Irak: les milliers de combattants gagnent du terrain vers Mossoul

0
La coalition contre le groupe État islamique a reconnu avoir très probablement tué par erreur des combattants sunnites alliés des forces gouvernementales irakiennes, dans un bombardement mercredi près de Mossoul (nord). (AFP/Archives/AHMAD AL-RUBAYE)
Irak: les milliers de combattants gagnent du terrain vers Mossoul (AFP/Archives/AHMAD AL-RUBAYE)

Les dizaines de milliers de combattants irakiens mobilisés pour reprendre Mossoul au groupe État islamique (EI) gagnaient du terrain mardi au deuxième jour de cette offensive d’une ampleur sans précédent, qui fait craindre un exode de civils.

Avançant en convois de véhicules blindés à travers les plaines arides entourant la deuxième ville d’Irak et appuyées par des bombardements aériens de la coalition internationale antidjihadistes menée par les Etats-Unis, les forces irakiennes ont pénétré dans des villages où l’EI tente de résister, a constaté un journaliste de l’AFP.

De grandes colonnes de fumée s’élèvent dans le ciel depuis des puits de pétrole en feu, près de la base arrière des forces irakiennes à Qayyarah, à environ 70 km au sud de Mossoul. Le ciel est plombé de gris sur des kilomètres.

Un soldat irakien posté à un des nombreux check-points a expliqué que les djihadistes avaient mis le feu aux puits de pétrole pour tenter d’empêcher la coalition de mener des raids aériens et de leur reprendre Qayyarah. Mais la ville est tombée aux mains des forces irakiennes le 25 août et les incendies n’ont cessé depuis.

Les forces loyales au gouvernement de Bagdad avancent depuis Qayyarah, ainsi que depuis Khazir à l’est, vers Mossoul, dernier grand bastion de l’EI en Irak

« De nombreux villages ont été libérés », a indiqué à l’AFP Sabah al-Numan, le porte-parole des services de contre-terrorisme irakien, une des unités d’élite mobilisées.

Irak : la bataille de Mossoul

« Nous avons atteint nos premiers objectifs et même davantage mais nous restons prudents et nous nous en tenons au plan », a-t-il ajouté.

« Nos forces utilisent une large palette de moyens à leur disposition contre les terroristes et nous avons encore plus de surprises pour eux quand nous atteindrons la ville même », s’est targué ce porte-parole.

Avant d’atteindre les abords directs de Mossoul où seraient retranchés entre 3.000 et 4.500 djihadistes lourdement armés, les forces irakiennes doivent traverser des territoires contrôlés par l’EI autour de la cité.

‘Comme prévu’

L’opération a bien commencé et le « premier jour s’est déroulé comme prévu », a estimé de son côté le Pentagone.

Cinquante-deux cibles ont été détruites par les avions de la coalition au premier jour de l’ offensive, selon un bilan donnée par celle-ci.

Située dans le nord de l’Irak et peuplée majoritairement de musulmans sunnites, Mossoul était tombée aux mains de l’EI en juin 2014 et le leader de l’EI, Abou Bakr al-Baghdadi, avait alors proclamé un « califat » sur les territoires conquis de manière éclair par les djihadistes en Irak et en Syrie.

La bataille de Mossoul, qui pourrait durer des semaines et promet d’être particulièrement âpre, fait craindre un exode massif de population.

Quelque 1,5 million de personnes vivent encore à Mossoul et pourraient se retrouver piégées par les violents combats ou être utilisées comme boucliers humains par les djihadistes comme ils l’ont fait dans d’autres villes qu’ils ont récemment perdues en Irak ces derniers mois.

Plusieurs organisations humanitaires ont réclamé l’instauration de couloirs sécurisés pour que les civils puissent fuir les combats, d’autant que la ville pourrait être soumise à un siège par les forces irakiennes.

La coordinatrice humanitaire de l’ONU pour l’Irak, Lise Grande, a déclaré que les gens n’étaient pour l’instant pas très nombreux à fuir Mossoul mais a fait état de possibles « importants mouvements de populations (…) d’ici cinq à six jours ».

‘Préparer des refuges’

Environ 200.000 personnes pourraient être déplacées « dans les deux premières semaines », un chiffre susceptible d’augmenter de façon significative au fur et à mesure de l’avancée de l’offensive, selon l’ONU.

« Les agences humanitaires se concentrent pour préparer des refuges dans trois régions prioritaires au sud de Mossoul où seront hébergés les premiers déplacés », a indiqué l’ONU.

