Colombie: l’ELN et le gouvernement vont négocier pour la paix

0
L'ELN (Ejército de liberaciòn nacional) est le deuxième groupe rebelle en importance impliqué dans le conflit armé colombien (Archives/courtoisie/Espectador)
L’ELN (Ejército de liberaciòn nacional) est le deuxième groupe rebelle en importance impliqué dans le conflit armé colombien (Archives/courtoisie/Espectador)

Le gouvernement de Colombie et la guérilla de l’ELN ont annoncé lundi qu’elles entameraient le 27 octobre des négociations de paix pour tenter de mettre fin au conflit armé déchirant le pays depuis un demi-siècle.

« Les délégations du gouvernement et l’ELN (Armée de libération nationale, ndlr) avons décidé d’installer le 27 octobre à Quito la table publique des conversations », selon un communiqué lu par les deux parties au siège du ministère vénézuélien des Affaires étrangères, à Caracas.

A Bogota, le président colombien Juan Manuel Santos a aussitôt réagi en affirmant qu’avec l’ELN « ce sera une paix complète ».

A partir de cette date, les deux camps s’engagent à tout faire « pour créer un environnement favorable à la paix », une nouvelle encourageante huit jours après le camouflet de l’échec surprise du référendum sur l’accord de paix négocié avec la principale guérilla du pays, les Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc, marxistes).

Dès la matinée, l’ELN, seconde guérilla du pays, avait donné des motifs d’espoir avec l’annonce de sources officielles qu’une « annonce importante » allait venir dans les prochaines heures.

Des sources proches des deux parties avaient alors précisé à l’AFP que cette annonce, programmée à Caracas, serait « en relation avec une avancée dans les dialogues de paix avec l’ELN ».

L’optimisme avait gagné du terrain au fil de la journée, avec la libération d’un otage civil, remis au CICR (Comité international de la Croix-Rouge) dans le département d’Arauca, à la frontière du Venezuela, selon l’organisme humanitaire.

Selon l’église catholique, il s’agit de Nelson Alarcon, enlevé il y a trois mois.

C’est le troisième otage, sur les quatre qu’elle détenait d’après des estimations officielles, que l’ELN relâche en deux semaines.

La guérilla inspirée de la révolution cubaine, qui compte encore 1.500 combattants contre environ 5.765 pour les Farc, avait entamé dès janvier 2014 des conversations secrètes avec les autorités colombiennes, peut-être encouragées par le dialogue mené publiquement à La Havane entre les Farc et le gouvernement, depuis novembre 2012.

Fin mars, la guérilla et le gouvernement avaient annoncé l’ouverture d’un dialogue public. Mais celui-ci avait ensuite été retardé par le refus de l’ELN de libérer tous ses otages, condition posée par le président colombien Juan Manuel Santos.

Ce refus semble désormais levé: dans le texte lu lundi à Caracas, l’ELN s’engage à « initier le processus de libération des otages avant le 27 octobre ».

« Deux cas » sont évoqués, sans plus de précision, alors que selon des sources officielles, la guérilla retiendrait encore au moins un otage: l’ancien député Odin Sanchez, qui s’était lui-même rendu à l’ELN en avril en échange de son frère malade.

Sans même attendre la confirmation officielle lundi soir, le commandant en chef de la guérilla marxiste des Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc), Rodrigo Londono, plus connu sous ses noms de guerre Timoleon Jimenez ou Timochenko, avait exprimé dans la journée son soutien à ce processus.

« #DelegaciónELNPaz (Délégation de paix de l’ELN) compte avec notre soutien militant et solidaire. Beaucoup de succès dans ce processus qu’ils entament aujourd’hui », a-t-il tweeté.

Peu avant, le chef négociateur des Farc, Ivan Marquez, avait félicité les deux parties également sur Twitter: « Très bonne nouvelle pour le pays, l’accord entre l’ELN et le gouvernement pour commencer le dialogue ».

L’accord signé entre le gouvernement colombien et les Farc, nées en 1964 peu avant l’ELN et comme elle d’une insurrection paysanne, est en suspens depuis son rejet le 2 octobre par référendum.

La Colombie est déchirée depuis plus d’un demi-siècle par un conflit armé complexe qui, au fil des décennies, a impliqué plusieurs guérillas d’extrême gauche, des milice paramilitaires d’extrême droite et les forces armées, faisant plus de 260.000 morts, 45.000 disparus et 6,9 millions de déplacés.

Les commentaires sont fermés.