Le Canada en pointe des efforts pour mobiliser l’ONU sur la Syrie

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Alep carrément abandonnée au régime Assad. (AMC)
Alep carrément abandonnée au régime Assad. (AMC)

Alors que le président russe s’est dit prêt à prolonger « autant que possible » la trêve qui doit démarrer jeudi à Alep, après des entretiens musclés à Berlin avec les dirigeants français et allemand, qui n’ont pas exclu des sanctions suite aux bombardements qui ont dévasté la ville, le ministre des Affaires étrangères canadien, Stéphane Dion, participera ce 20 octobre à une réunion plénière sur la Syrie, à l’initiative du Canada, à l’Assemblée générale des Nations Unies.

Remis à jour le 21/10/2016 à 19h03

Le Canada souhaite ainsi dénouer l’impasse au Conseil de sécurité après l’échec le 9 octobre d’une énième tentative diplomatique pour apaiser les souffrances de la population, Moscou ayant bloqué un texte français sur la cessation des bombardements.

Le 11 octobre 2016, les efforts du Canada ont reçu l’appui de 70 membres qui ont coparrainé une lettre au président de l’Assemblée générale des Nations Unies appelant la communauté internationale, par l’intermédiaire de l’ONU, à remplir sa responsabilité de protéger les Syriens des atrocités de masse et de la violence insensée.

« Au nom du gouvernement, le ministre Dion a appelé aujourd’hui à une cessation immédiate des hostilités, la fourniture d’un accès humanitaire sans entrave aux victimes du conflit – y compris les enfants et les femmes – et la reprise des pourparlers politiques », a déclaré le premier ministre Trudeau, ajoutant qu’il était très fier que la mission à l’Organisation des Nations Unies, dirigée par l’Ambassadeur Marc-André Blanchard, « mène la charge pour protéger les nombreuses victimes de ce conflit tragique ».

Note: Ce discours a été traduit en conformité avec la Politique sur les langues officielles et révisé aux fins d’affichage et de distribution conformément à la Politique de communication du gouvernement du Canada.

Le Canada a demandé, avec 71 autres pays membres de l’ONU, la tenue de cette séance informelle de l’Assemblée générale alors que la crise à Alep atteint de nouveaux sommets.

Je remercie [le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, et l’envoyé spécial de l’ONU pour la Syrie, Staffan de Mistura]pour le tableau qu’ils nous ont dressé de la situation en Syrie.

Les chapitres les plus sombres de la tragédie syrienne s’écrivent sous nos yeux, alors que des bombardements sauvages ont visé des civils, des infrastructures civiles, des convois humanitaires, des marchés publics et des hôpitaux.

Les pires horreurs se déroulent à Alep, éventrée par les bombes; assiégée, affamée, saignée et terrorisée par des tactiques odieuses.

Et que dire du fait que ces horreurs frappent l’un des berceaux de la civilisation, au carrefour de l’Orient, de l’Afrique et de l’Occident.

De nombreux efforts ont été déployés au cours des derniers mois. Mais la souffrance des Syriens n’attend pas. Nous devons agir immédiatement.

Premièrement, l’incapacité du Conseil de sécurité de s’acquitter de ses responsabilités est troublante. Nous devons condamner les blocages.

Deuxièmement, le régime Assad et les forces qui l’appuient, surtout la Russie, ont l’obligation de cesser les frappes sur la population civile et de permettre l’acheminement de l’aide humanitaire dans de bonnes conditions.

Troisièmement, il faut arrêter immédiatement et pour de bon les bombardements à Alep et assurer un accès humanitaire sans entrave. Ce sont là des conditions nécessaires à une cessation permanente des hostilités et à l’amorce de pourparlers de paix. Une courte pause humanitaire, annoncée unilatéralement, sans préavis et sans paramètres clairs, ne permet pas de fournir les secours nécessaires, de l’avis même de l’ONU.

Quatrièmement, nous devons appuyer le Conseil de sécurité dans le rôle-clé qu’il a à jouer. Nous devons l’aider à sortir de l’impasse désolante actuelle. Nous demandons au Conseil de sécurité une résolution forte pour mettre fin à la violence et au bain de sang.

Quant à cette Assemblée générale qui nous réunit aujourd’hui, nous avons la lourde responsabilité de veiller, collectivement, au respect du droit international humanitaire dans la crise syrienne. Nous croyons tous en cette institution qu’est l’ONU, et en sa capacité d’acheminer l’aide humanitaire. Le Canada est prêt à jouer son rôle.

