Afghanistan: l’armée compte sur ses jeunes forces aériennes contre les talibans

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Afghanistan: cinq soldats et un policier tués oar erreur dans une frappe de l'armée, tapporte les autorités afghanes le 1er octobre 2016.(Twitter/@GulfTimes_QATAR)
La force aérienne afghane compte désormais une centaine d’aéronefs dont 27 hélicoptères d’attaque MD-530, une vingtaine de petits avions d’appui, ainsi qu’une cinquantaine d’hélicoptères de transport russes Mi-17. (Archives/Twitter/@GulfTimes_QATAR)

Radio en main sur une colline pelée cernée des pics désertiques du Logar, Sahil s’apprête à guider un jeune compatriote aux commandes d’un avion de combat, 300 mètres plus haut: la cible d’entraînement est la troisième voiture du convoi en contrebas.

Harcelée par les talibans, l’armée afghane compte chaque jour davantage sur ses toutes jeunes forces aériennes, et se hâte avec ses alliés occidentaux de former pilotes et contrôleurs au sol pour frapper les ennemis.

Un temps parmi les plus puissantes de la région grâce au soutien soviétique, les forces aériennes afghanes ont été anéanties par la guerre civile des années 90 puis par le régime taliban.

A peine restait-il quelques Mig en fin de carrière quand les Occidentaux déployés sous mandat de l’Otan ont entrepris en 2007/2008 de faire renaître une véritable Air Force of Afghanistan (AAF).

« A ce jour, 78 équipages sont formés et disponibles », indique le capitaine Jason Smith, porte-parole du Commandement américain chargé d’entraîner les Afghans.

Cela est loin d’assurer l’autonomie de l’armée de l’air. La flotte afghane compte désormais une centaine d’aéronefs dont 27 hélicoptères d’attaque MD-530 et une vingtaine de petits avions d’appui. Plus une cinquantaine d’hélicoptères de transport russes Mi-17.

« Entre les bases de Kaboul, Kandahar (sud) et Shindand près de Herât (ouest) et des détachements plus légers, les +méchants+ savent qu’on peut désormais les frapper n’importe où dans le pays », prévient le capitaine Smith: « Une roquette tirée d’un MD-530, ça ne rigole pas ».

Ces « méchants », ce sont principalement les talibans, qui harcèlent les forces gouvernementales sur deux tiers du territoire, leur infligeant de lourdes pertes: plus de 5.000 morts en 2015.

Risques de bavures

Parallèlement aux pilotes, l’Otan s’efforce de former suffisamment de « coordinateurs tactiques aériens » (ATAC) au sol.

D’où l’exercice dans une base d’entraînement du désert du Logar, à une quarantaine de km au sud de Kaboul, qui permet de tester les capacités des jeunes pilotes et des futurs ATACs, leurs « yeux et oreilles » au sol.

« Les ATACs sont essentiels, il faut des gens qui comprennent le ciel, ce sont eux qui guident les frappes » et l’évacuation de blessés ou de combattants, et qui réclament un appui aérien, explique le pilote et colonel américain Andrew Janssen qui les encadre.

Akram, 22 ans, considéré comme prometteur, juge sévèrement la performance de son camarade Sahil. « Trop de bavardage, il doit répondre plus rapidement au pilote ». Maîtriser le langage technique, énoncer les coordonnées de l’ennemi, des alliés, de la cible – et des civils.

La montée en puissance de l’AAF dans le ciel afghan s’est accompagnée de bavures: selon l’ONU, 133 civils ont été tués dans les frappes aériennes et 159 blessés depuis le 1er janvier, 72% de plus qu’en 2015, et « imputables aux deux-tiers aux équipages afghans ».

Au QG des forces aériennes, leur commandant en chef, le général Wahab Wardak, le regrette. « Malheureusement, les talibans se cachent souvent dans les maisons. On donne la consigne d’éviter les bombardements sur les zones habitées mais avec la guerre, ça arrive ».

Antécédents vérifiés

« La meilleure façon de réduire les bavures, c’est justement de former des coordinateurs au sol » insiste le colonel Janssen. « On leur enseigne qu’ils peuvent, même au dernier moment, annuler la mission s’ils ne le sentent pas ».

Les officiers aussi sont briefés en ce sens, note-t-il. « C’est très nouveau par rapport aux méthodes soviétiques où on tirait quoi qu’il arrive ».

Voler fait rêver les jeunes Afghans, qui sont à chaque session « 1.800 à 2.000 » à se présenter, affirme le colonel Naqitullah Woror, commandant de l’Académie de l’Air de Kaboul.

Une centaine, de 18 à 26 ans, émergent d’un premier tri. Chaque recrue fait alors l’objet d’une vérification minutieuse des services du renseignement afghan, et doit de plus être parrainé par deux officiers garantissant qu’il n’a pas de lien avec l’ennemi.

A plusieurs reprises, des recrues afghanes ont retourné leur arme contre leurs camarades ou leurs alliés occidentaux – la semaine dernière, deux Américains ont ainsi été tués près de Kaboul. « Ca ne s’est jamais produit chez nous », affirme le colonel Woror.

Six filles suivent actuellement les cours de l’Académie en espérant rejoindre la première pilote afghane, le lieutenant Nilufar Rhmani, diplômée en 2013.

Face au simulateur de vol, Shamin, 22 ans, est l’une de ces recrues en formation « avec la bénédiction de sa famille », insiste-t-elle, dans une société souvent réticente à promouvoir les femmes.

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