Les forces spéciales irakiennes rejoignent la bataille pour Mossoul

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Les forces du contre-terrorisme irakiennes se dirigent le 28 mai 2016 vers al-Sejar près de Falloujah. (AFP/AHMAD AL-RUBAYE)
Les forces du contre-terrorisme irakiennes ont été entraînées par les États-Unis. (Archives/AFP/AHMAD AL-RUBAYE)

Le Washington Post annonce ce matin que les forces d’élite anti-terroriste irakiennes rejoignent la bataille de Mossoul, pendant que les troupes de l’armée irakienne et les forces kurdes mènent l’attaque sur différents fronts contre les positions de l’État-Islamique (EI) en dehors de la ville.
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Mise à jour au 20/10/2016 à 13h52

Les forces d’élites du contre terrorisme (CTS) ont repris jeudi la ville chrétienne de Bartalla, contrôlée par l’EI depuis sa vaste offensive en 2014 et qui avait été cette semaine le théâtre d’une résistance acharnée des djihadistes.

« Les habitants (de Bartalla), ses églises et toutes ses infrastructures sont désormais sous le contrôle des CTS », a annoncé à la télévision un commandant de ces forces d’élite présent sur le terrain.

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Cette force spéciale, qui a reçu son entraînement des États-Unis, a assiégé la ville de Bartala, situé à environ 10 km de Mossoul. Une demie-douzaine de Humvees étaient prêts à l’attaque, pendant que les forces irakiennes bombardaient la ville avec de l’artillerie.

Les États-Unis ont entraîné l’armée irakienne ainsi que les forces kurdes séparément et continuent d’apporter un soutien militaire en terme d’équipement, d’armement, et de support financier aux forces peshmergas.

Le porte parole au Pentagone, le major Adrian Rankine-Galloway, a précisé à 45e Nord que depuis le début de l’opération Inherent Resolve, menée par les États-Unis en Irak et en Syrie, l’armée américaine a entraîné « 25.000 soldats irakiens, 12.000 soldats peshmergas, 8.500 forces spéciales anti-terroristes, et 5.800 soldats de la sécurité aux frontières et la police fédérale. » Ces forces ont depuis été utilisées pour l’offensive sur de nombreuses villes irakiennes, comme à Karbala et à Ramadi, et maintenant sur Mossoul.

Ces deux derniers jours, les forces peshmergas et irakiennes ont capturé une série de villages dans le sud et l’est de Mossoul, dernière ville stratégique contrôlée par l’EI depuis 2014, et sont maintenant à une vingtaine de kilomètres de Mossoul.

Néanmoins, la perte de Mossoul par l’État-Islamique aurait un coût élevé pour le califat auto-proclamé en Irak. Même si ils sont dépassés en nombre, leur résistance est intense et agressive. L’EI a répondu à l’attaque en effectuant des actes terroristes (voitures piégées, attaques à la bombe) et des attaques au mortier.

Le premier ministre irakien Haider Al-Abadi a annoncé aux diplomates occidentaux que les forces irakiennes et kurdes avançaient plus “rapidement que prévu” sur Mossoul, et a souligné les bienfaits de la coopération qui se déroule entre ses forces.

Pourtant, les efforts pour reprendre Mossoul aux militants de l’EI sont quelque peu compliqués par les inquiétudes concernant la sécurité de plus d’un million de civils. Il y a aussi eu des querelles entre les forces hétéroclites d’Irak pour savoir qui participerait à l’offensive.

L’offensive lancée par les forces irakiennes et la coalition contre le groupe État islamique retranché dans Mossoul, s’annonce comme une bataille très complexe à mener pour les forces irakiennes, qui pourrait durer des semaines, voire des mois.

Voici quelques uns des paramètres qui détermineront la durée des combats.

L’EI veut elle défendre la ville que coûte que coûte ?

Tous les scénarios sont possibles, entre une volonté Djihadiste de résister jusqu’à l’épuisement des forces irakiennes, jusqu’à un retrait tactique relativement rapide permettant de préserver les forces vives combattantes des djihadistes.

Un scénario intermédiaire est que l’EI retire une bonne partie de ses cadres expérimentés (les anciens militaires irakiens par exemple) et ses combattants locaux, pour laisser les Djihadistes étrangers mener leur ultime combat, occasionnant le maximum de dégâts.

La valeur militaire de ces combattants étrangers n’est pas forcément très importante. « S’ils ne sont pas commandés, il font n’importe quoi », affirme un militaire bon connaisseur du dossier. « Je ne vois pas pourquoi ils défendraient jusqu’au bout une terre qui leur est étrangère ».

Mais avant d’être éliminés, ils peuvent provoquer des opérations suicides destructrices et meurtrières.

