Mossoul: l’offensive se poursuit avec le soutien de la coalition

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Un soldat des forces irakiennes en position dans la région de al-Shura, au sud de Mossoul, le 24 octobre 2016. (AFP/AHMAD AL-RUBAYE)
Un soldat des forces irakiennes en position dans la région de al-Shura, au sud de Mossoul, le 24 octobre 2016. (AFP/AHMAD AL-RUBAYE)

Les forces d’élite irakiennes continuaient mardi leur progression à l’est de Mossoul avec le soutien de la coalition internationale, dont les responsables sont réunis à Paris pour accentuer la lutte contre le groupe État islamique (EI).

La Turquie, de plus en plus impliquée dans le conflit irakien, a par ailleurs averti qu’elle pourrait lancer une opération terrestre dans le nord de l’Irak pour éliminer toute « menace » contre ses intérêts.

Huit jours après le début de l’offensive sur Mossoul, les unités d’élite du contre-terrorisme (CTS) irakien continuaient à progresser dans la banlieue est du dernier bastion de l’EI dans le pays.

« Sur notre front, nous sommes désormais à cinq ou six kilomètres de Mossoul », a affirmé le général Abdelghani al-Assadi, le commandant du CTS, à l’AFP. « Nous devons maintenant nous coordonner avec les forces des autres fronts pour lancer » un assaut « coordonné » sur Mossoul, a-t-il ajouté depuis la ville de Bartala.

Au nord-est, les peshmergas kurdes sont également proches de la ville mais sur le front sud les forces fédérales ont encore du chemin à parcourir avant d’atteindre sa banlieue.

Parallèlement, la situation devrait évoluer à l’ouest de Mossoul, un front jusqu’à présent calme. Les unités paramilitaires chiites de la mobilisation populaire (Hachd al-Chaabi) ont en effet reçu l’ordre de couper l’accès entre Mossoul et la Syrie.

« Notre mission est d’empêcher la fuite (de l’EI) vers la Syrie et d’isoler totalement Mossoul de la Syrie », a expliqué Jawad al-Tulaibawi, porte-parole de Asaib Ahl al-Haq, une puissante milice chiite, à l’AFP. « Nous nous attendons à une bataille violente et difficile ».

Ces milices, qui ont joué un rôle clé dans les précédentes batailles contre l’EI, veulent également libérer la ville de Tal Afar, à l’ouest de Mossoul, qui était majoritairement peuplée de chiites avant sa conquête par l’organisation extrémiste sunnite en 2014.

La participation du Hachd al-Chaabi à l’offensive de Mossoul est source de tensions. Les dirigeants irakiens kurdes et arabes sunnites s’y opposent, tout comme Ankara, qui a déployé des soldats à l’est de Mossoul malgré les demandes répétées de Bagdad pour le retrait des troupes turques.

Des responsables irakiens et américains ont rapporté que des chefs de l’EI avaient déjà cherché à quitter Mossoul pour la Syrie. Mais des sources françaises ont au contraire fait état d’un mouvement inverse avec l’arrivée de « quelques centaines » de djihadistes en renfort dans la ville irakienne.

L’ONU a par ailleurs indiqué avoir reçu des informations « préliminaires » sur l’exécution de dizaines de personnes, dont 50 policiers, perpétrées par l’EI depuis le lancement de l’offensive. « Nous craignons beaucoup qu’il ne s’agisse pas des dernières informations sur de tels actes barbares commis par l’EI », a déclaré le porte-parole du Haut-Commissariat de l’ONU aux droits de l’homme, Rupert Colville.

L’ONU a déclaré mardi avoir reçu des informations sur des exécutions de dizaines de personnes, dont 50 policiers, perpétrées par les djihadistes du groupe État islamique (EI) à l’approche des troupes irakiennes de la ville de Mossoul.

Ces allégations, qui en sont encore au stade «préliminaire», viennent de différentes sources civiles et gouvernementales qui ne peuvent pas être dévoilées pour des raisons de sécurité, a souligné le porte-parole du Haut-Commissariat de l’ONU aux droits de l’homme, Rupert Colville, lors d’un point de presse à Genève.

Ces atrocités ont été commises par l’EI entre mercredi et dimanche derniers, alors que les forces irakiennes progressaient vers Mossoul, dernier bastion des djihadistes en Irak, a-t-il précisé.

