Mossoul: Washington veut apaiser les tensions entre Ankara et Bagdad

0
Photo prise et fournie le 28 août 2016 par le service de presse de la présidence turque montrant le président Recep Tayyip Erdogan lors d'un meeting à Gaziantep. (TURKEY'S PRESIDENTIAL PRESS SERVICE/AFP / YASIN BULBUL)
Photo prise et fournie le 28 août 2016 par le service de presse de la présidence turque montrant le président Recep Tayyip Erdogan lors d’un meeting à Gaziantep. (TURKEY’S PRESIDENTIAL PRESS SERVICE/AFP / YASIN BULBUL)

Washington tente d’apaiser les dissensions entre Ankara et Bagdad, craignant que leur dispute ne fasse dérailler l’offensive pour reprendre Mossoul au groupe Etat islamique, en rompant le fragile équilibre entre factions rivales coopérant dans l’assaut sur la ville irakienne.

« La tension est forte et les déclarations publiques dégénèrent un peu », a confié à l’AFP un haut responsable américain sous couvert d’anonymat. « C’est un scénario extrêmement troublant ».

Le ministre américain de la Défense Ashton Carter se rendra justement vendredi en Turquie pour s’assurer entre autres que la stratégie de l’offensive ne dérape pas.

« Nous tentons de nous assurer que ces tensions ne créent pas une situation tellement chaotique qu’elle éclipserait un éventuel succès militaire », ajoute ce responsable.

Parmi les dizaines de milliers de combattants irakiens mobilisés pour reprendre Mossoul figurent de nombreux groupes ethniques et religieux qui tentent dès maintenant d’assurer leur position pour le « jour d’après », lorsque l’EI aura été chassé.

Sous l’égide de Washington, un accord à été trouvé pour maintenir les puissantes milices chiites, soutenues par l’Iran, et kurdes hors de la ville à majorité sunnite, dans l’espoir d’éviter les exactions à caractère sectaire qui ont assombri l’ère post-Saddam Hussein en Irak.

Amnesty International a ainsi accusé les milices paramilitaires chiites d’avoir commis des crimes de guerre, avec des tortures et exécutions sommaires, lors de la reprise de Tikrit des mains des jihadistes.

C’est l’armée irakienne qui mène l’offensive sur Mossoul, contrôlée par l’EI depuis juin 2014.

Mais lundi, le président turc Recep Tayyip Erdogan a semblé revenir sur l’accord tacite.

« Nous ferons partie de l’opération, nous serons à la table. Il est hors de question que nous restions à l’écart » des opérations, a déclaré M. Erdogan lors d’un discours télévisé.

Dans le cadre de la coalition internationale menée par les États-Unis, l’aviation turque soutient les combattants irakiens qui tentent de reprendre Mossoul. Mais Ankara voit d’un mauvais œil la participation à cette opération de milices chiites ou de groupes armés kurdes affiliés à l’ennemi juré d’Ankara, le Parti des Travailleurs du Kurdistan (PKK, considéré comme « terroriste » par la Turquie).

La présence sur une base à Bachiqa, dans la région de Mossoul, de centaines de soldats turcs qui ont officiellement pour mission d’entraîner des volontaires sunnites en vue d’une reconquête du bastion irakien de l’EI, a cristallisé les tensions, Bagdad parlant de « force d’occupation ».

Le haut responsable américain craint que l’escalade des mots ne débouche sur des affrontements entre forces turques et irakiennes, ouvrant une brèche dans laquelle s’engouffreraient les milices chiites pour entrer dans la ville.

« C’est entre autres ce que nous disons au gouvernement turc », dit-il. « Des actions unilatérales, dans le pire scénario, pourraient mener à des affrontements directs entre Irakiens et Turcs et entre les milices chiites et les Turcs ».

Pour éviter les erreurs du passé, la stratégie américaine passe maintenant par « l’adoption de mesures qui permettent d’assurer qu’après toute libération de territoire ou défaite de l’EI, nous ne nous retrouvions pas dans une position où le niveau de destruction, de marginalisation, d’aliénation, aussi bien d’un point de vue humanitaire que d’un point de vue de gouvernance, revienne à semer les graines d’une prochaine génération d’extrémistes ou un groupe terroriste », souligne-t-il.

Washington craint aussi que la tension avec Recep Tayyip Erdogan n’affaiblisse le Premier ministre irakien Haider al-Abadi, déjà en position difficile en interne, notamment face à son prédécesseur Nouri al-Maliki.

« Si Abadi apparaît trop faible face à la Turquie, cela offrira une trop bonne occasion à certains de ses rivaux de tirer la couverture à eux et de se montrer plus nationalistes. »

Les commentaires sont fermés.