Fin 2015, l’offensive pour reprendre Ramadi a duré des mois, et la ville a été largement détruite par les bombardements de la coalition et les combats. Fallouja, bastion sunnite siège de combats meurtriers entre forces américaines et insurgés pendant la décennie précédente, est tombée mi-2016 avec beaucoup de moins de résistance qu’attendue. Dans d’autres cas, comme à Dabiq (Syrie) la semaine dernière, l’EI a clairement fait le choix de se retirer sans combattre.

Quels sont les atouts de l’EI ?

L’EI a eu 2 ans pour préparer la défense de la ville où elle a proclamé en 2014 son « califat ». Snipers, tunnels, talus, mines ou redoutables pièges explosifs, tas de pneu prêts à être enflammés pour obscurcir le ciel et aveugler les moyens aériens de la coalition, tout l’arsenal de la guérilla urbaine est prêt à être utilisé.

« On peut penser que toutes les routes menant à Mossoul sont parsemées d’engins explosifs improvisés » (IED), ces mines artisanales si meurtrières pour les troupes américaines pendant la guerre d’Irak, souligne un militaire de la coalition.

D’une manière générale, la guerre en terrain urbain, au milieu de la population civile, efface une partie de l’avantage technologique militaire des forces irakiennes et de leurs alliés de la coalition.

Les snipers et les pièges explosifs peuvent être meurtriers pour les forces irakiennes, dont la solidité et la cohérence seront mises à l’épreuve si les pertes s’accumulent.

« Le combat urbain est le combat plus sanglant pour l’assaillant, et le plus déséquilibré en termes de pertes », explique un militaire occidental.

Le risque de dégâts collatéraux sur la population civile rend plus difficile les bombardements aériens. La population peut être utilisée comme boucliers humains par des Djihadistes cherchant à provoquer une spirale sanglante déconsidérant le gouvernement irakien et la coalition aux yeux des sunnites.

L’EI dispose de munitions chimiques très rudimentaires, mais leur effet pour l’instant a été plus psychologique que réellement militaire.

Quels sont les atouts des forces irakiennes et de la coalition ?

Elles ont d’abord la force du nombre: au moins 30.000 hommes engagés dans la bataille, contre 3.500 à 5.000 jihadistes, selon les dernières estimations de la coalition.

Toutes les forces gouvernementales irakiennes participant à l’opération ont toutes été entrainées et ré-équipées par la coalition.

Leur entraînement a tenu compte des leçons tirées des premières reconquêtes urbaines sur l’EI, comme celles de Ramadi ou Fallouja. Les CTS, les forces spéciales anti-terroristes irakiennes, ont fait la preuve de leur efficacité lors des reconquêtes précédentes.

Les forces irakiennes bénéficient des capacités de frappes aériennes de précision de la coalition, et de ses capacités aériens et satellitaires de renseignement.

Il est possible que certains habitants de Mossoul cherchent à aider les forces irakiennes. Selon le Pentagone, des habitants de village libérés près de Mossoul ont renseigné les forces irakiennes sur les endroits ou se trouvaient les jihadistes.

Quels est le rôle des soldats de la coalition ?

Outre les frappes aériennes, la coalition apporte un renfort précieux en terme de coordination des mouvements des troupes sur le terrain et de logistique. Les conseillers militaires de la coalition, disséminés dans les états-majors et QG irakiens, « aideront à synchroniser les multiples unités impliquées dans l’offensive, pour obtenir cohérence et unité d’effort », souligne Jim Dubik, ancien général et professeur à l’université de Georgetown.

Offensive sur Mossoul

Les Américains ont également une centaine de conseillers militaires qui sont à proximité immédiate de la ligne de front, notamment pour aider les Irakiens à diriger les frappes aériennes de la coalition. Mais le Pentagone s’est refusé à dire s’ils entreraient dans la ville.

Les Américains sont par ailleurs prêts à utiliser si nécessaires plusieurs hélicoptères d’attaque Apache, et des lances-roquettes de précision et mobiles Himars. Les Français ont déployé leur canons Caesar.

Les cyber-soldats du Pentagone sont présents pour espionner et perturber les réseaux des djihadistes.

En effet, les forces opposant l’EI se composent non seulement de soldats de l’armée irakienne, mais aussi de forces tribales sunnites, de milices chiites, et de forces kurdes provenant de la région semi-autonome au nord de l’Irak, qui est souvent en désaccord avec le gouvernement irakien.

Des dizaines de milliers de soldats participent à cette opération très complexe, qui reçoit l’appui de la force aérienne américaine. D’après major Adrian Rankine-Galloway, depuis le début de l’opération en Irak, les États-Unis ont utilisé des « bombardiers B-52, des avions de chasse F-15 et F-16 ainsi que les nouveaux drones de combat A-10  pour l’appui aérien rapproché. » Les forces de sécurité irakiennes relayent les informations nécessaires aux forces américaines afin de localiser les frappes.

