Srebrenica: des Casques bleus néerlandais veulent porter plainte contre leur gouvernement

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Le camp de l'ancien bataillon néerlandais («Dutchbat») près de Srebrenica, en Bosnie-Herzégovine. (Wikipédia)
Le camp de l’ancien bataillon néerlandais («Dutchbat») près de Srebrenica, en Bosnie-Herzégovine. (Wikipédia)

Une centaine de Casques bleus néerlandais veulent porter plainte contre leur gouvernement qui les a envoyés défendre l’enclave de Srebrenica, où des milliers de musulmans ont été massacrés pendant la guerre de Bosnie, après que la ministre de la Défense eut qualifié la mission d' »impossible », a-t-on appris mardi auprès de leurs avocats.

« L’État a envoyé ses soldats pour une mission impossible et les a ensuite abandonnés », a affirmé l’avocat Michael Ruperti à l’AFP: « cela a provoqué beaucoup de dommages, aux niveaux physique, psychologique et financier mais aussi au niveau de la vie sociale ».

En quelques jours de juillet 1995, quelque 8.000 hommes musulmans avaient été assassinés par les forces serbes de Bosnie alors qu’ils tentaient de fuir cette enclave protégée par les Nations unies.

Qualifiée d’acte de génocide par le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie (TPIY), cette tuerie, perpétrée pendant le conflit intercommunautaire en Bosnie (1992-95), est la plus meurtrière sur le sol européen depuis la fin de la Deuxième guerre mondiale.

Retranchés dans leur base militaire non loin de là, les Néerlandais du « Dutchbat » y accueillent quelques milliers de réfugiés avant d’en fermer les portes aux autres à cause de la « situation humanitaire ». Ils laissent ensuite les Bosno-Serbes évacuer ceux qui s’étaient réfugiés sur la base.

Une histoire qui continue de hanter les Pays-Bas, où une enquête avait entraîné la démission du gouvernement en 2002 et où, en septembre 2013, après un jugement d’un tribunal néerlandais, ils étaient devenus le premier État au monde tenu pour responsable des actes de ses soldats sous mandat de l’ONU.

En juin dernier, la ministre de la Défense Jeanine Hennis-Plasschaert avait affirmé à l’occasion de la journée des Anciens combattants que le bataillon avait été envoyé en Bosnie « sans préparation adéquate pour les circonstances spécifiques, sans moyens suffisants, avec peu d’informations, pour protéger une paix qui n’existait déjà plus ».

Une mission qui était « irréalisable » et qui s’est déroulée « dans des conditions impossibles », avait-elle ajouté, alimentant de nouveau le débat public autour de Srebrenica.

Pour M. Ruperti, ses clients « ont encore du mal à participer à la société ». « On a parlé d’eux en mal pendant deux décennies et on leur demande, encore aujourd’hui, sur les terrains de foot, dans leurs familles, au café : mais pourquoi n’avez-vous rien fait ? »

« Leur réputation en tant qu’hommes, en tant que militaires, a souffert à cause de l’abandon de l’État néerlandais », a affirmé l’avocat, qui attend de pouvoir discuter avec le ministère de la Défense pour déposer sa plainte.

« Ils veulent donc que les juges condamnent l’État pour ces dommages et ils veulent recevoir une compensation financière mais aussi, et surtout, une reconnaissance d’un tribunal et de la société pour l’injustice qui leur a été faite », a-t-il affirmé.

Les Casques bleus du « Dutchbat » eux-mêmes ont, à plusieurs reprises, été l’objet de plaintes, déposées par les familles des personnes évacuées.

Mais le parquet néerlandais avait refusé d’ouvrir une enquête pénale pour complicité de génocide ou de crimes de guerre contre le commandant du bataillon onusien Thom Karremans, son adjoint Rob Franken et un autre officier, Berend Oosterveen. La Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) avait confirmé jeudi cette décision.

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