Menaces nord-américaines: le Comité de la défense nationale publie un nouveau rapport

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Avait lieu jeudi 11 septembre 2014 à la Base aérienne de Cheyenne Mountain, à Colorado Springs, siège du Commandement nord américain de la défense aérienne (NORAD), la première commémoration conjointe canado-américaine des événements du 11 septembre (USNORTHCOM)
Les grandes lignes du rapport concernent la définition des menaces potentielles pour l’Amérique du Nord ainsi que le renforcement nécessaire de la coopération et des ressources employées par le Canada et les États-Unis pour la protection de leurs espaces aériens, ainsi que l’amélioration de l’Aviation Royale Canadienne (ARC). (Archives/USNORTHCOM)

Un nouveau rapport sur le rôle du Canada dans la défense de l’Amérique du Nord, principalement en ce qui concerne le NORAD (Commandement de la Défense Aérospatiale de l’Amérique du Nord), a été rédigé par le Comité de la défense nationale.

Ce rapport a pour objectif de façonner la nouvelle politique de défense du Canada, à la requête du ministre de la défense Harjit Sajjan. Le rapport présente un récapitulatif sur la situation géopolitique actuelle et sur la préparation opérationnelle du Canada et du NORAD dans le domaine aérospatial, maritime, et terrestre, la question de la cybersécurité, la sécurité et la souveraineté de l’Arctique, ainsi que les aides militaires aux autorités civiles en cas de catastrophe.

Le Comité du rapport stipule immédiatement que l’Amérique du Nord est un enjeu majeur pour les Forces armées canadiennes (FAC), et appuie sur la situation inquiétante du plan géopolitique mondial, qui connaît un surcroît de conflits depuis le début du siècle, avec 223 conflits violents et 43 guerres en 2015 d’après le Stockholm International Peace Research Institute.

La sécurité et l’insularité du Canada sont remises en question par les moyens technologiques actuels d’ennemis potentiels, combinés avec les nombreuses menaces énumérées par le rapport, les principales étant “la résurgence de l’aviation militaire à long rayon d’action de la Russie, la prolifération des missiles balistiques, l’apparition de missiles de croisière perfectionnés, ainsi que le terrorisme aérien et l’extrémisme violent.”

Le rapport précise entre autres, que les menaces actuelles se composent des “réseaux criminels et terroristes transnationaux et nationaux; l’extrémisme violent; les États voyous; les cyberattaques; la prolifération de la technologie des missiles balistiques et de croisière; l’acquisition et l’utilisation potentielle d’armes de destruction massive (chimiques, biologiques, radiologiques et nucléaires) par des acteurs étatiques et non étatiques; […] les discours et les comportements agressifs de la Chine, de l’Iran, de la Corée du Nord, de la Russie et d’autres régimes dans le monde.”

Un des points les plus inquiétants concerne la Russie, sa militarisation grandissante, sa présence dans l’Arctique et son retour sur la scène géopolitique depuis quelques années. Le lieutenant-général Michael Hood affirme qu’il “existe une menace réelle contre la souveraineté canadienne” et que “la Russie figure en haut de notre liste des pays que nous surveillons avec attention.”

Depuis 2007, les activités d’aviation militaires à long rayon russes ont augmentés. En 2014, 10 interceptions d’avions militaires russes ont eu lieu dans les zones d’identification de défense aérienne (ZIDA) américaine et canadienne, principalement dans l’Arctique. Ces intrusions, très fréquentes ces trois dernières années rappellent au lieutenant-général Hood les ‘relations’ tendues tout au long de la Guerre Froide. De plus, les missiles de croisière russe Kh-101 à charge classique et Kh-102 à charge nucléaire, pourraient facilement atteindre le territoire du NORAD, tant soit par les eaux Russes que depuis leur espace aérien, avec une capacité de trajectoire estimée entre 3 000 et 5 000 km.

Selon le Comité, la prolifération des missiles balistiques est une lourde menace, car près de 30 pays possèdent ces armes qui sont capables d’atteindre l’Amérique du Nord: environ 50 variantes existent et de nouveaux modèles sont en développement.

En effet, les avancées technologiques considérables des missiles balistiques, mais aussi de nouveaux types de missiles de croisière à longue-portée pouvant être lancés depuis diverses plate-formes, sont une menace pour le territoire nord-américain. Même si les É.-U. sont davantage ciblés par des états ou acteurs non-étatiques, la proximité géographique du Canada signifie qu’en cas d’attaque sur le sol américain, la sécurité des canadiens et l’économie du pays seront mises en péril. Considérant l’importance économique que représente l’alliance des États-Unis et du Canada – 25% du PIB du Canada est lié aux exportations aux É.-U., 72% des exports canadiens ainsi que 64% des importations sont envoyés aux É.-U. – il est important de maintenir un partenariat étroit concernant la sécurité du territoire.

