étrangères Jean-Marc Ayrault a notamment annoncé que son pays avait proposé à l’ONU une résolution pour un cessez-le-feu.

Et jeudi, la chancelière allemande Angela Merkel et le président turc Recep Tayyip Erdogan ont joint leurs voix aux critiques en affirmant que la Russie avait une « responsabilité particulière pour réduire la violence en Syrie ».

Sourd aux critiques, le Kremlin se dit prêt à continuer à coopérer avec Washington « pour la mise en oeuvre des accords » de cessez-le-feu et pour « accroître l’efficacité de la lutte contre le terrorisme en Syrie ».

« Mais Moscou espère aussi que les obligations que Washington a accepté d’assumer seront respectées. Jusqu’à présent, elles ne l’ont pas été », a-t-il ajouté.

La Russie exige que les États-Unis fassent pression sur les rebelles syriens pour qu’ils prennent leurs distances avec les groupes jihadistes tels que le Front Fateh al-Cham (ex-Front al-Nosra, la branche syrienne d’Al-Qaïda).

600 blessés sans soins

Mercredi à l’aube, les deux plus grands hôpitaux de la partie rebelle d’Alep ont été contraints de suspendre leurs activités après avoir été endommagés, l’un par un raid, l’autre par un tir d’artillerie, a annoncé la Syrian American Medical Society (SAMS), l’ONG basée aux États-Unis qui les gère.

Selon Médecins sans frontières (MSF), au moins deux patients ont été tués et deux membres du personnel soignant blessés dans ces attaques, qualifiées de crime de guerre » par le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon.

Quelque 600 personnes blessées ne peuvent actuellement pas être soignées à Alep en raison du manque de personnel ou de matériel adéquat, a pour sa part déploré l’envoyé spécial adjoint de l’ONU sur la Syrie, Ramzy Ezzeldin Ramzy.

Selon M. Ramzy, le stock des fournitures médicales a beaucoup diminué, et il reste environ 35 médecins dans les quartiers est, où vivent quelque 250.000 personnes.

La guerre en Syrie a débuté en 2011 après la répression sanglante de manifestations pro-démocratie. Elle a fait plus de 300.000 morts.

Moscou accuse Washington de protéger des djihadistes en Syrie

Le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov a accusé vendredi Washington de «protéger» l’organisation djihadiste Front Fateh al-Cham (l’ex Front al-Nosra, branche syrienne d’Al-Qaïda) et de la considérer comme un « plan B » en cas de chute du régime syrien.

«Nous avons de plus en plus de raisons de croire que depuis le début, le plan (des États-Unis) était de protéger le Front al-Nosra et de le garder comme plan B pour le moment où viendrait le temps de changer le régime», a déclaré Sergueï Lavrov dans une interview diffusée par la chaîne de télévision britannique BBC World News.

«Ils ont promis de faire de la séparation entre l’opposition modérée et le Front al-Nosra leur priorité (…) Ils ne sont toujours pas capables, ou n’ont pas le désir, de le faire», a-t-il ajouté dans cette interview réalisée en anglais.

Cette séparation entre l’opposition modérée et le Front Fateh al-Cham est «la seule chose nécessaire» pour que l’accord russo-américain de cessez-le-feu soit mis en oeuvre, a poursuivi Sergueï Lavrov. «Si elle est soutenue par les États-Unis, pas sur le papier, mais dans la vraie vie, alors nous insisterons pour une cessation des hostilités», a-t-il dit.

Un cessez-le-feu, qui aurait pu mener Moscou et Washington à coordonner leurs frappes aériennes en Syrie, a volé en éclat le 19 septembre après avoir tenu seulement dix jours.

Depuis, l’aviation russe mène une campagne de frappes meurtrières sur Alep, en soutien à une offensive du régime pour reconquérir la partie rebelle de cette ville divisée depuis 2012 en secteur gouvernemental dans l’ouest et quartiers rebelles dans l’est.

L’organisation Médecins sans frontières (MSF) a appelé vendredi Damas et Moscou à mettre un terme « au bain de sang » à Alep, devenu le principal front du conflit syrien.

Les déclarations de Sergueï Lavrov interviennent un an jour pour jour après le début de la campagne aérienne russe en Syrie pour appuyer le régime alors en difficulté. Les frappes russes ont fait 9364 morts, dont 3804 civils, selon un décompte de l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH).

Les commentaires sont fermés.