Alep: arrêt des raids aériens en «geste de bonne volonté», dit Moscou

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Un adolescent syrien attend d'être secouru dans les ruines d'un immeuble après un raid aérien à Alep, le 16 octobre 2016. (AFP/THAER MOHAMMED)
Un adolescent syrien attend d’être secouru dans les ruines d’un immeuble après un raid aérien à Alep, le 16 octobre 2016. (AFP/THAER MOHAMMED)

Moscou a annoncé mardi un arrêt immédiat des raids des aviations russe et syrienne sur Alep, en geste « de bonne volonté » et pour permettre l’évacuation des civils des quartiers rebelles de cette ville bombardée à un rythme intense depuis un mois.

L’annonce surprise de la Russie intervient après des semaines de critiques des Occidentaux contre la brutalité des bombardements de l’armée de Bachar al-Assad, soutenue par les bombardiers et les avions d’attaque russes.

C’est « purement un geste de bonne volonté des militaires russes », a commenté le porte-parole du Kremlin Dmitri Peskov, assurant que l’arrêt de ces frappes n’était « aucunement lié » aux critiques émises par la France et l’Allemagne.

« C’est évidemment la poursuite des efforts de la Russie dans sa lutte contre les terroristes et le déblocage de la situation à Alep » qui ont guidé cette décision, a-t-il poursuivi.

Le porte-parole de l’OCHA (bureau des Nations unies pour l’aide humanitaire) Jens Laerke s’est dit « satisfaite » de cette annonce, tout en demandant « des assurances de toutes les parties au conflit » avant que l’ONU ne pénètre dans Alep avec de l’aide.

Le ministre russe de la Défense Sergueï Choïgou a annoncé mardi matin lors d’une réunion de son état-major que les frappes des aviations russe et syrienne avaient « cessé aujourd’hui à 10H00 », soit 07H00 GMT.

En guise d’explication, il a assuré que cet « arrêt temporaire » des raids était nécessaire à la mise en oeuvre de la « pause humanitaire » prévue jeudi, qui doit permettre aux civils de quitter les quartiers rebelles assiégés de la deuxième ville de Syrie.

Sergueï Choïgou n’a rien dit en revanche sur les combats au sol, qui peuvent continuer.

Selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH), les raids aériens ont effectivement cessé dans Alep-est mais des combats continuent dans le vieil Alep, sur la ligne de démarcation entre les zones contrôlés par les rebelles et par le régime. Des bombardements ont aussi été entendus dans la région d’Alep.

« Est-ce que les Parisiens ont quitté leur ville quand Hitler est entré en France ? Les habitants d’Alep aiment leur ville, leurs maisons, ils ne partiront jamais », a déclaré à la presse le Dr Tammam Loudami, directeur régional chargé du nord de la Syrie au sein de l’UOSSM, une ONG regroupant un réseau de médecins dans ce pays en guerre et à l’étranger.

M. Loudami, qui a quitté Alep en août dernier, faisait partie d’une délégation de responsables civils de cette ville reçue mardi à l’Assemblée nationale française.

La Russie a annoncé mardi un arrêt immédiat des raids des aviations russe et syrienne sur Alep, en signe « de bonne volonté » et pour permettre l’évacuation des civils des quartiers rebelles de cette agglomération syrienne dont des quartiers sont bombardés par les forces du régime et leur allié russe à un rythme intense depuis presque un mois.

Moscou prévoit une « pause humanitaire » de huit heures jeudi pour permettre « la sortie en toute sécurité via six couloirs humanitaires des civils et l’évacuation des malades et des blessés de la partie orientale d’Alep ».

« Il y a eu trois cessez-le-feu à Alep depuis le début de l’année. Cela n’a rien donné. Aucun résultat. Nous n’y croyons plus », a rétorqué Abdulrahman Almawwas, vice-président des Casques blancs syriens, les volontaires civils portant secours aux blessés.

« Cela fait plus de 100 jours que nous intervenons sans relâche. Nous avons répondu à 9.764 alertes pour aider ceux qui ont été bombardés. Nous demandons que le droit humanitaire international soit respecté, que les civils soient tenus à l’écart de cette guerre », a ajouté M. Almawwas, dont c’était la première visite en Europe.

« Les citoyens souffrent le martyre. Alep va être anéanti », a lancé de son côté Brita Hagi Hassan, président du conseil local de la ville, au cours d’une audition devant les députés de la Commission des Affaires étrangères. « Le problème, ce n’est pas le siège, ce sont les bombardements », a-t-il répété.

Couloirs humanitaires

Cette pause humanitaire « permettra la sortie en toute sécurité via six couloirs humanitaires des civils et l’évacuation des malades et des blessés de la partie orientale d’Alep », a poursuivi le ministre russe.

Elle autorisera également le départ des combattants rebelles le désirant, souligne Moscou. Les Russes demandent en effet aux Occidentaux de convaincre les rebelles de prendre leurs distances avec les jihadistes du Front Fateh al-Cham, ex-Front al-Nosra et ancienne branche syrienne d’al-Qaïda.

Lundi soir, l’ambassadeur russe aux Nations unies Vitali Tchourkine avait pourtant déclaré que les combattants du Front Fateh al-Cham devaient eux aussi quitter Alep « ou être défaits ».

Selon Sergueï Choïgou, l’arrêt des raids aériens aidera au succès de discussions axées « sur la séparation entre l’opposition modérée et les terroristes à Alep », qui doivent débuter mercredi à Genève. Des officiers russes sont déjà en Suisse pour participer à ces discussions, a-t-il précisé.

« Au moment où commencera la pause humanitaire, les troupes syriennes se retireront à une distance suffisante pour que les combattants puissent quitter l’est d’Alep avec leurs armes » via deux couloirs spéciaux, la route du Castello au nord et le Souk al-Hal dans le centre d’Alep, a poursuivi le ministre russe de la Défense.

Les 250.000 habitants des quartiers est d’Alep, aux mains des rebelles depuis 2012, sont soumis depuis le 22 septembre à un déluge de feu de l’aviation russe et syrienne, le régime de Bachar al-Assad ayant lancé une vaste offensive visant à reprendre la ville.

Dans la nuit de lundi à mardi, soit avant l’arrêt des frappes, des bombardements russes ont d’ailleurs visé des quartiers rebelles, faisant au moins cinq morts, un couple et ses trois enfants, selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH).

Dans le quartier de Boustane al-Qasr, un immeuble touché par une frappe s’est effondré avec ses habitants à l’intérieur d’après le correspondant de l’AFP, qui a ensuite vu les corps de cinq personnes, dont des enfants.

L’armée russe avait annoncé lundi une suspension des bombardements russes et syriens durant huit heures jeudi à Alep dans le cadre d’une pause humanitaire.

Les Nations unies et l’UE avaient salué cette initiative mais estimé que la durée de la trêve n’était pas suffisante pour permettre aux convois humanitaire d’acheminer l’aide aux civils des quartiers rebelles.

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