Le Canada est «très inquiet» des menaces russes de piratage informatique

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L'heure est aux cyberattaques (Newzilla)
L’heure est aux cyberattaques (Newzilla)

Le Canada est «très inquiet» d’être la prochaine cible des attaques informatiques de la Russie, a indiqué lundi le ministre des Affaires étrangères Stéphane Dion, qualifiant de «très difficile» la relation qu’entretiennent Ottawa et Moscou.

Le chef de la diplomatie était interrogé sur le risque de voir le Canada devenir la prochaine cible des pirates russes, après que Washington a accusé la Russie d’avoir piraté des organisations politiques et des systèmes électoraux aux États-Unis.

Se disant «très inquiet» par une telle éventualité, le chef de la diplomatie a noté, en marge d’une intervention devant le Conseil des relations internationales de Montréal (CORIM), que ce danger soulignait «la nécessité d’avoir un cyberespace libre et sûr».

Durant la dernière année, le Canada a pris des mesures concrètes pour être plus présent à l’échelle mondiale. Voilà ce que j’entends démontrer aujourd’hui, à l’une des tribunes les plus prestigieuses du Canada en matière de relations internationales.

Je le ferai en insistant particulièrement sur une décision à venir très importante du point de vue de la politique étrangère canadienne : le retour du Canada dans les opérations de paix.

Je vous le dis d’emblée : je n’indiquerai pas aujourd’hui le ou les lieux de notre déploiement. Cette décision sera annoncée par le gouvernement le temps venu. Mais je vais vous dire pourquoi nous devons être de retour dans les opérations de paix.

Partout, on entend une réponse positive sur la présence renouvelée du Canada, sur tous les continents, dans toutes les régions. Et on s’en félicite. « Enfin! » répète-t-on de toutes parts, « nous retrouvons le Canada qui nous a aidés à bâtir les institutions multilatérales qui ont tant fait avancer le monde. »

L’intérêt exceptionnel porté à notre pays tient bien sûr en grande partie au charisme de notre premier ministre, mais pas qu’à cela. Elle vient également de son message — un message d’espoir, de confiance, d’ouverture et de croissance inclusive. Il n’aurait pu soulever le même enthousiasme s’il avait été un autre de ces politiciens populistes qui exploitent la peur des gens.

En effet, nous assistons actuellement, à travers le monde, à une montée de la méfiance et de la peur de l’autre. Un trop grand nombre de politiciens tentent de s’attirer la faveur des gens en misant sur ces craintes.

Justin Trudeau incarne tout le contraire, et c’est pourquoi il est tant aimé. Son message est clair : il dit que notre pays est fort non pas malgré sa diversité, mais grâce à elle.

Il a dit que nous ne devrions pas accepter moins de réfugiés, mais plus. Il a dit que chaque arrivée de réfugiés nous rendait plus fort. Et il a dit que le Canada serait de retour dans le monde.

Non pas que le Canada avait quitté le monde, mais il ne jouait plus le rôle qu’on attendait de lui. Il abdiquait trop souvent ses responsabilités en se retirant quand les choses lui déplaisaient, au lieu de s’efforcer de les améliorer en s’engageant davantage.

Il tirait argument des imperfections des institutions multilatérales — au premier titre, l’ONU — pour les négliger.

À cela, il a fallu opposer le principe de la conviction responsable, qui inclut parmi nos convictions le sens des responsabilités, c’est-à-dire la prise en compte des effets prévisibles de nos paroles et de nos actes sur autrui. Loin de rejeter nos convictions au profit du pragmatisme, la conviction responsable montre plutôt que le fait de réfléchir aux conséquences reste la seule façon d’agir favorablement, en accord avec nos convictions.

Et nous avons agi.

Nous avons accueilli plus de 25 000 réfugiés syriens.

Nous défendons partout les droits de la personne et avons créé un bureau à cet effet.

Nous sommes redevenus résolument abolitionnistes en nous opposant à la peine de mort, dans tous les cas et partout dans le monde.

Nous aidons particulièrement les pays qui choisissent le chemin de la démocratie.

Nous sommes de toutes les tribunes où se négocie la paix, du Moyen-Orient à la Colombie.

Nous avons fait de la cinquième Conférence du Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme un grand succès, ici-même à Montréal.

Nous sommes de retour sur toutes les tribunes des Nations Unies et espérons obtenir un siège au Conseil de sécurité.

Nous avons rebâti des relations plus saines avec nos trois principaux partenaires commerciaux : les États-Unis, la Chine et le Mexique.

Nous avons redéfini les règles d’investissement dans le projet d’accord de libre-échange avec l’Union européenne de façon à prouver que le commerce international peut aller de pair avec les politiques sociales et environnementales progressistes.

Nous avons entamé le processus d’adhésion au Traité sur le commerce des armes.

Au lieu de freiner le monde, nous l’aidons résolument à combattre les changements climatiques.