La ville capturée en 2014 est entourée d’un réseau de villages qui sont défendus et piégés par les membres de l’EI. Cette situation est supposée empirer au fur et à mesure que les troupes avanceront vers Mossoul.

Les troupes anti-terroristes irakiennes sont très efficaces au sein de l’armée, et ont déjà effectué les assauts réussit sur Ramadi et Fallujah cette année.


Les Forces spéciales irakiennes (ISOF) assiégeant Bartala. (Twiteer/@Defense_Iraq)

Pendant ce temps, les forces kurdes attaquent des positions djihadistes près de Mossoul

Pendant ce temps, des combattants kurdes ont lancé l’assaut sur plusieurs villages tenus par le groupe État islamique (EI) autour de Mossoul, au quatrième jour de la vaste offensive des forces irakiennes et de la coalition internationale pour reprendre la deuxième ville d’Irak aux djihadistes.

Lors d’une réunion internationale à Paris consacrée à Mossoul, le Premier ministre irakien Haider Al-Abadi a assuré par vidéoconférence depuis Bagdad que les forces irakiennes progressaient « plus vite que prévu » vers Mossoul.

Cette réunion, coprésidée par la France et l’Irak, visait à préparer l’avenir politique de la ville où 1,5 million de personnes sont prises au piège, faisant craindre une crise humanitaire de grande ampleur et un exode massif des civils.

Le principal objectif de la dernière avancée kurde est la ville de Bachiqa, au nord-est de Mossoul. Les forces irakiennes, appuyées par les frappes aériennes de la coalition internationale sous commandement américain, mènent également des assauts vers la ville depuis l’est et le sud.

« Il s’agit de nettoyer un certain nombre de villages aux alentours et de sécuriser le contrôle de zones stratégiques pour restreindre les mouvements de l’EI », a indiqué un communiqué des peshmergas kurdes.

Vers 06H00 (03H00 GMT), des pelleteuses ont ouvert la voie aux véhicules blindés vers Bachiqa, a constaté un journaliste de l’AFP. Alors qu’une colonne de combattants se formait, un drone a fait son apparition, aussitôt abattu dans un grand fracas par les combattants kurdes.


Intenses combats entre les peshmergas et les djihadistes à Bachiqa, au nord-est de Mossoul. (Rudaw)

Drones de l’EI

Selon le journaliste, qui a pu voir l’un des drones neutralisés par les peshmergas, il s’agissait d’un appareil similaire à celui ayant tué deux combattants kurdes et blessés deux soldats français il y a une semaine.

« Ces drones appartiennent à l’EI (…) Nous (les) avons donc détruits », a déclaré le général Aziz Weysi, commandant d’une force d’élite des peshmergas. « Ils peuvent assurer (des missions) de repérage et exploser », a-t-il affirmé à l’AFP.

Jeudi, dans sa propagande de terreur habituelle, l’EI a publié une vidéo montrant les corps de deux hommes, présentés comme des combattants kurdes, pendus par les pieds à un pont dans le centre de Mossoul.

Drapeaux blancs

Au sud de Mossoul, les forces irakiennes progressaient vers la vallée du Tigre et rencontraient un certain nombre de civils en fuite. Des dizaines d’hommes, de femmes et d’enfants qui se sont échappés du village de Mdaraj à pied ou en voiture attendaient que la police fouille leurs effets personnels.

« Nous nous sommes faufilés », a raconté l’un d’eux, Abou Hussein, expliquant que les énormes panaches de fumée noire provoqués par l’EI pour se protéger des frappes aériennes les avaient aidés à passer inaperçus.

« Nous tenions des drapeaux blancs et nous sommes dirigés vers » les forces de sécurité irakiennes, a déclaré Abou Hussein.

Selon l’ONU, jusqu’à un million de personnes prises au piège à l’intérieur de Mossoul pourraient être forcées à fuir en raison des combats.

Malgré leur avancée rapide, les forces irakiennes sont encore à plusieurs kilomètres de la ville. Pour l’heure, « les activités militaires se concentrent dans des zones à faible densité de population et nous n’avons pas enregistré de déplacements massifs de civils », a déclaré mercredi le secrétaire général adjoint des Nations unies pour les affaires humanitaires, Stephen O’Brien.

Lors de la réunion de Paris jeudi, le président français François Hollande a mis en garde contre la fuite de jihadistes de Mossoul vers Raqa, en Syrie voisine.

« Nous devons être exemplaires sur le plan de la poursuite des terroristes qui déjà quittent Mossoul pour rejoindre Raqa, (…) nous ne pouvons admettre une évaporation de ceux qui étaient à Mossoul », a-t-il averti.

L’opération d’envergure lancée lundi pour reprendre Mossoul, contrôlée par l’EI depuis juin 2014, s’annonce comme la plus complexe, 3.000 à 4.500 djihadistes étant encore retranchés dans la cité.

*Avec AFP

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