Dans le village de Safina, situé à environ 45 kilomètres au sud de Mossoul, les militants de l’EI ont tué 15 civils avant de les jeter dans une rivière, probablement pour terroriser les autres villageois, selon l’ONU.

Le 19 octobre, toujours à Safina, des djihadistes «ont, selon certaines informations, attaché six civils par les mains à l’arrière d’un véhicule et les ont traînés autour du village, simplement parce qu’ils étaient apparentés à un chef tribal luttant contre l’EIIL» (État islamique en Irak et au Levant, ancien nom de l’EI).

Les forces de sécurité irakiennes ont par ailleurs découvert 70 cadavres portant des traces de balles le 20 octobre dans le village voisin de Touloul Naser, mais M. Colville a déclaré qu’il était encore difficile de dire à ce stade qui était responsable de ce massacre.

Samedi dernier, des hommes de l’EI ont apparemment tué trois femmes et trois fillettes au cours d’une marche forcée dans le village de Roufeila, au sud de Mossoul. Elles auraient été exécutées, car elles n’avançaient pas assez vite parce qu’une des fillettes était handicapée, a indiqué l’ONU.

Les 50 policiers, qui avaient été pris en otage par l’EI, auraient été exécutés dimanche dans un immeuble à la périphérie de Mossoul, a déclaré M. Colville.

«Nous craignons beaucoup qu’il ne s’agisse pas des dernières informations sur de tels actes barbares commis par l’EI», a-t-il déploré.

Il a précisé que toutes ces allégations « nécessitent encore un peu de travail (d’investigation) » avant que l’ONU puisse conclure qu’elles ont bien eu lieu.

Le Haut-Commissariat a enfin renouvelé sa crainte de voir des civils utilisés comme boucliers humains à Mossoul par les djihadistes afin d’empêcher la capture de la ville par les forces irakiennes, soutenues par une coalition dirigée par les États-Unis.

L’après-Mossoul en débat

Les progrès de l’offensive sur Mossoul étaient analysés à la loupe par les ministres de la Défense de 13 pays participant à la coalition, dont les Etats-Unis, le Royaume-Uni, la France, le Canada et l’Australie, rassemblés à Paris.

« La reconquête n’est pas une fin en soi. Nous devons d’ores et déjà anticiper les conséquences de la chute de Mossoul », a déclaré François Hollande en ouvrant la réunion.

Le président français a appelé à la « vigilance face au retour des combattants étrangers » de l’EI dans leurs pays d’origine, ou face à ceux qui seraient tentés de se replier à Raqa, le fief du groupe en Syrie. « Nous devons donc clairement les identifier. Cela passe par un large partage de nos informations et de nos renseignements. C’est une absolue nécessité », selon lui.

Les estimations occidentales font état de 5.000 à 6.000 combattants de l’EI dans Mossoul.

Le secrétaire américain à la Défense Ashton Carter avait plaidé dimanche pour qu’une opération soit menée pour isoler Raqa simultanément à l’offensive en cours contre Mossoul. Il y aurait 3.000 à 4.000 combattants de l’EI à Raqa, selon des estimations.

Mossoul comme Alep?

Mais la situation militaire est encore plus complexe en Syrie qu’en Irak avec un territoire extrêmement morcelé et l’implication de multiples acteurs syriens et internationaux, dont la Russie et l’Iran, alliés du régime de Damas.

Le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, a dressé un parallèle entre l’offensive à Mossoul et celle menée par le régime syrien et la Russie à Alep. « Hier, j’ai demandé à John Kerry au téléphone: qu’est-ce qui se passe à Mossoul? Ils préparent une opération pour libérer cette ville des terroristes. A Alep aussi, il faut libérer la ville des terroristes », a-t-il déclaré.

Mais selon M. Lavrov, son homologue américain lui a assuré que la situation était « complètement différente ».

En Syrie comme en Irak, la Turquie affirme de plus en plus son intention de jouer un rôle clé dans la résolution des crises. Son chef de la diplomatie, Mevlüt Cavusoglu, a ainsi affirmé mardi qu’elle pourrait lancer une opération terrestre dans le nord de l’Irak pour éliminer toute « menace » contre ses intérêts. Plusieurs centaines de soldats turcs sont déployés sur la base de Bachiqa.

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