Le Canada veut accueillir les Yézidis persécutés en Irak

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Une famille yazidie qui a fui la violence de son village de Sinjar en Irak, réfugiée dans une école au Kurdistan, le 5 août 2014 (Safin Hamed/AFP)
Une famille yazidie qui a fui la violence de son village de Sinjar en Irak, réfugiée dans une école au Kurdistan, le 5 août 2014 (Safin Hamed/AFP)

Le Parlement canadien a adopté mardi à l’unanimité une motion prévoyant l’accueil au cours des quatre prochains mois des réfugiés Yézidis fuyant les persécutions du groupe État islamique (EI) dans le nord de l’Irak, qualifiées de « génocide » par Ottawa.

Présentée par l’opposition conservatrice, et soutenue par tous les partis dont les Libéraux de Justin Trudeau, cette motion accuse les djihadistes de l’EI de mener un génocide contre cette minorité religieuse.

Le gouvernement canadien a précisé qu’il devait encore peaufiner son plan pour la mise en place d’un pont aérien permettant d’accueillir les Yézidis vivant dans le nord de l’Irak, région actuellement déchirée par d’intenses combats opposants l’EI au gouvernement irakien et aux milices kurdes.

Devant la Chambre des communes, le ministre fédéral de l’Immigration John McCallum a indiqué que pour le moment Ottawa ignorait combien de réfugiés Yézidis seraient pris en charge au terme de ces 120 jours, tout en rappelant que son gouvernement avait réussi à rapatrier quelque 30.000 réfugiés Syriens en quelques mois, au début de l’année.

« Il est important de souligner que le Canada sera toujours un pays ouvert, déterminé à s’engager et à soutenir les populations vulnérables partout sur la planète », a lancé aux députés le Premier ministre Justin Trudeau.

La communauté yézidie, dont deux figures, rescapées du groupe djihadiste État islamique (EI), se voient décerner le prix Sakharov du Parlement européen, est de longue date l’une des minorités les plus vulnérables d’Irak.

Saluant le « courage » de Nadia Murad et Lamia Haji Bachar, le président du Parlement européen Martin Schulz a exhorté les Européens à se « battre contre la stratégie génocidaire de l’EI ».

Vivant dans les coins reculés du Kurdistan irakien, les Yézidis sont une minorité kurdophone adepte d’une religion monothéiste pré-islamique, issue du mazdéisme, qui a intégré au fil du temps des éléments de l’islam et du christianisme.

Ni arabes ni musulmans, ils sont persécutés depuis des siècles et qualifiés par leurs détracteurs, notamment par l’EI, d' »adorateurs du diable ».

En août 2014, des dizaines de milliers de Yézidis avaient fui l’EI dans les monts Sinjar, y restant des semaines sans eau ni nourriture par une chaleur accablante, ou rejoignant le Kurdistan irakien ou des pays voisins comme la Turquie. Des milliers d’hommes furent massacrés, des femmes enlevées, certaines réduites en esclavage par les djihadistes.

En mars 2015, l’ONU a qualifié l’assaut de l’EI de « tentative de génocide » et réclamé la saisie de la Cour pénale internationale (CPI). Les forces kurdes irakiennes ont repris la ville de Sinjar le 13 novembre 2015.

Selon un bilan dressé en août 2015 par le gouvernement du Kurdistan irakien, sur les 550.000 Yézidis d’Irak, 400.000 ont été déplacés par les combats. Environ 1.500 sont morts et près de 4.000 sont en captivité.

L’ONU estime qu’environ 3.200 Yézidis restent actuellement entre les mains de l’EI, la majorité en Syrie.

Dans le monde, les Yézidis sont un million et demi, dont un tiers en Irak. D’autres communautés sont établies en Turquie, Géorgie et Arménie, sans compter une diaspora en Occident, selon le site du Vatican.

Dépourvus de livre sacré et organisés en castes, ils prient en direction du soleil et vénèrent sept anges dont le principal est Melek Taous (« l’Ange-Paon »). La tradition yézidie interdit de se marier hors de la communauté et même de sa caste.

Leur grande fête annuelle est un pèlerinage de sept jours sur la tombe de leur figure centrale, cheikh Adi, au temple de Lalish à une soixantaine de km de Mossoul.

Les croyances et pratiques yézidies –comme l’interdiction de manger de la laitue et de porter la couleur bleue– sont considérées par leurs détracteurs comme sataniques. Les musulmans orthodoxes considèrent le Paon comme une figure démoniaque.

La Constitution irakienne de 2005 a reconnu leur droit à pratiquer leur culte et leur a réservé trois sièges à l’Assemblée nationale et deux au Parlement autonome kurde.

En août 2007, les Yézidis ont été victimes d’un terrible attentat lorsque d’énormes camions piégés ont détruit deux de leurs villages et tué plus de 400 personnes.

Les Yézidis, une minorité kurdophone adepte d’une religion pré-islamique en partie issue du zoroastrisme, ne sont ni arabes ni musulmans, et l’EI les considère comme des hérétiques polythéistes.

Cette minorité a été particulièrement visée par les exactions de l’EI, notamment en août 2014 aux alentours du mont Sinjar, fief des Yézidis.

Devant l’avancée de l’EI, des dizaines de milliers de Yézidis s’étaient réfugiés au sommet du Mont Sinjar, y restant pendant longtemps sans eau, ni nourriture.

Des milliers d’hommes furent massacrés, les femmes enlevées, certaines réduites en esclavage par les jihadistes. L’assaut fut décrit par l’ONU comme « une tentative de génocide ».

Comme Ottawa, le Parlement européen et les États-Unis qualifient également de génocide les atrocités de l’EI contre les Yézidis. Des enquêteurs de l’ONU ont demandé en mars 2015 la saisie de la Cour pénale internationale (CPI) pour enquêter sur ces exactions qui pourraient constituer un génocide.

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