La Colombie dit «Oui» ou «Non» au référendum sur la paix avec les Farc

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Des étudiants participent à un rassemblement en faveur du "oui" au référendum à Bogota, le 30 septembre 2016. (AFP/GUILLERMO LEGARIA)
Des étudiants participent à un rassemblement en faveur du « oui » au référendum à Bogota, le 30 septembre 2016. (AFP/GUILLERMO LEGARIA)

Les Colombiens votent dimanche sur la paix avec la guérilla des Farc, lors d’un référendum dont l’issue conditionne l’entrée en vigueur de cet accord inédit qui vise à clore le chapitre sanglant d’un conflit fratricide de plus d’un demi-siècle.

« La paix est le chemin pour que nos enfants, nos petits-enfants aient un pays meilleur », a déclaré le président Juan Manuel Santos, qui votait à Bogota.

Près de 34,9 millions d’électeurs sont appelés à répondre par « Oui » ou par « Non » à la question: « Soutenez-vous l’accord final d’achèvement du conflit et de construction d’une paix stable et durable? », titre d’un document de 297 pages issu de près de quatre années de pourparlers.

« Il manque 00 jours, 00 heures, 00 minutes, 00 secondes pour que la Colombie décide », affichait dimanche matin le compte à rebours intégré sur le site web de la présidence, alors que le scrutin s’est ouvert à 08H00 (13H00 GMT) en Colombie sous de fortes pluies, conséquence du passage la veille de l’ouragan Matthew sur les Caraïbes.

L’accord avec les Farc vise à mettre fin à la plus ancienne confrontation armée des Amériques qui, au fil des décennies, a impliqué diverses guérillas d’extrême gauche, des milices paramilitaires d’extrême droite et les forces de l’ordre, faisant plus de 260.000 morts, 45.000 disparus et 6,9 millions de déplacés.

Le référendum, non obligatoire, a été voulu par M. Santos afin de donner la « plus large légitimité » possible à l’accord qu’il a signé le 26 septembre avec le chef des Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc, marxistes), Rodrigo Londoño, plus connu sous ses noms de guerre Timoleon Jiménez ou Timochenko.

‘Paix durable’

« Le seing de légitimité et d’approbation du peuple colombien est nécessaire pour que la paix soit stable et durable », a réaffirmé samedi le chef de l’Etat, en installant la Mission d’observation électorale, composée de près de 200 personnes de 25 pays.

Au total 240.000 policiers et militaires ont été déployés pour ce scrutin, dans près de 82.000 bureaux de vote ouverts jusqu’à 16H00 (21H00 GMT). Des Colombiens vivant à l’étranger se sont déjà rendus aux urnes installées dans les consulats, selon le ministère des Affaires étrangères qui twittait des photos de Tokyo à Madrid. Les résultats sont attendus en fin de journée.

Si la paix est votée, les Farc, nées en 1964 d’une insurrection paysanne et qui comptent encore 5.765 combattants, se convertiront en parti politique après avoir déposé les armes sous supervision de l’ONU, qui a vérifié la destruction samedi de 620 kg d’explosifs par la guérilla.

Pour l’emporter, le « Oui » doit recueillir au moins 4,4 millions de voix (13% de l’électorat) et le « Non » un score plus faible. Les derniers sondages, réalisés avant la signature de l’accord, donnent un large avantage au « Oui ». Selon l’institut Datexco, 55% des personnes interrogées se disent prêtent à voter pour et 36,6% contre. Une autre enquête, de l’institut Ipsos Napoleon Franco, donne 66% au « Oui » et 34% au « Non ».

La fin d’un demi-siècle de conflit armé avec les Farc, principale guérilla de Colombie, est suspendue à l’issue du référendum organisé dimanche sur l’accord de paix signé le 26 septembre.

Cet accord encadre le désarmement des 5.765 combattants des Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc, marxistes) et la transformation de la rébellion en mouvement politique légal.

Au fil des décennies, le conflit armé a impliqué guérillas d’extrême gauche, milices paramilitaires d’extrême droite et forces de l’ordre, faisant plus de 260.000 morts, 45.000 disparus et 6,9 millions de déplacés.

Conclu au bout de presque quatre ans de pourparlers, sous l’égide de Cuba et de la Norvège, pays garants, ainsi que du Venezuela et du Chili, accompagnateurs, l’accord de paix comprend six volets:

Le 29 août est entré en vigueur un cessez-le-feu bilatéral et définitif, vérifié par un mécanisme tripartite comprenant le gouvernement du président Juan Manuel Santos, les Farc et les Nations unies.