Au lieu de faire bande à part, nous suivons la même politique que l’OTAN et nos alliés, qui est de combiner la dissuasion au dialogue pour contrer l’agressivité inacceptable de la Russie en Ukraine et en Syrie.

Nous tentons de renouer les relations avec l’Iran pour mieux y défendre nos valeurs et nos intérêts ainsi que ceux de nos alliés, y compris Israël.

Nous avons réorienté notre plan d’aide en Irak en relation étroite avec nos alliés, pour non seulement éradiquer un groupe terroriste, mais aussi pour promouvoir la reconstruction de cette région clé pour le monde.

Nous avons renforcé les sanctions contre les pays qui perturbent l’ordre mondial, mais nous l’avons fait de concert avec nos alliés. Nous avons cessé d’imposer unilatéralement des sanctions qui ne faisaient que négativement affecter notre propre population sans réellement pénaliser le pays visé.

Nous sommes de retour dans les opérations de paix. Et cetera.

Il faut bien voir que ces nombreuses politiques ont un fil conducteur. L’objectif d’ensemble est de faire du Canada un architecte résolu de la paix — la paix étant ici définie comme étant plus que l’absence de conflit armé.

La paix est la croissance inclusive, le développement durable, la promotion de la démocratie et des droits universels, l’égalité des sexes, toutes ces valeurs qui sont si chères au premier ministre Justin Trudeau, qui incarnent son leadership et qui guident le gouvernement canadien.

Eh bien, cet architecte résolu de la paix que nous sommes sera de retour dans les opérations de paix.

Un retour aux opérations de paix

Il y a 60 ans, l’ONU acceptait de déployer le long du canal de Suez la première force d’interposition militaire de l’histoire. Les Casques bleus étaient nés, et l’année suivante, Lester B. Pearson obtenait le prix Nobel de la paix.

Cette innovation a eu des conséquences extraordinaires pour le monde. Les forces de maintien de la paix sont devenues un outil incontournable et le Canada y a forgé une partie de son identité sur la scène internationale.

Aujourd’hui, le Canada entend renouer avec cette grande tradition, mais il le fera en tenant compte des nouvelles réalités mondiales. On ne peut plus faire du maintien de la paix comme il y a un demi-siècle.

Le monde a changé, et d’une certaine façon pour le mieux. Il faut se rendre compte qu’il n’y a plus de guerre classique et directe entre les États. Bien sûr, rien n’est irréversible et la vigilance s’impose, mais il reste que l’absence actuelle de guerre directe entre États est en soi une amélioration extraordinaire que nous devons à tous les efforts militaires et diplomatiques qui ont été déployés pour la paix.

Alors que les guerres entre les États, comme la crise de Suez en 1956, ont pratiquement disparu, les conflits qui subsistent dans le monde sont de nature asymétrique. Il ne s’agit plus d’États engagés dans des luttes armées les uns contre les autres, mais plutôt d’un État opposé à un ou des groupe d’insurgés ou de résistants, ou parfois, à un ou des réseaux terroristes ou criminels.

Comme les conflits ont changé de nature, les missions de paix ont évolué elles aussi. Elles ne sont plus invitées à s’interposer entre des États qui les accueillent, comme la façon de mettre fin à leur conflit en attendant qu’une confiance s’établisse entre eux.

Les conflits d’aujourd’hui sont complexes et requièrent une approche moderne, multidimensionnelle et globale, où se conjuguent des interventions militaires, diplomatiques et humanitaires, ainsi que des initiatives en matière de sécurité et de développement, menées dans le contexte plus vaste des opérations de paix.

Le maintien de la paix de Pearson, où l’ONU déployait ses troupes entre deux États, a maintenant cédé la place aux opérations de paix déployées au sein même des États.

Les conflits asymétriques appellent aussi des interventions militaires qui doivent être réalisées en étroite collaboration avec les autorités locales et, souvent, avec divers partenaires internationaux et régionaux comme l’OTAN, l’Union européenne, l’Union africaine et d’autres.

D’où la volonté du Canada de se réengager auprès de ces institutions, dont le cœur est l’ONU, et en particulier dans les opérations visant à consolider la paix, à atténuer les conflits existants et à participer à la reconstruction des États et des sociétés après les conflits.

Voilà pourquoi le gouvernement du Canada a lancé récemment le Programme pour la stabilisation et les opérations de paix [PSOPs], un programme de 450 millions de dollars sur trois ans afin de financer des projets et des actions liés à la stabilisation et à la paix. Il s’est aussi engagé à mettre à la disposition des Nations Unies des policiers civils et un contingent d’au plus 600 membres des Forces armées canadiennes qui pourront être déployés dans des opérations de paix de l’ONU.

Depuis qu’il a annoncé son retour dans les opérations de paix, le Canada est sollicité de toutes parts.

