L’«étonnante» FREMM Languedoc (PHOTOS/VIDÉO)

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Au Vieux-Port de Montréal après sa participation à l’exercice multinational CUTLASS FURY, dirigé par la Marine royale canadienne, la frégate multi-missions française FREMM Languedoc a accueilli lundi 26 septembre des représentants de l’industrie canadienne de la Défense, avant de repartir en mission deux jours plus tard.

Samedi, les hauts-gradés des Forces armées canadiennes que sont le contre-amiral Gilles Couturier, commandant des Forces maritimes du Pacifique de la Marine royale canadienne, et le brigadier-général Hercule Gosselin, patron de la 2e Division du Canada, avaient salué l’arrivée du navire français que le public a pu visiter le lendemain, dimanche 25 septembre.

C’est le 12 août au matin que la FREMM Languedoc a appareillé de son port d’attache de Toulon pour débuter son Déploiement de Longue Durée afin de vérifier et valider ses capacités et son fonctionnement en mer avant son admission définitive au service actif.

Le bâtiment, parti pour plusieurs mois en Atlantique nord et en Arctique, a ainsi pu participer à l’exercice CUTLASS FURY 2016 dirigé par la Marine royale canadienne du 12 au 26 septembre dans les zones d’opérations maritimes au large des côtes d’Halifax (Nouvelle-Écosse) et de St. John’s (Terre-Neuve).

L’exercice a démontré que les capacités de détection de la frégate française, affirme son commandant, le capitaine de vaisseau Guillaume Arnoux, dépasse largement celles des autres nations et ce alors que la frégate, en raison des règles de l’exercice, n’a même pas pu donner sa pleine mesure.

«La principale caractéristique de la frégate est d’être une frégate anti-sous-marine et l’objectif principal de CUTLASS FURY était la lutte sous la mer dans un environnement interallié. Il y avait d’ailleurs trois sous-marins de nationalité différente qui participaient à cet exercice, u sous-marin français, un sous-marin canadien et un sous-marin américain. Donc, nous avons été inséré dans cet exercice et nous avons démontré effectivement nos capacités ASM ([anti sous-marine]à la fois en détection propre avec nos sonars, puisque nous mettons en oeuvre un sonar de coque, mais aussi un sonar embarqué, et puis l’hélicoptère […], qui est un hélicoptère en version SM [sous-marine] capable de mettre en oeuvre un sonar actif, qu’il trempe dans l’eau à différentes immersions, et également de larguer des bouées d’écoute passives ou actives dans le cadre de la détection sous-marine», a expliqué à 45eNord.ca, le commandant Guillaume Arnoux, à bord du navire.

«On met en oeuvre des technologies très moderne et à la pointe de la technologie et la frégate française a les moyens de rivaliser avec les plus grandes marines et on utilise des moyens de détection et des senseurs qui sont très performants, de dernière génération», souligne le commandant.«Alors, il est vrai, en ASM […], mais également en terme de détection aérienne avec un radar très performant».

«Parallèlement à ça, nous avons aussi des capacités de commandement à la mer avec un état-major assez important pour le nombre d’équipage et nous avons aussi aidé le navire-amiral, le Fredericton, pendant l’exercice CUTLASS FURY pour commander et planifier les opérations au mieux avec les autres marines», note également Guillaume Arnoux.

La FREMM Languedoc est en effet d’abord une frégate anti-sous-marine.

Après l’Aquitaine, la première de sa classe, qui nous avait visité en avril 2013, et la Provence, la FREMM Languedoc est le troisième bâtiment de son programme, qui devait à terme compter à l’origine 17 frégates, mais n’en comptera finalement que huit pour des raisons budgétaires.

Ce programme, conduit au sein de l’Organisation conjointe de coopération en matière de programmes d’armement (OCCAR), en coopération au départ avec l’Italie qui, ses besoins divergeant de ceux de la Marine française, s’est depuis retirée, la France poursuivant seule le développement de ces frégates que l’Amiral Beaussant, responsable de la Commission Permanente des Programmes et des Essais, présent sur le navire lors de la deuxième visite de 45eNord.ca, le 28 septembre, n’a pas pas hésité à qualifier de révolutionnaires. Le programme des FREMM participe à renouveler la composante frégate de la marine.

La FREMM Languedoc est aussi véritablement une frégate multi-missions dont les missions principales sont, outre la lutte anti-navire et anti-sous-marine, la maîtrise d’une zone d’opération maritime, la prévention des crises, le soutien et l’appui des opérations de projection. Elles peuvent aussi très bien, comme nos destroyers jadis, mais contrairement à nos frégates canadiennes de classe Halifax aujourd’hui, jouer le rôle de navire-amiral.

