Le 62e Régiment d’artillerie de campagne de Shawinigan à Valcartier (PHOTOS)

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Le 62e régiment d’artillerie de campagne (62 RAC) a accueilli chaleureusement ses invités, le samedi 29 octobre, lesquels discutaient de bonne heure avec les réservistes autour d’un café. L’objectif de la journée: présenter à plusieurs employeurs de la région le déroulement d’une journée de réserviste lors d’un exercice sur la base Valcartier afin qu’ils soient employés après leurs études, ou même après leur temps en tant que réserviste.

Les employeurs présents viennent de différents domaines, tels que la restauration, l’alimentation, l’imprimerie, l’enseignement… et pour la plupart c’est leur première fois sur la base.

Qu’est ce qu’un réserviste peut apporter à un employeur ?

Le lieutenant-colonel Roux présente les réservistes: “un réserviste”, dit-il, “est aussi appelé un soldat-citoyen” et mène deux vies parallèles, l’une à la base, et l’une en tant qu’étudiant ou travailleur civil.

Au programme de la journée: assister aux activités des artilleurs, comme le le tir au canon 105 mm et le tir au C7 (l’arme des militaires canadiens) en simulation.

“Les réservistes ont quelques activités obligatoires auxquelles ils doivent assister, mais le reste des activités sont basées sur le volontariat,” continue le lt-colonel Roux, “ils sont là parce qu’ils ont envie d’être là.”

Ces réservistes ont terminé leur journée hier soir aux alentours de 2h00 du matin, et se sont levés à 6h pour être prêts à tirer au canon à 9h00. Ils tireront toute la journée jusqu’à 23h00, puis ils recommenceront demain matin. Lundi ils retourneront au travail et à leur vie civile.

Le président du Conseil de Liaison des Forces Canadiennes (CLFC), Jean Fournier, rajoute que cette opportunité est unique car les militaires “nous ouvrent leurs portes, et nous permettent d’avoir un aperçu d’un monde qui est plutôt fermé au public.”

Arrivés à la base de Valcartier, les réservistes attendent le groupe sous la neige et présentent différents domaines du régiment d’artillerie de campagne (RAC). À l’intérieur du bâtiment chauffé, un obusier remorqué de 155mm, le M777 (ou triple 7 pour les intimes) offre une présence imposante dans la salle. En effet le canon de 4,200 kg et à 2.2 millions $ possède un GPS intégré, et une portée de 24 km. Chaque obus de 155 mm, avec GPS intégré, pèse près de 100 livres, et coûte 150.000$.

Les tirs exécutés par les réservistes sont notamment des tirs de neutralisation et de marquage. Le triple 7 à une capacité de 4 coups/minute, un radius mortel de 50 mètres autour de l’impact de l’obus et un radius de 200 mètres désigné comme ‘dangereux’.

Environ dix militaires manoeuvrent cet engin massif qui provient des États-Unis.

Une autre merveille technologique est bien le Raven-B (CU-173), un drone de combat léger qui est utilisé comme support de reconnaissance et de surveillance au delà du champ de vision des militaires.

Il pèse 1.8 kg, coûte 250.000$, et est lancé à la main. Pour être facilement transportable, le CU-173 est démontable, il possède un GPS, un capteur météo, et une caméra haute définition. Il vole entre 500m et 1500m – d’où il offre une bonne vue et n’est pas détectable, car il est fabriqué à partir de fibre de verre et de mousse mémoire.

Il possède une batterie capable de durer 60 minutes, voir 90 minutes avec du vent arrière et se contrôle “comme une gameboy”, selon le pilote Martel-Tremblay, qui se doit d’enregistrer chacun de ses vols.

Dernière pièce présentée, le radar anti-mortiers léger (RAML), qui détecte des objets en vol (même des oiseaux!) entre 65 et 165 mm et jusqu’à 10km autour de lui sur 306 degrés. Cette technologie de 79 kg agit comme un « radar photo » explique l’opérateur du RAML Naravaez-Linares.

Puis c’est parti pour assister au tir au canon. Les réservistes équipent les invités avec des casques et des lunettes de protection, puis les font embarquer dans les camions militaires.

Après cinq minutes le groupe se retrouve en dehors de la zone ‘habitée’ de la base, et les camions s’engagent sur un chemin de terre qui traverse une dense forêt de pins. Les militaires prennent soin de ne pas rouler vite sur les bosses et les trous qui pavent cette route boueuse, mais le camion secoue tout de même et remet les vertèbres en place.

Après vingt minutes l’on se trouve encore dans la forêt, qui s’étend à perte de vue. Au travers de la brume, on peut apercevoir de hautes collines, ainsi que des militaires qui montent des structures et des panneaux qui annoncent la présence d’ours.