L’ONU manque cruellement de personnel spécialisé et bien entrainé pour ses opérations de paix, lesquelles sont souvent trop lentes à réagir, qui sont dotées aussi de mandats rigides et parfois discréditées par des accusations de harcèlement sexuel portées contre des Casques bleus pourtant chargés de protéger des populations fragiles. L’an dernier, l’ONU a lancé un vaste chantier de réforme de ses missions, et le Canada accompagnera cette entreprise jusqu’à son terme.

Le Canada dispose de ce personnel — des pilotes, des ingénieurs militaires, des médecins, des spécialistes en communications, des démineurs, des juristes, des policiers —, et il est prêt à les déployer au sein des missions de l’ONU.

Le Canada se réengage en mettant à profit l’efficacité et le courage de ses forces armées, le professionnalisme de ses diplomates, ainsi que sa vaste et solide expertise en développement international.

Un des aspects les plus révoltants des conflits contemporains est la violence sexuelle et la vente d’êtres humains comme esclaves. Le Canada se fera le champion des efforts déployés en vue d’éliminer l’exploitation et les abus sexuels perpétrés en situation de conflit.

Il appuiera une action concertée et vigoureuse, grâce à des moyens militaires, juridiques et diplomatiques, pour protéger les civils dans les conflits.

Mais bien sûr, pour être champions, nous devons nous-mêmes être impeccables du point de vue du respect et de l’inclusion des femmes. Nous ferons tout pour cela.

Comme l’a si bien dit le premier ministre Trudeau, nous sommes en 2016. Les femmes doivent être au cœur du retour du Canada dans les opérations de la paix. On ne peut obtenir la paix sans la pleine participation de la moitié de l’humanité.

Nous revenons dans les opérations de paix non seulement parce que les Canadiens veulent être présents là où il faut défendre la paix et protéger les civils, mais aussi parce qu’il y va de l’intérêt national du Canada. Les Canadiens sont confrontés à des menaces qui franchissent les frontières et n’épargnent aucun État.

Aujourd’hui, les opérations de paix ont comme toile de fond un monde où l’insécurité est alimentée par ce qu’on pourrait appeler le « syndrome de la méfiance ».

Des collectivités et des populations qui cohabitaient pacifiquement et forgeaient même des liens familiaux en sont venues à se méfier les unes des autres, à se haïr et à s’attaquer. Ces antagonismes se compliquent par la présence de groupes extrémistes et de bandes criminelles qui exploitent l’absence d’institutions d’État fonctionnelles.

L’exacerbation des tensions tribales, l’affrontement entre les nationalismes ataviques, la révolte contre les inégalités criantes, l’effet néfaste de la corruption endémique et, bien sûr, la montée des extrémismes sectaires allant jusqu’au terrorisme mondialisé ont peu à peu pris le relais de la guerre froide.

Des idéologies apocalyptiques et millénaristes ont refait surface, dont une qui constitue une distorsion inacceptable du Coran, et qui condamne à mort tous ceux qui refusent de s’y soumettre. L’ensemble de la communauté internationale doit combattre avec détermination cette idéologie sanguinaire, dont les premières victimes sont les musulmans eux-mêmes.

Le Canada doit participer à ce combat, et il le fera. Voilà pourquoi mes collègues, le ministre de la Défense nationale, Harjit Singh Sajjan, et la ministre du Développement international et de la Francophonie, Marie-Claude Bibeau, et moi-même consultons présentement nos alliés afin de nous assurer que notre contribution aux opérations de paix aura une portée maximale.

Le gouvernement canadien est déterminé à faire du Canada un architecte résolu de la paix. Inspiré par le principe de conviction responsable, je suis fier de contribuer à cet effort afin de promouvoir les droits de la personne, la démocratie, la diversité, la croissance inclusive et durable, et la paix.

Son homologue à la Sécurité publique, Ralph Goodale, a d’ailleurs déclaré à Ottawa lundi que le gouvernement canadien a entrepris depuis quelque temps une révision générale des infrastructures internet du pays, en particulier des systèmes sensibles tels que ceux des banques, car «il y a eu des incidents par le passé au Canada durant lesquels des systèmes ont été corrompus».

Les relations avec la Russie sont «très difficiles pour plusieurs raisons, mais en particulier à cause de ce qui se passe en ce moment à Alep et en Ukraine», a fait valoir Stéphane Dion.

«Mais c’est une raison de plus de mener une politique de dissuasion convaincante, comme ce que nous faisons en Lettonie avec l’Otan», où Ottawa va déployer 455 soldats à partir de mai 2017 dans le cadre du renforcement des capacités de l’Alliance atlantique sur son flanc est, a relevé M. Dion.

Toutefois, a souligné le chef de la diplomatie canadienne, «rompre le dialogue (avec la Russie, NDLR) serait une erreur, ce n’est pas ce que le Canada fait».

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