Nobel: la Colombie parmi les favoris pour la paix

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Le président colombien Juan Manuel Santos et Rodrigo Londoño (Timochenko), chef des FARC, se sont serré la main lundi lors de la signature de l'accord de paix. (Luis Acosta/AFP)
Le président colombien Juan Manuel Santos et Rodrigo Londoño (Timochenko), chef des FARC, se sont serré la main lundi 26 septembre 2016 lors de la signature de l’accord de paix. (Luis Acosta/AFP)

Les anciens belligérants en Colombie sont parmi les favoris au Nobel de la paix cette année, même si pour ce prix comme pour les autres décernés à partir de lundi, spéculation ne rime pas forcément avec prémonition.

La saison s’ouvre avec le prix de médecine lundi à Stockholm, suivi de ceux de physique et chimie, puis la paix le 7 octobre à Oslo. Le prix d’économie est prévu le 10.

L’académie suédoise a fixé au 13 octobre la date de l’annonce du Nobel de littérature, une semaine plus tard que de coutume.

« Il ne faut y voir aucun signe de désaccord entre académiciens. La réalité est plus simple: nos statuts prévoient que nous nous réunissions quatre jeudis de suite à partir de l’avant-dernier jeudi de septembre avant d’annoncer le lauréat », a expliqué à l’AFP l’académicien Pär Wästberg.

L’Institut Nobel norvégien a été inondé par les candidatures au prix de la paix: 376, soit une centaine de plus que le précédent record de 278 établi en 2014. Deviner qui sera honoré est un exercice compliqué, sinon vain.

Mais experts, commentateurs et promoteurs de paris voient bien placés le gouvernement colombien et les Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc, marxistes), qui ont signé un accord de paix historique lundi.

Autres noms cités pour la paix: la militante russe des droits de l’Homme Svetlana Gannouchkina, les négociateurs de l’accord sur le nucléaire iranien, Ernest Moniz et Ali Akbar Salehi, des habitants des îles grecques aidant les migrants, le docteur congolais Denis Mukwege qui soigne les femmes violées, ou l’Américain qui a révélé l’ampleur de la surveillance électronique par la NSA, Edward Snowden.

Réfugiés en Russie, en Grèce

Dan Smith, directeur de l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm, verrait de dignes lauréats dans le président colombien Juan Manuel Santos et le leader des Farc Rodrigo Londoño, alias Timochenko, même si l’encre de l’accord est à peine sèche.

« Mon espoir est que le Comité Nobel à Oslo soit inspiré par la décision de son prédécesseur d’attribuer le prix en 1993 à Nelson Mandela et Frederik de Klerk, artisans d’une fin pacifique à l’apartheid », explique-t-il à l’AFP.

Kristian Berg Harpviken, son homologue à l’institut de recherche sur la paix d’Oslo, le Prio, acquiesce. « Les deux parties ont eu la volonté de s’attaquer aux questions difficiles, et la conclusion du conflit semble de plus en plus irréversible », a-t-il estimé.

Pourtant lui voit plutôt Mme Gannouchkina l’emporter. Couronner ses décennies de lutte pour les droits des réfugiés et migrants en Russie enverrait un signal fort à un moment où « l’accueil des réfugiés devient polémique à un point inquiétant en Occident ».

Pour les parieurs, les Grecs insulaires qui sauvent des vies et viennent en aide aux réfugiés venus des côtes turques voisines sont les lauréats les plus probables.

Le prix 2015 avait cependant montré la difficulté des pronostics, en récompensant les acteurs de la transition de la Tunisie vers la démocratie, auxquels nul ne songeait.

Le pape dénonce ceux qui «risquent tout pour continuer la guerre» en Colombie

Par ailleurs, le pape François a mis en garde contre ceux qui « risquent tout » en Colombie pour continuer le conflit armé de plus d’un demi-siècle, auquel le gouvernement entend mettre fin grâce à un accord de paix signé avec la guérilla des Farc.

« D’une part, je dois dire que le président Santos a tout risqué pour la paix. Mais je dois aussi dire que j’en vois par ailleurs certains qui risquent tout pour continuer la guerre. Et cela blesse l’âme », a déclaré le souverain pontife dans une vidéo diffusée vendredi à Bogota par la présidence colombienne.

L’accord de paix, signé le 26 septembre, « est un bon exemple dans le monde en ce moment que deux camps, ennemis pendant 50 ans, peuvent cohabiter en paix et développer un avenir meilleur », a ajouté le pape.

François s’exprimait durant une réunion avec des représentants du Congrès juif mondial dans sa résidence de Santa Marta lundi, jour de la signature de l’accord par le président Juan Manuel Santos et Timoleon Jimenez, chef des Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc, marxistes).

Le chef de l’Église catholique a rappelé que les électeurs colombiens sont appelés dimanche à se prononcer par référendum sur cet accord, qui prévoit, entre autres, le désarmement des Farc et leur reconversion en mouvement politique légal.

« Je promets qu’une fois que cet accord sera scellé par le référendum et par la reconnaissance internationale, j’irai en Colombie », a affirmé le pape, en ajoutant: « Merci beaucoup à Santos », toujours selon cette vidéo.

Le chef de l’État colombien a annoncé jeudi, sans donner de dates exactes, que le souverain pontife effectuerait une visite de quatre jours en Colombie au cours du premier trimestre 2017.

M. Santos a plusieurs fois déclaré qu’il préférait une « paix imparfaite à une guerre parfaite » et qu’il n’avait pas de plan B en cas de rejet par les électeurs de cet accord, négocié pendant près de quatre ans à La Havane.

Le principal partisan du « Non » au référendum est l’ex-président de droite Alvaro Uribe (2002-2010), qui estime que le texte accorde l’impunité aux responsables de crimes atroces, livre le pays aux Farc et ouvre la voie à un régime « castrochaviste ».

Le complexe conflit armé colombien a impliqué au fil des décennies plusieurs guérillas d’extrême gauche, des milices paramilitaires d’extrême droite et les forces armées, faisant plus de 260.000 morts, 45.000 disparus et 6,9 millions de déplacés.

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