«C’est un bateau qui est très polyvalent. C’est un bateau qui s’appelle d’ailleurs frégate multi-mission. C’est en quelque sorte le souhait de la Marine française, même si au départ c’était de remplacer les anciennes frégates ASM par des frégates nouvelles génération, c’est aussi avoir cette capacité dans tous les domaines de lutte et la capacité de déployer un navire polyvalent quelque soit le niveau de crise, en guerre de haute intensité ou dans un théâtre de crise ne surveillance, en déploiement», nous explique aussi le commandant Arnoux.

De plus, les FREMM sont les premières frégates européennes à mettre en œuvre des missiles de croisière.

Bref, «C’est un bateau qui met en oeuvre énormément de senseurs, qui est fortement armé, une grosse capacité, des missiles anti-navires, des missiles anti-aériens, des missiles capables également de frapper des objectifs à terre, mais également des torpilles, des leurres et beaucoup de moyen».

L’équipage optimisé des FREMM française, lui, se compose d’une centaine de marins, 140 hommes plus précisément dans le cas de la FREMM Languedoc pour ce déploiement, comparé à près de 250 sur les unités d’ancienne génération.

Les automatismes poussés ont aussi permis d’optimiser son dimensionnement.

Le programme des FREMM représente, conclut le commandant, «le choix de doter la marine française d’un type de bateau, de créer une série pour avoir une cohérence d’ensemble, dans l’ensemble de ses missions».

La FREMM Languedoc embarque en outre l’hélicoptère NH90, un hélicoptère militaire bi-turbine européen de transport militaire de la classe des 11 tonnes, ainsi que l’ÉCUME, la nouvelle embarcation tactique des commandos marine.

L’ÉCUME, qui peut être déployé (mis à l’eau) en tout au plus 2 minutes nous expliquait notre guide, le lieutenant Chevalier, représente une véritable avancée technique et capacitaire pour le déploiement de commandos en pleine mer. Interopérable et modulable, elle peut transporter 12 commandos équipés à plus de 40 nœuds (75 km/h).

Et, avec une capacité de déploiement aussi rapide, l’ÉCUME pourrait très bien se porter aussi au secours d’un homme tombé à la mer.

Les 6 premières frégates de la classe de la FREMM Languedoc seront livrées à la marine nationale avant mi-2019 et réaliseront des missions à dominante lutte anti-sous-marine, alors que les 2 dernières frégates, livrées en 2021 et 2022, auront pour vocation première la défense anti-aérienne.

Achèterons-nous un jour français ?

La FREMM Languedoc participe également au soutien à l’export de l’industrie française.

Achèterons-nous un jour français comme vient de le faire l’Australie, pourtant un pays de «l’univers militaire anglo-saxon», en accordant au groupe français DCNS en avril 2016 un méga-contrat estimé à 34,5 milliards d’euros [plus de 49 milliards $ CAD] en vue de la construction de la prochaine génération de ses sous-marins ?.

«La FREMM est un bateau extrêmement polyvalent, c’est un bateau qui est interopérable, et qui l’a montré lors de l’exercice CUTLASS FURY, on s’insère parfaitement dans les marines étrangères et dans un environnement inter-allié, et c’est vraiment ce que recherche aujourd’hui les marines, quelques qu’elles soient, c’est qu’elles soient interopérables avec l’ensemble des marines, pouvoir mettre en oeuvre des bâtiment très polyvalents, capables d’être employés sur des théâtre d’opération, sur des théâtre d’opération en crise ou en guerre, et la frégate aujourd’hui répond parfaitement à ces deux besoins», soulignait déjà le commandant Arnoux.

«La FREMM est le navire, la frégate actuellement la plus moderne et se distingue des frégates actuelles par des lignes extrêmement innovantes, par des espaces à bord du navire larges qui permettent d’intégrer de nouveau équipements, qui permettent de faire évoluer le navire pour les besoins de la marine française , qui est notre client principal, et également des marines étrangères qui peuvent avoir des besoins différents de ceux de la marine française», nous a expliqué à son tour Olivier Casenave-Péré, Président de DCNS Technologies Canada.

«C’est le seul navire qui soit actuellement polyvalent, qui soit capable de lutter contre des menaces aériennes, de surface, sous-marine et également terrestre. C’est le seul navire en Europe, incluant la Grande-Bretagne, le seul navire de surface européen qui soit capable de tirer des missiles de croisière», rappelle lui aussi le président de DCNS Technologies Canada.

En outre, «Toutes les FREMM ont à bord des espaces dédiés à un état-major de commandement de forces navales», ce qui signifierait que cette capacité de jouer le rôle de navire amiral qu’avait la marine canadienne avant le retrait de ses destroyers, elle la récupérerait pleinement avec des navires comme les FREMM françaises, tout autant qu’avec les frégates canadiennes modernisées de classe Halifax aujourd’hui..

Bref, toutes considérations politiques mises à part, les FREMM, navires furtifs de nouvelle génération polyvalents, capables de tirer des missiles de croisière, et qui nous laisseraient pleinement la capacité de jouer le rôle de navire-amiral au besoin. « Too good to be true, but true !?! »

Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

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