La fin des affrontements inclut le désarmement des guérilleros sous supervision d’une mission de l’ONU, des garanties de sécurité pour les démobilisés et l’engagement des autorités à combattre les gangs issus des milices paramilitaires, qui pourraient prendre le contrôle des bastions des Farc.

Rassemblés dans des zones de concentration, les guérilleros devront en sortir sans armes dans les 180 jours suivant la signature de l’accord.

L’accord prévoit une réparation morale ainsi que matérielle des victimes, et de sanctionner les responsables de crimes graves.

Des tribunaux spéciaux, composés de 48 magistrats, dont 10 étrangers, vont être créés pour juger les guérilleros, les agents de l’Etat et les particuliers impliqués dans des exactions telles qu’enlèvements, viols, déplacements forcés ou recrutement de mineurs.

Ceux qui avoueront pourront bénéficier de peines alternatives. Sinon, ils s’exposeront à des condamnations de huit à vingt ans de prison. La plupart des guérilleros devraient être amnistiés.

A partir des années 1980, le trafic de drogue a alimenté et aggravé le conflit. Les Farc ont convenu de mettre fin aux cultures illicites dans leurs zones d’influence, notamment de coca, composant de base de la cocaïne.

Les autorités vont maintenir leur lutte contre le narcotrafic, mais doivent proposer des sources alternatives de revenus aux paysans et un programme de santé publique.

Dans un premier temps, le gouvernement doit octroyer aux Farc un minimum de cinq sièges à la Chambre des députés et cinq sièges au Sénat, pour deux mandats de quatre ans. Les ex-guérilleros pourront en emporter davantage, dès les prochaines élections en 2018. Des circonscriptions spéciales seront établies dans les zones les plus touchées par le conflit.

Les candidats du futur parti des Farc bénéficieront de garanties de sécurité pour éviter la répétition des épisodes sanglants de la fin des années 1980 lorsqu’ont été assassinés quelque 3.000 militants de l’Union patriotique (UP), leur vitrine politique issue d’une précédente tentative de paix.

La défense des paysans pauvres, ainsi que des victimes de la violence des forces de l’ordre, est à la racine de la naissance des Farc en 1964.

L’accord prévoit une réforme agraire pour la répartition des terres, l’accès au crédit et l’installation de services basiques en zones de conflit. Des millions de dollars d’investissements vont être nécessaires sur le long terme.

L’accord final, qui compte 297 pages, doit être approuvé par référendum afin d’entrer en vigueur. Ce mécanisme, non obligatoire, a été voulu par M. Santos pour donner une plus grande légitimité à la paix. Si le « Non » l’emporte, il n’y aura pas de nouvelles négociations, ont averti le gouvernement et les Farc.

Pas de renégociation

« Le référendum n’était pas nécessaire. La seconde élection de Santos était déjà un plébiscite pour la paix » en 2014, a déclaré à l’AFP Ariel Avila, expert de la fondation Paix et Réconciliation. Selon lui, le chef de l’Etat centriste y a aussi recours pour « donner la dernière estocade à l’uribisme », courant de l’ex-président de droite et actuel sénateur Alvaro Uribe (2002-2010).

Le patron du Centre démocratique mène une féroce campagne pour le « Non ». Il est allé jusqu’à intégrer une chaîne humaine contre l’accord de paix, le jour même de sa signature à Carthagène des Indes (nord).

Les opposants dénoncent un « laxisme » des sanctions prévues contre les auteurs des crimes les plus graves, qui seront jugés par un tribunal spécial et pourront bénéficier de peines alternatives à la prison s’ils disent la vérité. Ils rejettent aussi la participation des ex-Farc à la vie politique, craignant un basculement vers un « castro-chavisme » inspiré des régimes cubain et vénézuélien.

Le gouvernement comme les Farc a écarté toute renégociation. Lors d’un entretien à l’AFP, M. Santos a averti que si le « Non » l’emporte, les guérilleros « retournent dans la jungle ».

La campagne pour le « Oui » a donné lieu à de multiples initiatives, le chef des négociateurs avec les Farc, Humberto de La Calle, sillonnant même le pays pour expliquer l’accord visant à « ne plus nous entretuer pour des idées ».

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