Syrie: les deux plus grands hôpitaux d’Alep-Est touchés par des frappes

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Un Syrien souffrant de difficultés respiratoires, est soigné dans un hôpital à Alep (Syrie), le 06 septembre 2016. (AFP/THAER MOHAMMED)
Un Syrien souffrant de difficultés respiratoires, est soigné dans un hôpital à Alep (Syrie), le 06 septembre 2016. (Archives/Thaer Mohammed/AFP)

Les deux plus grands hôpitaux dans la partie rebelle de la ville syrienne d’Alep ont été touchés mercredi à l’aube par des frappes aériennes, les mettant temporairement hors service, a affirmé à l’AFP l’ONG qui soutient ces établissements.

« L’attaque est survenue à 04H00 du matin. Un avion militaire les a visés directement », a indiqué Adham Sahloul, de l’ONG médicale Syrian American Medical Society (SAMS), basée aux Etats-Unis.

Dans l’un des deux hôpitaux, un générateur a été complètement détruit. Trois employés ont été blessés dans le deuxième, dont le chauffeur d’une ambulance, une infirmière et un comptable, d’après lui.

« Il ne reste plus (à Alep-Est) que six hôpitaux encore en activité, maintenant que ces deux établissements sont hors service », a-t-il précisé.

Les deux hôpitaux ont des urgences et unités de traitement des traumatismes et avaient essuyé dans le passé d’autres attaques aériennes, selon M. Sahloul, qui a qualifié les bombardements de « délibérés ».

Il n’était pas clair si ce sont les avions du régime ou ceux de son allié russe qui ont frappé, alors que les deux mènent une campagne de bombardements sans relâche sur ce secteur de la deuxième ville que l’armée veut reconquérir.

Si Alep tombe, les habitants risquent un « massacre »

D’ici un mois, la vie quotidienne sera intenable à Alep, sous les coups de boutoir du régime syrien et de son allié russe. Et si la ville martyre tombe, ses habitants risquent un « massacre », s’alarme le chef des Casques blancs syriens.

Raed Saleh, un Syrien trentenaire, d’une mise impeccable, s’est confié mardi à l’AFP lors d’une tournée à New York et à Washington pour sensibiliser l’ONU et les Etats-Unis au sort des bénévoles de la « Défense civile syrienne », une organisation humanitaire qui se veut apolitique et participe aux secours dans des zones tenues par l’opposition syrienne.

Les Casques blancs viennent de remporter le prix Right Livelihood, un « Nobel alternatif » décerné par une fondation suédoise, et sont en première ligne à Alep depuis que les 250.000 habitants assiégés dans la partie rebelle et orientale de la ville sont sous un déluge de feu après l’échec la semaine dernière d’une énième tentative de cessez-le-feu.

« Les populations civiles saisiront la moindre occasion pour s’enfuir. Mais sans aucune garantie d’avoir un minimum de sécurité et de protection », souffle le jeune homme, un ancien homme d’affaires à la mine sombre. « Nous sommes très inquiets: ces gens peuvent se faire massacrer, enlever ou arrêter », lâche-t-il d’une voix posée.

D’autant que d’après ses calculs, la partie Est d’Alep ne tiendra « pas plus d’un mois » en raison de la destruction en cours de ce qui reste des services publics municipaux. « Il n’y aura plus d’eau, plus d’électricité, plus de carburant et les hôpitaux ne pourront plus continuer à fonctionner », prédit M. Saleh, s’exprimant en arabe et dont les propos étaient traduits en anglais par l’un de ses confrères.

Alors si les quartiers rebelles d’Alep tombent aux mains du régime, qu’arrivera-t-il aux 122 bénévoles des Casques blancs qui y sauvent des vies tous les jours ? « Ils vivent dans les mêmes conditions que les autres civils. Je suis convaincu que le régime fera tout pour les assassiner ou les appréhender », s’alarme le patron de l’organisation de la « Défense civile syrienne ».

Il affirme avoir dénombré « 1.700 frappes » menées par les aviations syrienne et russe qui auraient fait « un millier de morts et blessés » depuis que l’armée du régime du président Bachar al-Assad a déclaré le 19 septembre la « fin » de la trêve péniblement imposée dix jours plus tôt par un accord américano-russe paraphé à Genève.

Les Occidentaux continuent cette semaine de s’indigner de bombardements « effroyables » et « inacceptables » sur Alep, accusant Moscou d’être responsable de « crimes de guerres ».

Mais Raed Saleh n’attend plus grand chose ni de l’ONU, ni de l’Amérique, qui soutient les groupes d’opposition.

« Je ne compte pas sur eux (…) Nous avons assisté à un retrait de l’administration américaine des crises internationales, pas seulement en Syrie », constate l’activiste. Et « diverses puissances mondiales commettent des crimes de guerre, violent les droits de l’homme, sans que l’on voie de volonté politique pour qu’ils rendent des comptes », s’insurge M. Saleh.

Il ne croit pas non plus qu’il y ait « besoin d’autres résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU » après l’échec patent de la résolution 2254 votée à l’unanimité le 18 décembre pour entériner une feuille de route diplomatique et l’amorce d’un processus politique entre le régime et l’opposition.

« Il nous faut une conscience pour secouer la volonté politique des dirigeants mondiaux afin d’arrêter les tueries en Syrie et traduire en justice les criminels de guerre », réclame M. Saleh.

Aux yeux du chef des Casques blancs, « l’échec de la réponse à la tragédie syrienne est celui de la communauté internationale et de l’ensemble de l’humanité » pour mettre fin à une guerre qui a fait plus de 300.000 morts en cinq ans et demi et provoqué la pire crise humanitaire depuis la Seconde guerre mondiale.

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