Colombie: dialogue de paix avec l’ELN reporté jusqu’à la libération d’un otage

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L'ELN (Ejército de liberaciòn nacional) est le deuxième groupe rebelle en importance impliqué dans le conflit armé colombien (Archives/courtoisie/Espectador)
L’ELN (Ejército de liberaciòn nacional) est le deuxième groupe rebelle en importance impliqué dans le conflit armé colombien (Archives/courtoisie/Espectador)

La Colombie a repoussé le lancement du dialogue de paix prévu jeudi à Quito avec l’Armée de libération nationale (ELN), pour mettre fin à plus d’un demi-siècle de conflit armé, jusqu’à la libération d’un otage retenu par cette guérilla.

« J’ai donné des instructions à l’équipe des négociateurs avec l’ELN de suspendre leur voyage à Quito », a déclaré le président Juan Manuel Santos à Bogota. Il a ajouté qu’un dialogue formel « avec ce groupe reste retardé jusqu’à ce que soit libéré sain et sauf Odin Sanchez », ex-député qui s’est livré en avril à la guérilla en échange de son frère malade, enlevé près de trois ans auparavant.

Les pourparlers devaient être lancés ce jeudi à la Capilla del Hombre, un musée de Quito. Mais l’ELN n’a pas rempli son engagement de libérer préalablement cet otage, retenu dans le Choco, département de la côte Pacifique très affecté par la guerre et difficile d’accès.

Le chef des négociateurs du gouvernement, Juan Camilo Restrepo, a toutefois indiqué ensuite avoir été informé par « le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) que l’opération de libération (d’Odin Sanchez) a commencé ».

L’ELN a protesté contre la suspension du lancement du dialogue, ajoutant dans un tweet signé de son chef négociateur, le commandant Pablo Beltran, qu’elle était « en train d’essayer de (le) reprogrammer dans les prochains jours ».

Ces pourparlers vont ouvrir un second front pour M. Santos dans son engagement à tourner la page d’une guerre fratricide, qui a fait des centaines de milliers de morts et disparus depuis les années 60.

A l’origine, ils devaient suivre la signature d’un accord historique avec les Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc), première guérilla du pays. Mais, à la surprise générale, ce pacte a été rejeté par référendum le 2 octobre.

Le tout nouveau prix Nobel de la Paix et ses équipes se retrouvent contraints de reprendre les discussions avec les Farc à Cuba, et de mener aussi avec l’ELN des négociations délocalisées en Equateur, l’un des pays garants de ce dialogue.

« De la même façon qu’avec les Farc au début (…) ce qui fait encore défaut dans le processus avec l’ELN, c’est un manque de confiance entre les deux délégations », a précisé à l’AFP Frédéric Massé, expert en conflits armés de l’université Externado de Bogota.

Le thème des séquestrés de l’ELN, dont le nombre exact n’est pas connu, gelait depuis mars ces pourparlers officiels, précédés de plus de deux ans et demi de tractations secrètes.

Puis, depuis le Venezuela, autre garant avec le Brésil, le Chili, Cuba et la Norvège, les parties avaient indiqué le 10 octobre que le dialogue serait lancé le 27 et que les discussions formelles se tiendraient à partir du 3 novembre, en 22 sessions. La première sur 45 jours est aussi prévue en Equateur.

Elles avaient alors convenu de tout faire « pour créer un environnement favorable à la paix », l’ELN s’engageant à libérer ses otages « à commencer par deux cas avant le 27 octobre ».

Cette guérilla, qui compte 1.500 combattants, est apparue en 1964, peu après les Farc, fortes de 5.765 effectifs armés. Si son aînée est marxiste et réclame une réforme agraire, l’ELN s’inspire de la révolution cubaine ainsi que du courant catholique de la théologie de la libération, et privilégie le contrôle des ressources du pays.

Mais la moindre puissance de l’ELN, qui se finance par des enlèvements contre rançons, outre la drogue et les mines clandestines, n’est pas synonyme de négociations plus aisées. Quatre précédentes tentatives ont échoué depuis les années 80.

Le complexe conflit armé colombien a impliqué au fil des décennies d’autres guérillas d’extrême gauche et des milices paramilitaires d’extrême droite, depuis démobilisées, ainsi que les forces armées, faisant plus de 260.000 morts, 45.000 disparus et 6,9 millions de déplacés.

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