G.B.: chute du prédicateur Anjem Choudary, qui avait souhaité le paradis au tueur de Saint-Jean

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Le prédicateur radical britannique Anjem Choudary devant l'ambassade des États-Unis à Londres, le 14 septembre 2012. (AFP/Archives/LEON NEAL)
Le prédicateur radical britannique Anjem Choudary devant l’ambassade des États-Unis à Londres, le 14 septembre 2012. (AFP/Archives/LEON NEAL)

Dans le collimateur de la police depuis deux décennies, le prédicateur radical Anjem Choudary, qui avait souhaité le paradis au tueur de Saint-Jean-sur-Richelieu, a été rattrapé par la justice britannique qui a condamné mardi à cinq ans et demi de prison cette dernière grande figure du «Londonistan», la mouvance radicale islamiste de Londres.

Cet avocat de 49 ans d’origine pakistanaise, qui dit ne reconnaître que la justice de Dieu, a refusé de se lever lorsque le tribunal londonien de l’Old Bailey l’a condamné pour avoir appelé sur les réseaux sociaux à soutenir le groupe djihadiste État islamique (EI).

La poignée de disciples venue le soutenir a accueilli le verdict aux cris d’«Allah Akbar !» (« Dieu est le plus grand ! ») pendant qu’Anjem Choudary, impassible dans son qamis (longue chemise) blanc, était emmené par trois policiers venus lui signifier la fin au moins provisoire de 20 ans d’activisme radical.

Depuis les années 1990, ce fils d’un courtier en Bourse, à la longue barbe poivre et sel, était devenu une figure familière des autorités et des médias en multipliant les manifestations devant les mosquées, les ambassades et les commissariats de police du Royaume-Uni.

Son objectif ultime, disait-il, était de faire flotter le drapeau de l’islam au-dessus du 10, Downing Street, la résidence du premier ministre.

Proche d’Omar Bakri, avec lequel il a fondé l’organisation islamiste radicale Al-Mouhajiroun, également connue sous le nom de « Musulmans contre les croisades » ou d’« Islam4UK », il s’est rapidement imposé comme l’un des principaux représentants du Londonistan, cette mouvance installée dans la capitale britannique au début des années 2000.

Attiré par la lumière, cet ancien fêtard a collectionné les provocations, s’en prenant pêle-mêle aux homosexuels, au gouvernement britannique ou à la fête de Noël et organisant un rassemblement en faveur d’Oussama ben Laden devant l’ambassade des États-Unis à Londres en 2011.

Mais en prenant soin, à chaque fois, de ne pas franchir la ligne rouge de l’illégalité pour éviter de connaître le même le sort que les autres « parrains » du Londonistan : Omar Bakri, emprisonné au Liban, Abou Hamza Al Masri, condamné à la réclusion à perpétuité aux États-Unis, ou Abou Qatada, extradé par Londres en juillet 2013 vers la Jordanie.

Anjem Choudary et le Canada

Dans un article paru mardi dans La Presse, les journalistes Gabrielle Duchaine et Vincent Larouche rappellent qu’en entrevue au quotidien montréalais à en 2013, un an avant les attaques de Saint-Jean-sur-Richelieu et d’Ottawa, Choudary avait « martelé que le pays risquait de subir un attentat terroriste en raison des politiques étrangères d’Ottawa de l’époque ».

« Le soutien apporté à Israël et la guerre à la terreur, considérée par les musulmans comme une guerre contre l’Islam, placent le Canada dans la même position que les États-Unis, la Grande-Bretagne et la France », avait alors déclaré le prédicateur.

« Martin Couture-Rouleau, auteur de l’attentat contre des militaires à Saint-Jean-sur-Richelieu, et Michael Zehaf Bibeau, le tireur du parlement, suivaient tous deux Anjem Choudary sur Twitter. Les a-t-il inspirés? » s’interrogent Gabrielle Duchaine et Vincent Larouche dans le même article.

Après leurs crimes, le prédicateur britannique avait pris ses distances, sans toutefois les condamner, soulignent les deux journalistes. « La presse canadienne tente de me relier au frère Abu Ibrahim Canadi/Martin « Ahmad » Rouleau (qu’Allah lui accorde le paradis)/, avait-il écrit sur Twitter en 2014.

« Le fait que quelqu’un vous suive sur Twitter ne veut pas nécessairement dire que vous l’avez incité à faire quoi que ce soit. », avait déclaré Anjem Choudary. Mais, à l’été 2015, après son arrestation, note aussi La Presse, « une entreprise d’analyse des données internet avait estimé que 69% des usagers de Twitter qui faisaient circuler le mot-clic «#FreeAnjemChoudary» (libérez Anjem Choudary) provenaient du Royaume-Uni, des États-Unis et du Canada ».

Le prédicateur avait aussi fait observer que que les événements d’octobre 2014 au Canada prouvaient qu’il n’était pas nécessaire de posséder une formation militaire pour s’attaquer à des soldats.

« Calculateur et dangereux »

Pour la police, Anjem Choudary a été pendant des décennies une source d’immense frustration. Soupçonné d’avoir agi en tant que recruteur pour des groupes terroristes, ce père de cinq enfants a continué à narguer les autorités grâce à son habileté et sa connaissance du droit, ce qui lui a longtemps permis de ne pas être pris en défaut, ne se voyant infliger qu’une amende indolore pour avoir organisé une manifestation sans autorisation préalable.

Mais il a fini par commettre une erreur, lorsqu’il a appelé, avec son disciple Mohammed Rahman, condamné lui aussi à cinq ans et demi de prison, à soutenir le groupe EI dans une série de vidéos postées sur YouTube entre juin 2014 et mars 2015 après avoir prêté allégeance au chef de cette organisation extrémiste, Abou Bakr al-Baghdadi.

Au Royaume-Uni, c’est un crime, passible de dix ans de prison. Enfin, la police avait trouvé l’ouverture. « On avait du matériel remontant à plus de 20 ans. Choudary et Rahman sont des individus intelligents qui ont essayé pendant de longues années de rester du bon côté de la loi. Cette fois, ils ont franchi la limite », s’est félicité Dean Haydon, le patron de la section antiterroriste de Scotland Yard, en sortant du tribunal.

En rendant son verdict, le juge a souligné qu’Anjem Choudary était un être « calculateur et dangereux » qui avait « encouragé indirectement (à commettre) des actes terroristes violents », tandis que les autorités évaluent à 850 le nombre de Britanniques s’étant rendus en Syrie.

« Ces hommes prêchaient la haine et étaient en contact avec des terroristes à l’étranger. Ce sont des extrémistes dangereux, leur condamnation est extrêmement bienvenue », a ajouté Dean Haydon.

*Avec AFP

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