De grandes puissances, mais aussi des pays plus instables comme le Pakistan ou la Corée du Nord possèdent l’arme nucléaire – mais aussi des armes chimiques, biologiques, radiologiques – détenues par des pays en état précaire tels que la Libye, la Corée du Nord, la Syrie, mais aussi par la Russie.

Le Comité exprime un manque de confiance envers de multiples gouvernements, notamment l’Iran et la Corée du Nord, qui constituent une autre source d’inquiétude en matière d’armes de destruction massive et de missiles balistiques, spécifiquement la Corée du Nord qui demeure très hostile envers l’Amérique du Nord et affirme vouloir être capable de cibler le territoire.

Le Comité de la défense nationale recommande donc d’avantage de contrôle des voies maritimes et de la circulation aérienne dans les zones du NORAD pour observer et être préparés à des attaques potentielles. Les menaces asymétriques sont moins dangereuses que les menaces provenants d’acteurs étatiques, mais elles sont tout de même plus probables ces temps-ci. Le major-général Christopher J. Coates, directeur des Opérations du NORAD explique: « le NORAD intervient en moyenne dans cinq incidents de nature asymétrique par jour aux É.-U. et dans cinq par année au Canada.”

Depuis 2001, NORAD effectue une mission de défense aérienne nommée “Noble Eagle”, qui concerne les menaces terroriste venant de l’intérieur du continent, et l’organisation s’est adaptée dès 2006 à de nouvelles menaces en élargissant sa défense dans le domaine de l’alerte maritime.

Le risque d’attaques terroristes demeure donc au premier plan pour les menaces actuelles.

Le rapport recommande aussi un investissement considérable pour la défense (actuellement limitée) antimissiles de croisière, qui nécessite des mesures de détection et d’élimination différentes des missiles balistiques.

Selon le Comité, le gouvernement devrait reconsidérer sa non-participation à la défense antimissiles balistiques (DAB) que les É.-U. ont mis en place. En ayant un rôle dans le bouclier antimissile, le commandement binational serait simplifié et plus efficace.

Professeure en Relations Internationales à l’Université Carleton, Elinor Sloan explique: « Le risque de notre non-participation au système de défense tient au fait que nous n’aurions pas notre mot à dire au moment de décider d’abattre un missile balistique […] Il y a ce risque, mais il y a un autre risque, encore plus grand, qui est celui de ne recevoir aucune information. »

Cependant, d’autres sources sont contre cette participation, qui aurait un coût prohibitif selon Michael Byers, professeur de sciences politiques à l’Université de la Colombie Britannique, qui signale que « la menace ne se trouve pas au haut de notre liste de
priorités [pour la défense du Canada]. » Byers favorise le renforcement des FACs avec l’achat de nouveaux avions de chasses, navires de guerres, camions militaires, etc.

Trois des treize recommandations du Comité concernent le remplacement des CF-18 de l’aviation royale canadienne qui vieillissent. Le gouvernement libéral avait refusé l’année dernière de réaliser l’achat jugé dispendieux du gouvernement Harper envers les avions de chasses de cinquième génération F-35 américains, et a choisi de rediriger le budget vers l’acquisition de nouveaux navires de guerre. Certains appuient aussi le fait que le Canada sera toujours engagé dans les missions du NORAD au côté des É.-U. et qu’un tel achat n’est pas nécéssaire.

Cependant, avec la présence d’avions russes à long rayon d’action autour de l’Amérique du Nord, certains pensent qu’il serait préférable d’acquérir des chasseurs furtifs de cinquième génération qui possèdent de meilleures technologies pour dissuader la Russie, qui possède une plus grande quantité d’avions de chasses. Selon le rapport, « nombre des alliés avec lesquels le Canada collabore dans l’Arctique – des partenaires de l’OTAN comme le Danemark, la Norvège et les États-Unis – envisagent tous de remplacer leurs avions de chasse par le F-35. »

Si l’on prend en compte la superficie du territoire, le Canada possède une flotte aérienne relativement petite, 77 avions CF-18, en comparaison avec d’autre membres de l’OTAN tel que l’Italie qui en compte 226, la France, 277, la Russie à 793, ou les É.-U. à 3 004.

Ce rapport est grandement critiqué en comparaison avec le rapport précédent concernant la défense du Canada et de l’Amérique du Nord publié en Juin 2015. Le parti conservateur et le NPD ont fait un rapport dissident, et se plaignent que leur opinion n’aie pas été prise en compte au cours du processus car aucun parti d’opposition n’était présent lors de sa rédaction.

160920 Norad Dispo Operationnelle 421 NDDN Rpt02 f by 45eNord on Scribd

Jeune diplômée de l’Université de Colombie-Britannique en Histoire et Relations Internationales, Thalia est intéressée par les conflits internationaux, la sécurité nationale, et spécifiquement les stratégies liées à l’antiterrorisme.

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