L’armée, reflet jusqu’en 1992 d’une société homophobe, mais les temps ont bien changé

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Même si l'angoisse de certains des vétérans #LGBTQ2 est troublante, admettent les Forces armées canadiennes, aujourd’hui, les Forces accueillent des gens de toutes orientations sexuelles, tiennent à souligner les responsables militaires. (FAC)
Même si l’angoisse de certains des vétérans #LGBTQ2 est troublante, admettent les Forces armées canadiennes, aujourd’hui, les Forces accueillent des gens de toutes orientations sexuelles, tiennent à souligner les responsables militaires. (FAC)

L’armée a été jusqu’en 1992 le reflet grossissant d’une société homophobe, comme elle a été et est encore jusque dans une certaine mesure le reflet d’une société machiste, même si des changements majeurs ont eu lieu depuis et que les temps ont bien changé.

Après l’inconduite sexuelle, voilà que les médias déterrent l’homophobie: les Forces armées canadiennes ont mené une guerre sans merci contre leurs militaires homosexuels jusqu’en 1992 et des centaines de soldats gais ont alors été intimidés, persécutés et congédiés en raison de leur orientation sexuelle, relatait un reportage de la chaîne privé TVA tout récemment.

De 1976 à 1992, un règlement disait que les gais souffrent d’une «déviance sexuelle», comparable à la «bestialité» ou à la «grossière indécence». Les homosexuels devaient être identifiés et congédiés en toute discrétion. Des centaines de victimes de cette politique insensée aurait alors vécu des traitements inhumains.

Il semble aussi que, fidèles à ses habitudes de faire traîner les choses (qu’on pense à l’inconduite sexuelle jusqu’à ce que les médias révèlent l’ampleur du problème ou à la tragique histoire du traitement des jeunes cadets victimes de l’explosion d’une grenade à Valcartier en 1974), les Forces armées n’ont pas offert jusqu’ici aux victimes de la guerre aux homosexuels ni excuses, ni indemnisations.

Ce midi, Nicolas Laffont de 45eNord.ca, dans une entrevue particulièrement éclairante sur cette question sur les ondes d’une radio d’Ottawa, Unique FM, n’a pas manqué de souligner qu’il s’agissait d’un problème de société, tout en admettant que, si l’homophobie n’était pas l’apanage des Forces armées, le milieu militaire était particulièrement « macho ».

Il faut se rappeler que ce n’est qu’au début des années 1960 que l’homosexualité a été décriminalisée au Canada, et qu’en 1995-1996 que la discrimination aux LGBT a été levée.

« Il est très important de se pencher sur la manière dont les Canadiens LGBTQ2 ont été traités, non seulement dans le cas de la Défense nationale, mais aussi dans un contexte pangouvernemental. Plus de mesures sont prises », a déclaré également aujourd’hui à ce propos en réponse à 45eNord.ca le ministre canadien de la Défense, Harjit Sajjan.

Mais attention, « cette question ne touche pas un seul ministère, il s’agit d’une fonction dans notre société qui a mené à cette situation, et nous devons nous assurer qu’il n’y a pas juste un ministère qui l’examine. Cela doit être fait à une échelle plus vaste pour que l’impact ait une plus grande portée », a aussi prévenu le ministre, qui s’engage à ce que son gouvernement examine cette question plus globalement, d’un point de vue plus ‘pangouvernemental’.

Entre 1976 et 1988, la politique des FAC touchant les homosexuels était comprise dans l’Ordonnance administrative des Forces canadiennes (OAFC) 19-20, portant sur l’homosexualité, les enquêtes, les examens médicaux et les dispositions quant à la déviation sexuelle. Elle reflétait la politique du gouvernement à cette époque qui interdisait le recrutement ou la rétention d’homosexuels dans la fonction publique, la GRC et les Forces.

En 1988, les FAC ont publié une politique intérimaire sur l’homosexualité, où les militaires homosexuels étaient libérés selon l’article 5(d), avec leur consentement. Si le militaire en question ne consentait pas à la libération, il restait dans les Forces, avec des restrictions professionnelles.

En 1992, la Section de première instance de la Cour fédérale du Canada a déclaré que les politiques imposant des restrictions sur le service des homosexuels dans les FAC allaient à l’encontre de la Charte. L’OAFC 19-20 et toutes les politiques intérimaires connexes ont donc été immédiatement abolies.

Les militaires homosexuels et les Forces Armées en 2016

Les Forces Armées Canadiennes n’ont pas de politique particulière concernant les militaires homosexuels, hommes et femmes, et ce depuis 1992 lorsque ces politiques ont été abolies, a indiqué aujourd’hui le ministère de la Défense en réponse à 45eNord.ca. « La politique sur l’emploi des FAC indique que chaque militaire capable de contribuer à l’efficacité opérationnelle d’une unité, d’un groupe professionnel militaire ou dans le cadre d’une affectation est à la fois admissible et responsable d’un tel poste sans restriction ».

Plusieurs militaires ouvertement homosexuels servent dans les Forces armées, y compris dans la haute direction, et les membres des Forces armées de tous les grades appuient les défilés de la fierté gaie et y participent.

Cela n’efface pas les erreurs passées, mais il faut reconnaître que les temps ont bien changé

Comme le rappelait fort à propos Nicolas Laffont lors de son entrevue sur les ondes d’Unique FM, la situation a bien changé depuis 1992, au point où, en 2013, un militaire vivant et affichant ouvertement et fièrement son homosexualité, le brigadier-général John Fletcher, avait été nommé aumônier général des Forces armées canadiennes.

Vous verrez aussi le drapeau de la fierté gaie flotter à des bases partout au Canada, déclarent en outre les responsables de la Défense qui réitèrent qu' »il n’y a pas de place dans les Forces armées canadiennes pour les militaires qui ne sont pas en mesure de traiter leurs collègues avec respect et dignité » et qui invitent « tous ceux qui se sentent qu’ils sont la cible de discrimination de dénoncer la situation afin que le problème soit traité ».

Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

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