Enfin, les camions arrivent sur le site et l’humidité, le froid et la pluie/neige verglaçante se font sentir. Le fait d’être statique n’arrange pas les choses.

A peine le pied posé à terre qu’un bruit assourdissant se répercute dans l’air, et les vibrations se ressentent jusque dans la cavité thoracique. Les invités sursautent, certains rient, d’autres plaisantent, mais une chose est sûre, le son des canons est un bruit qui ne s’oublie pas. Les militaires distribuent vite des bouchons de protection alors que les coups se font de plus en plus fréquents.

Les réservistes présentent alors les canons de 105 mm utilisés pour l’opération, les différentes sortes d’obus, et le matériel d’arpentage dont l’utilisation est très technique.

Les employeurs sont alors divisés en petits groupes pour aller tirer.

Tir au canon 105 mm

Les jeunes réservistes écoutent attentivement les ordres donnés par radio et qui proviennent du poste de commande, situé 50 mètres plus loin, sous l’oeil attentif de trois officiers, dont le lt-colonel Roux.

Un par un, les réservistes invitent les entrepreneurs à tirer. Ils doivent se positionner dos au canon, le regard fixé sur l’un des réservistes, prêts à actionner la « poire » d’un coup sec dès qu’il en donne l’ordre en criant « FEU ».

Vient alors le coup assourdissant, le souffle, la fumée qui s’élève, la toux des invités, et les réservistes, impassibles et professionnels, qui continuent l’opération. On demande alors au participant de tourner la manivelle pour enlever la carcasse de l’obus et c’est reparti. Après quelques coups de canon, on se sent un peu étourdi, par le rush d’adrénaline, par la fumée blanche qui se fait de plus en plus épaisse, et par le froid humide qui saisit jusqu’aux os.

L’un des entrepreneurs présents, Mr. Alain Marchand, déclare que le canon ‘c’est spécial.’ En effet le canon de 105 mm à un souffle à en décoller un casque si l’on en est trop proche. De plus, une épaisse couche de fumée entoure le canon, et tout ceux autour, après que le coup soit tiré.

Selon Mr. Marchand, cette journée permet de “démystifier le monde des militaires – qui reste assez fermé – Le monde externe se fait des idées sur ce monde qu’il ne connait pas, une sorte de snobisme se crée car ont peut croire que les militaires ne sont que des fonctionnaires qui ont toute sortes de privilèges. » Les civils pourrait donc voir les militaires comme de simple fonctionnaires, privilégiés et au service du gouvernement. Or, c’est loin d’être le cas.” Ces militaires, continue Mr. Marchand, « lorsqu’ils passent à l’offensive sur le terrain et s’en vont en guerre, sont confrontés à la mort. C’est un autre monde. »

Francine, une autre participante, a beaucoup apprécié cette journée, qui lui a donné un aperçu des FACS auxquelles elle ne s’attendait pas. “Je ne pensais pas, je n’aurais jamais pensé, que l’armée pouvait être aussi technique.” Les artilleurs ont en effet grand besoin des mathématiques, et effectuent des calculs complexes, auxquels ils ont été formés. Ces formations ont une période de plusieurs semaines voire plusieurs mois pour accéder à une nouvelle fonction au sein du régiment.

Jean Fournier est le président du CLFC pour la province du Québec. Cette organisation civile promeut les forces de réserves auprès des entrepreneurs, elle possède une branche civile et une branche militaire. Cette dernière assure la liaison entre les militaires et les civils.
Mr. Fournier explique que les FACs “peuvent compter sur les réservistes, car eux-même comptent sur le soutien de leurs employeurs.”

Le lieutenant-colonel Pierre Barma, l’officier de liaison provincial et réserviste dans les forces de l’armée de l’air, ajoute qu’un réserviste possède de nombreux avantages pour une entreprise, tels que la “leadership, une forte discipline personnelle, un bon comportement, une éthique de travail, le respect d’autrui, ainsi que les notions de devoir, de loyauté, de ponctualité et une bonne condition physique.”

Enfin, un/une réserviste possède d’abord une forte expérience en travail d’équipe. Ceci fut démontré au cours de ce week end, que ces réservistes volontaires ont passé dans des tentes au coeur de la forêt de la base Valcartier. Malgré l’humidité qui traversait les épaisseurs de vêtements, les réservistes avaient tous le sourire au lèvres, et étaient ravis de faire partager aux invités cette journée d’exercices.

Jeune diplômée de l’Université de Colombie-Britannique en Histoire et Relations Internationales, Thalia est intéressé par les conflits internationaux, la sécurité nationale, et spécifiquement les stratégies liées à l’antiterrorisme.

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