Le leader du Kurdistan irakien s’impatiente: «ll est temps que la bataille de Mossoul débute»

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Massoud Barzani le 12 octobre 2013 à Erbil (Safin Hamed/AFP)
Massoud Barzani le 12 octobre 2013 à Erbil (Safin Hamed/AFP)

Le président de la région autonome kurde d’Irak Massoud Barzani a estimé samedi qu’il était temps que l’opération pour reprendre Mossoul aux djihadistes commence, tous les préparatifs ayant été achevés selon lui pour l’offensive.

Les forces kurdes irakiennes doivent jouer un rôle majeur dans la bataille de Mossoul, bastion en Irak du groupe extrémiste État islamique (EI) qui contrôle cette grande ville du nord depuis juin 2014, selon Barzani, qui n’a toutefois pas précisé quelle serait exactement ce rôle, insistant surtout pour dire que les peshmergas et les forces irakiennes sont arrivés à un accord et que tout est prêt pour enfin passer à l’action.

« Il est temps que la libération de Mossoul commence », peut-on lire dans un message publié sur le compte Twitter officiel de M. Barzani.

« Tous les préparatifs pour la bataille en vue de libérer Mossoul ont été achevés », a-t-il également déclaré dans un communiqué publié sur le site internet de la présidence régionale kurde.

Une opération complexe et délicate

L’opération pour reprendre Mossoul, dont l’annonce est attendue dans les prochains jours, s’annonce comme la plus complexe dans la lutte contre le groupe ultraradical sunnite en Irak. Elle devrait notamment impliquer une coalition de forces hétérogènes et parfois rivales.

Pour leur part, le lieutenant-général Stephen Bowes, commandant du Commandement des opérations interarmées (COIC), et le brigadier-général Peter Dawe, commandant-adjoint du Commandement des opérations spéciales du Canada, n’ont pas caché, lorsqu’ils ont ont fait le point sur l’opération IMPACT, jeudi 6 octobre à Ottawa, être à un tournant alors que les Canadiens, plus actifs sur la ligne de front, ont échangé des coups de feu avec les djihadistes et que, à la veille de la reconquête de Mossoul, la situation est toujours extrêmement complexe, tant politiquement que militairement.

Dans le cadre de l’opération IMPACT, la contribution des Forces armées canadiennes (FAC) à la Force de stabilisation au Moyen-Orient (FSMO), soit la coalition multinationale visant à à amoindrir Daech, les Forces d’opérations spéciales canadiennes ont triplé depuis le début de l’opération la taille de leur mission de formation, de conseil et d’assistance en soutien aux forces de sécurité kurdes.

Les forces de sécurité kurdes (FSK), des combattants déjà «avérés et aguerris», ont fait encore beaucoup de progrès depuis de début de l’opération IMPACT à l’automne 2014, a souligné lors du dernier point de presse le commandant-adjoint des Forces d’opérations spéciales du Canada qui ont formé, en tout, près de 2 000 soldats des FSK.

La valeur des combattants kurdes a été démontrée de façon éloquente quand, en mai dernier, les forces kurdes ont entrepris une série d’opérations offensives pour déloger les djihadistes «de positions cruciales dans plusieurs régions vulnérables, à proximité de leurs lignes de défense».

Le rôle des peshmergas définis, selon Massoud Barzani

Quant au rôle des peshmergas dans la reconquête, alors que le gouvernement irakien, dont la discrétion n’est pas la première qualité, a fait savoir qu’ils devraient se limiter à assurer la sécurité à la périphérie de la ville et ne seraient donc pas appelés à entrer à Mossoul, le brigadier-général Dawe, disant que l’information est «classifiée», a refusé de confirmer quel serait le rôle exact des Forces de sécurité kurdes.

Le lieutenant-général Bowes, pour sa part, n’a pu que dire que les rôles des diverses composantes de la coalition dans la reconquête de la ville étaient encore l’objet de discussion.

Aujourd’hui, neuf jours après le point de presse à Ottawa sur l’op IMPACT, le leader du Kurdistan irakien assure maintenant que « les tâches et les responsabilités militaires ont été distribués conformément à [l’accord intervenu entre les peshmergas et les Forces irakiennes].

« Nous tenons ainsi à rassurer toutes les parties concernées que toutes les forces des peshmergas de la région du Kurdistan sont déterminés à méticuleusement respecter l’accord », ajoute Barzani, précisant « qu’il existe une coordination complète entre les forces des peshmergas et les forces militaires irakiennes dans la poursuite de la prévention tous les événements indésirables ».

Quelque soit le rôle des peshmergas, les Forces spéciales canadiennes sont, elles, toujours prêtes à les aider et les assister, déclarait pour sa part il y a peu le brigadier-général Dawe.

Toujours selon le président de la région autonome kurde d’Irak, Bagdad et Erbil ont également convenu d’établir un comité politique à un niveau élevé commune dont la tâche serait de superviser les affaires de Mossoul après la libération.

Toutefois, selon les Nations unies, cette offensive est également susceptible de déclencher une crise humanitaire de grande ampleur compte tenu du nombre important de civils pris au piège dans la ville, la deuxième du pays.L’ONU estime en effet qu’un million de personnes pourraient être déplacées par les combats.

Chose certaine, la façon dont se fera la reconquête de Mossoul sera sans aucun doute un test pour les factions qui composent la société irakienne en même temps que l’illustration de ce que sera l’Irak de demain…

Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

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