Retrait du Burundi et de l’Afrique du Sud de la CPI: le Canada « profondément déçu » et « troublé »

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Le siège de la Cour Pénale Internationale à La Haye (Photo : Vincent van Zeijst, WikiC)
Le siège de la Cour Pénale Internationale à La Haye (Photo : Vincent van Zeijst, WikiC)

Le ministre des Affaires étrangères canadien, Stéphane Dion, a déclaré aujourd’hui que « Le Canada est profondément déçu de la signature aujourd’hui par le président du Burundi, Pierre Nkurunziza, de la loi qui autorise son pays à sortir de la Cour pénale internationale (CPI), ainsi que « profondément troublé » par le retrait de l’Afrique du Sud.

Mardi, le président burundais Pierre Nkurunziza a promulgué la loi prévoyant que son pays, plongé dans une grave crise politique qui a fait plus de 500 morts, se retire de la Cour.

Il ne reste désormais plus au Burundi qu’à en notifier l’ONU pour lancer formellement la procédure.

La CPI a toutefois expliqué vendredi ne pas avoir reçu de « notification officielle du retrait (sud-africain) jusqu’à cette minute ». « Le retrait ne devient effectif qu’un an après » le dépôt de la notification auprès du secrétaire général de l’ONU et « n’a aucun impact sur les obligations antérieures » du pays concerné, a précisé le porte-parole de la Cour, Fadi El Abdallah.

« Dans une déclaration faite le 12 octobre », rappelle le chef de la diplomatie canadienne, « j’ai encouragé vivement le Burundi à demeurer membre de la Cour et à relancer sa coopération avec celle-ci ».

« J’appelle à nouveau le pays à maintenir son adhésion », plaide le ministre canadien.

« La décision prise par le Burundi, qui pourrait enclencher un processus faisant de lui le premier pays à quitter la Cour, ne fera que l’exclure davantage de la communauté internationale à une période où les violations des droits de la personne dans ce pays ne peuvent être ignorées et doivent faire l’objet d’enquêtes », explique Stéphane Dion qui ajoute que le canada, quant à lui, « continue de soutenir tous les processus judiciaires justes et indépendants afin de mettre un terme à l’impunité pour les graves violations aux droits de la personne perpétrées au Burundi. »

Basée à La Haye, la CPI est le premier tribunal international permanent chargé de poursuivre les auteurs présumés de génocides, crimes contre l’humanité et crimes de guerre.

Depuis son entrée en fonction en 2003, ses magistrats ont ouvert dix enquêtes, dont neuf dans des pays africains.

Ses cibles lui ont valu de nombreuses critiques sur le continent, notamment celles de l’Union africaine (UA) qui a vu dans ce parti pris une « sorte de chasse raciale ».

Deux revers majeurs pour la Cour

En quelques jours, la Cour aura donc essuyé deux revers majeurs.

L’Afrique du Sud a mis pour sa part vendredi sa menace de se retirer de la CPI à exécution et annoncé son retrait de la Cour pénale internationale (CPI) après la polémique causée par son refus d’arrêter le président soudanais Omar el-Béchir, un camouflet pour la justice internationale.

Conformément à la procédure, Pretoria « a annoncé par écrit au secrétaire général de l’ONU son retrait » de la CPI, a déclaré le ministre sud-africain de la Justice, Michael Masutha.

Cette décision prendra effet dans un an « à compter de la date de réception » de la lettre adressée mercredi aux Nations unies, a précisé M. Masutha lors d’une conférence de presse.

Le Canada s’est aussi déclaré « profondément troublé » par le retrait de l’Afrique du Sud: « L’Afrique du Sud a joué un rôle essentiel dans la mise sur pied de la Cour, et nous reconnaissons les efforts qu’elle a consentis pour mettre un terme à l’impunité des crimes internationaux les plus graves », a déclaré le ministre Dion, rappelant les paroles prononcées par Nelson Mandela en 1998, lorsque l’Afrique du Sud est devenue membre de la Cour:

« Notre continent a connu trop d’horreurs nées de l’inhumanité de l’homme envers l’homme. Qui sait, beaucoup de ces horreurs n’auraient sans doute pas été commises, ou l’auraient été à moindre échelle, si une cour pénale internationale fonctionnant efficacement avait existé.Toutes les victimes, y compris les victimes africaines, ont droit à la justice. Le soutien actif des États africains aux travaux de la Cour constitue un apport des plus précieux à la concrétisation de ce désir de justice ».

L’annonce de Pretoria a suscité également l’indignation des défenseurs des droits de l’Homme.

Elle « démontre un mépris surprenant pour la justice de la part d’un pays longtemps vu comme un leader mondial en matière de justice pour les victimes des crimes les plus graves », a réagi l’ONG Human Rights Watch (HRW).

Il s’agit d’une « profonde trahison pour des millions de victimes » qui « sape le système judiciaire international », a dénoncé pour sa part Amnesty International.

Cette décision risque de produire « un effet domino » et de pousser d’autres pays africains à claquer la porte de la CPI, a prévenu le directeur de l’Institute for Security Studies (ISS), Anton du Plessis.

le canada, par la bouche de son ministre des Affaires étrangères, exhorte donc l’Afrique du Sud à réexaminer sa décision. « Nous ne pouvons pas abandonner la Cour pénale internationale sous prétexte qu’elle n’est pas parfaite. Nous devons plutôt chercher à l’améliorer et à la renforcer ».

« Nous ne devons pas oublier les milliers d’enfants, de femmes et d’hommes qui ont été victimes d’atrocités inimaginables et pour qui la Cour pénale internationale, tribunal de dernier ressort, représente le seul espoir d’obtenir justice. », de conclure le chef de la diplomatie canadienne.

*Avec AFP

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