Pour l’instant, les camps existants ne peuvent accueillir que quelques dizaines de milliers de déplacés alors qu’ils pourraient être des centaines de milliers.

Amnesty International a par ailleurs appelé mardi Bagdad à s’assurer que les forces de sécurité irakiennes et les nombreuses milices paramilitaires ne commettent pas d’abus sur les civils.

Selon l’ONG, les forces de sécurité et les milices ont détenu arbitrairement, torturé et exécuté des « milliers » de civils fuyant les zones tenues par l’EI dans le passé.

La perte de Mossoul serait un revers très douloureux pour l’EI qui y avait proclamé un « califat » sur les territoires conquis de manière éclair en Irak et en Syrie.

Le groupe a perdu beaucoup de terrain ces derniers mois dans les deux pays mais continue notamment de contrôler Raqa, dans le nord de la Syrie, et de mener des attaques suicides.

Une perte de Mossoul pourrait aussi conduire à un afflux vers l’Europe de combattants djihadistes « prêts à en découdre », a mis en garde mardi le commissaire européen pour la sécurité, Julian King, dans un entretien au quotidien allemand Die Welt.

La France et l’Irak organisent jeudi à Paris une réunion ministérielle avec une vingtaine de pays pour « préparer l’avenir politique de Mossoul » après l’offensive de la coalition internationale pour chasser les djihadistes de la deuxième ville irakienne, a annoncé mardi le chef de la diplomatie française.

Cette réunion se tiendra quelques jours avant une rencontre, également à Paris, des principaux ministres de la Défense de la coalition internationale engagée contre le groupe État islamique afin de faire le point sur la bataille de Mossoul.

« Il faut anticiper, préparer +le jour d’après+, et la stabilisation de Mossoul après la bataille militaire », a déclaré Jean-Marc Ayrault lors d’une rencontre avec la presse diplomatique, précisant que l’Iran, pays pourtant très influent dans le conflit irakien, n’avait pas été convié.

Au total, une vingtaine de pays dont les Etats-Unis, la Turquie, les pays du Golfe et les Européens ont été invités pour cette réunion co-présidée par M. Ayrault et son homologue irakien Ibrahim Jaafari, qui sera ouverte par le président français François Hollande.

« Il faut gagner la guerre mais aussi examiner tout ce qui peut permettre de gagner la paix. Que se passe-t-il après ? Il faut mettre une administration en place, préparer la stabilisation », a insisté le ministre français, dont le pays participe à la coalition internationale anti Etat islamique.

« Il y a trois priorités à l’heure actuelle: protéger les populations civiles à Mossoul et dans les villages avoisinants, fournir de l’assistance humanitaire, et les autorités irakiennes doivent élaborer un plan de stabilisation pour Mossoul et sa région », a-t-il énuméré.

M. Ayrault s’est également inquiété des djihadistes de l’État islamique qui, chassés par l’offensive en cours, « peuvent partir vers la Syrie ».

« Plus que jamais, la question de Raqa est posée », a-t-il souligné, alors que les Américains n’ont jamais fait mystère de leur priorité irakienne et considèrent Raqa, fief des djihadistes en Syrie, comme un objectif secondaire.

« La coalition est face à ses responsabilités. La suite (de Mossoul), c’est Raqa, et faire l’impasse serait une faute grave », a martelé M. Ayrault. Nombre de ressortissants français ont rejoint les rangs de l’EI à Raqa depuis la prise de cette ville par les djihadistes en 2014.

« Si on veut lutter efficacement contre le terrorisme, Raqa est une question essentielle », a-t-il poursuivi, tout en reconnaissant que préparer une offensive contre la ville syrienne « demanderait du temps et de la volonté politique ».

« Il y a une prise de conscience des autorités américaines », a-t-il assuré.

Les forces irakiennes, soutenues par les 60 pays de la coalition internationale contre l’EI, ont commencé lundi leur offensive pour reprendre Mossoul, dernier grand fief du groupe djihadiste dans le pays.

Cette bataille, qui pourrait durer « plusieurs semaines, peut-être des mois » selon le ministre français de la Défense Jean-Yves Le Drian, fait craindre un désastre humanitaire pour les quelque 1,5 million d’habitants vivant encore dans la deuxième ville du pays, dans le nord. L’ONU dit notamment redouter un déplacement massif de la population d’ici une semaine.

Les commentaires sont fermés.