Nous ne pouvons pas laisser bafouer les règles les plus fondamentales de notre système onusien sur lequel nous nous appuyons tous et dont nous sommes les garants.

Nous devons rassurer nos citoyens qui, sur tous les continents, déplorent notre incapacité de mettre fin à la tragédie en Syrie.

Nous devons aussi être prêts à faire usage des outils dont nous disposons pour faire pression et contrer les blocages, ‎y compris une session extraordinaire d’urgence de l’Assemblée générale de l’ONU.

Enfin, le Canada en appelle à tous les acteurs engagés pour qu’une suite crédible et significative soit donnée aux efforts de paix, de Lausanne ou d’ailleurs.

Il est grand temps que la communauté internationale surmonte ses divisions, s’unisse et agisse de concert, de toute urgence, pour apporter des pistes de solution à la crise syrienne, obtenir la fin des hostilités et, surtout, assurer l’accès humanitaire.

Monsieur le Président de l’Assemblée générale, je vous remercie de nous avoir réunis aujourd’hui et je tiens à vous assurer du soutien du Canada pour la suite des choses‎.

« J’encourage », a déclaré le premier ministre canadien « d’autres pays à générer un élan vers l’avant sur la Syrie, étant donné que les membres de l’ONU ont une responsabilité collective de protéger les personnes vulnérables et faible alors que d’autres ne peuvent pas ou ne le feront pas pas. »

Lors de la réunion plénière ce jeudi, le secrétaire général de l’ONU, l’envoyé spécial des Nations Unies pour la Syrie, M. Staffan de Mistura, ainsi que des représentants du Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies (OCHA) et des représentants du Canada s’adresseront aux membres.

« Le Canada mobilise la communauté internationale à l’ONU pour défendre les Syriens vulnérables. Nous sommes grandement préoccupés par le fait que le Conseil de sécurité de l’ONU n’ait pas réussi à répondre aux besoins humanitaires considérables des Syriens et n’ait pu empêcher les attaques contre les citoyens d’Alep et d’autres parties de la Syrie. Les victimes de cette tragédie méritent des actions, en commençant par une cessation contrôlée et exécutoire des hostilités, un accès humanitaire immédiat, complet et sans entrave, et une reprise des pourparlers politiques », a déclaré par voie de communiqué le chef de la diplomatie canadienne.

Mercredi, Amnesty international a dévoilé de nouvelles images satellite de la ville syrienne d’Alep montrant que 110 sites ont été touchés en deux semaines d’intenses bombardements russes et syriens.

L’organisation de défense des droits humains affirme en outre que des bombes à fragmentation de fabrication russe ont été utilisées dans ces raids sur l’est de la ville alors que cette arme particulièrement meurtrière pour les civils est interdite par des conventions internationales.

Le président français François Hollande de son côté a dénoncé nercredi le « crime de guerre » des bombardements russes et du régime syrien sur Alep, à l’issue d’une rencontre avec Vladimir Poutine et la chancelière allemande Angela Merkel à Berlin.

« Ce qui se passe à Alep est un crime de guerre, la première des exigences c’est la cessation des bombardements par le régime et ses soutiens », a-t-il dit, alors que la chancelière a dénoncé des frappes « inhumaines » suite à une conversation qualifiée de « claire et dure » avec le chef d’État russe.

« Conscient de la nature épineuse de cette crise au sein du Conseil de sécurité des Nations Unies, le Canada a joué un rôle de chef de file et maintenant, 70 autres pays se joignent à lui afin de répondre à la nécessité de prendre des mesures. Cette réunion plénière mobilisera les États membres en vue de faire pression pour trouver une solution au conflit en Syrie et d’intervenir face aux besoins humanitaires. Il est important pour les États membres réunis à l’Assemblée générale de faire pression sur les parties, d’élargir l’appui aux condamnations et de mettre fin à la tragédie que subissent les Syriens. », a expliqué pour sa part le ministre Dion.

Pendant ce temps, malgré la « trêve humanitaire », entrée en vigueur à 08H00 (05H00 GMT), des combats ont aussitôt éclaté dans un des couloirs censés s’ouvrir pour évacuer les civils et les rebelles qui le souhaitent.

*Avec AFP

Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

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